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Full text of "Bulletin Societe D'Histoire Naturelle de Toulouse (et de Midi Pyrenees)."

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BULLETIN 




DE LA 



SOCIÉTÉ 



D'HISTOIRE NATURELLE 



DE TOULOUSE 



QUATRIÈME ANNÉE. - TOME IV. 




TOULOUSE 

TYPOGRAPHIE DE BONNAL ET GIBRAG 

RUE SAINT-ROME r 44. 
1870 




BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ D'HISTOIRE NATURELLE 



DE TOULOUSE. 



$,CfJ%, 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ 



D'HISTOIRE NATURELLE 



DE TOULOUSE 



QUATRIÈME ANNÉE. - TOME IV. 



TOULOUSE 

TYPOGRAPHIE DE BONNAL ET GIBRAC, 

RUE SAINT-ROME, 44. 



4870 



BULLETIN 



DE LA 



r r 



SOCIETE D'HISTOIRE NATURELLE 

DE TOULOUSE. 
QUATRIÈME ANNÉE 1869-1870. 

Séance de rentrée du 19 novembre 1 869. 

Présidence de M. le D r Guitàrd , vice-président. 

La Société reçoit : 

Bulletin de la Société archéologique de Béziers , 2 e série, 
t. VJ. 1; 

Bulletin de la Société impériale zoologique d'acclimatation , 
juillet, août et septembre, n os 7, 8 et 9, 1869 ; 

Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, 1 er sem. 
-1869; 

Bulletin de la Société de climatologie algérienne, 1 , 2, 3, 1 869 ; 

Mémoires de l'Académie des sciences de Caen, 4869 ; 

Annales de la Société scientifique d'Apt, 1866-1867 ; 

Bulletin de la Société des sciences de l'Ardèche, t. V, 1868 5 

Mémoires de la Société académique de Maine-et-Loire, t. XXIII 
et XXIV ; 

Bulletin de la Société des sciences de l'Yonne, 2 e trimestre 1869 ; 

Mémoires de la Société d'émulation du Jura, 1868 ; 

Mémoires de la Société académique de l'Aube, 1 868 ; 

Notices publiées par la Société du département de la Manche, 
l r % 2 e et 3 e ; 

Mémoires sur l'histoire du Cotentin, t. I; 



— 6 — 

Rapport sur les travaux de la Société archéologique du Midi, 
par E. Cartailhac; 

Journal d' Agriculture du midi de la France, août à oct. 1860 ; 

Revue agricole du Midi ; 

Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l* homme ; 
livr. de mai, juin, juillet, août 1869 ; 

La Minerve de Toulouse-, livr. de août, sept., oct. 1861). 

De la part de M. Petit, surveillant militaire à la Nouvelle-Calé- 
donie : hache polie en jade ; 2 pierres de fronde avec la fronde; 
une perruche ; 

De la part de M. Cartailhac : 7 hachettes en pierre polie de 
l'Âveyron; 

De la part de M. d'Aubuisson : un Agaric; 

De la part de M. le C r Guitard : des fruits mûrs de VAsclepias 
seriaca venus en plein air. 

Des remercîments sont votés aux donateurs. 

M. le docteur Guitard rend compte des essais d'acclimatation 
qu'il a pu faire cette année ; deux plantes lui ont donné de bons 
résultats : le Pyrox et VAsclepias seriaca. Le Pyrox est un arbre 
mexicain dont les graines servent a la nourriture des oiseaux de 
volière. VAsclepias seriaca est un arbre à soie déjà cultivé aux 
Etats-Unis sur une assez grande échelle. Un industriel a même 
demandé un brevet pour employer cette plante dans le tissage de la 
soie. Chez le docteur Guitard, VAsclepias semé a porté des fleurs et 
des graines a parfaite maturité-, mais l'hiver a été d'une clémence 
exceptionnelle, et celte année, avec des froids plus rigoureux, la 
plante est exposée à périr. 



Séance du 3 décembre 1809. 

Présidence de M. le D r Guitard, vice président. 

La Société reçoit : 

Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'homme 
2 e série, livr. de sept, et oct. 1861) ; 



Bulletin de la Société impériale zoologiqne d'acclimatation , 
2 e série, t. VI; 

Mémoires de l'Académie des sciences de Toulouse, 7 e série, t. I ; 
Mémoires de la Société d'agriculture de la Marne, année 1868 ; 
Annales de V Académie de Mâcon, t. VIII. 

M. Cartailhac prend la parole pour annoncer à la Société que 
M. Trutat et lui ont été assez heureux pour obtenir de leur cor- 
respondant, M. Detroyat, une petite mais précieuse série de silex 
taillés et d ossements d'une station de Yâge du renne, voisine de 
Bayonne. C'est le gisement de ce genre le plus méridional que 
l'on connaisse ; le renne n'a pas encore été rencontré plus au sud. 

Un autre envoi provient de la Société de Climatologie Algé- 
rienne : cette compagnie savante a fait fouiller deux grottes, l'une 
à Pointe-Pescade , l'autre dans le rocher de Guyotville. Dans la 
première on trouva des ossements de bœuf, cheval, de divers 
Aniilopiens qui ne se rencontrent aujourd'hui qu'au loin dans le 
sud et même dans la région subsaharienne, d'ours, de hyène et 
de porc-épic. La plupart de ces ossements étaient dans des foyers 
et associés à des silex taillés. La seconde grotte contenait le 
lios bubalus , les mêmes Antilopiens, l'âne, une chèvre, une pan- 
thère, une hyène , une tortue de terre, et des quantités considé- 
rables de débris de coquilles marines ou même terrestres associées 
à des couteaux en silex, des marteaux et deux haches de dimen- 
sions bien différentes. En outre des moulages de ces objets tra- 
vaillés, le don de la Société d'Alger comprend une belle série d'os 
d'animaux et de coquilles trouvés dans les deux stations. Ce sont 
les premiers spécimens de l'industrie primitive des grottes du 
nord de l'Afrique qui arrivent en France. Sur ta proposition de 
MM. Trutat et Cartailhac, qui transmettent ces dons au Musée 
d'Histoire naturelle, la Société vote des remerciements à la Société 
de climatologie algérienne et à M. Detroyat. 

M. Gourdon propose d'introduire un ordre du travail réglé 
d'avance, pour l'année, par le bureau. Après une longue discus- 
sion, à laquelle plusieurs membres de la Société prennent part, 
M. le docteur Gourdon retire sa proposition. 

M. Timbal-Lagrave fils lit une notesur une nouvelle localité du 
Vcrbascum glabrum, Mill. 



— 8 - 

Le V. glabrum n'esl indiqué en France que dans une seule 
localité, à Civray (Vienne), sur un mur de jardin. Ceux qui l'ont 
découvert dans cette localité se demandent encore s'il y est vérita- 
blement spontané. 

M. Franchet constate ce fait dans sa monographie des Verbas- 
mm, et le considère comme une bonne espèce, se distinguant 
parfaitement à son feuillage vert de bronze, à ses fleurs blanches 
et pourpres à l'extérieur et à ses poils glanduleux capités. Certains 
Aoristes l'ont cependant confondu avec le V. Blattaria et le 
V. Rejwndum, Reich. Ces deux derniers ont les fleurs jaunes. 

Cette plante a été découverte, en 4865, juillet et août, à Saint- 
Sulpice-sur-Lèze (Haute-Garonne), par MM. Filhol et Timbal- 
Lagrave père. Depuis cette époque, ce Verbascum a été soumis à 
des essais de culture; cette espèce s'est maintenue avec tous ses 
caractères. 

M. H. Magnan communique à la Société une Note sur le 
terrain crétacé inférieur {néocomien, aptien, albieri) des Pyrénées 
françaises et des Corbières. 

Après avoir indiqué les causes d'erreur qui ont fait ranger jus- 
qu'à ces derniers temps cette puissante formation dans le terrain 
jurassique (plissements, renversements de couches, failles, appa- 
rences trompeuses du conglomérat cénomanien de Camarade), 
et après avoir donné un aperçu de la composition générale du 
terrain crétacé inférieur le long de la chaîne pyrénéenne, 
M. Magnan fait connaître en détail, la coupe de Saint-Lizier (près 
Saint-Girons), à l'Église de Gajan, où apparaissent les trois termes 
du terrain dont il s'agit. 

Les deux étages inférieurs, le néocomien et l'aptien, sont sur- 
tout admirablement représentés à Saint-Lizier. — Le premier re- 
pose en concordance sur les dolomies noirâtres, fétides, plus ou 
moins bréchoïdes de l'oolilhe supérieure (terrain jurassique); sa 
puissance est de 300 mètres; il est formé de calcaires dolomiti- 
(jues et de calcaires marmoréens gris, à Caprotina Lonsdalii, Tere 
bratula sella, Nerinea indéterm. — Le second, dont l'épaisseur 
est considérable et difficile à préciser, se trouve constitué par des 
calcaires, dcscalschistes et des schistes noirâtres, qui renferment en 
abondance VOstrea aquila et les Orbitolina conoidea et discoidea. 



-i. 9 -r 

L'albien, c'est-à-dire l'étage le plus supérieur du groupe, est com- 
posé aussi de schistes noirs, puissants, et près de l'Église de Gajan, 
de calcaires gris, marmoréens, à Caprotina Lonsdalii, ressemblant 
à ceux du néocomien, mais s'en distinguant par leur position et par 
certains fossiles : Discoidea conica, Pentacrinites cretaceus, etc. 

Toute cette série bute par faille contre le terrain juras- 
sique. Il est impossible de savoir ici quelles sont les couches 
qui constituent la partie supérieure de l'étage albien. (Le terrain 
jurassique qui se montre par faille au nord de l'Église de Gajan, 
explique pourquoi les auteurs de la Carte géologique de France 
ont rangé dans cette formation, les 4oOO mètres de couches 
appartenant en réalité au terrain crétacé inférieur. 

C'est dans les Corbières , entre Vingrau et Rivesaltes , que 
M. Magnan a pu compléter l'étude de l'étage albien. Il a vu dans 
cette région, au-dessus des calcaires, des schistes noirâtres et des 
calschisles à Orbitolina et à Ostrea aquila de l'aptien et de l'albien 
inférieur, se développer une puissante série de calcaires gris à 
Caprotina Lonsdalii, alternant avec des marbres blancs, des 
brèches marmoréennes, à teinte pâle, qui sont surmontés par des 
schistes terreux et ardoisiers noirâtres. La puissance de cet étage 
dans les Corbières est de 15 à 1800 mètres. 

M. Magnan, après avoir rappelé ce qu'il a écrit en 1 868 (Comptes 
rendus de l'Institut), à propos du rôle considérable que joue dans 
les Pyrénées françaises le groupe du crétacé inférieur, dont l'épais- 
seur totale peut être évaluée à 2,500 mètres, ajoute que tout ré- 
cemment il a acquis la conviction que les calcaires gris et les 
schistes noirâtres d'Ussat et de Tarascon (A-riége), que l'on croyaii 
appartenir, d'après de récents travaux, au terrain jurassique, dé- 
pendent en réalité du terrain crétacé inférieur; il a recueilli à 
Ussat et à Ornolac des fossiles de ce dernier terrain, entre autres le 
Caprotina Lonsdalii et Y Ammonites Carteroni, qui caractérisent 
le terrain néocomien à Gigondas (Vaucluse). 

M. Magnan termine en disant que le terrain crétacé inférieur, 
qui a été reconnu il y a quelques mois au sommet du pic de 
Cagire (1,912 mètres) par la Société d'Histoire naturelle de Tou- 
louse, entre aussi dans la constitution du massif du Gars (1,786 
mètres), au nord de Saint-Béat. 



— 10 — 



Séance «lu 17 décembre 1S4Î9. 



Présidence de M. le D r Filhol, président. 



La Société reçoit : 

Monuments mégalithiques du département de l'Âveyron, par 
M. E. Carlailhae (ext. des Transactions, of Ihe intern. Congres 
ofprehist., Arch.). 

Journal d'Agriculture pratique du midi de la France, 3 e série, 
t. XX. 

L'ordre du jour de la séance appelle la communication de 
M. F. Regnault sur le résultat de fouilles faites par lui dans la 
grotte de Montesquieu (près Aulinac, H. -G.). Il se compose 
d'ossements humains et d'ossements d'animaux qu'il n'a pu 
encore déterminer. 

Après avoir fait la description de la grotte et du couloir qu'il a 
explorés, M. F. Regnault se demande si cette grande quantité 
d'ossements humains cassés, mêlés à ceux des animaux, trouvés au 
milieu d'un foyer, dans une couche de terrain qui ne lui a pas 
paru remaniée, ne seraient pas des débris de repas faits par 
l'homme. — Il a encore trouvé dans ces fouilles des ossements 
humains cassés intentionnellement, au milieu d'un foyer ancien, 
mêlés à des débris de divers animaux, indice de repas de can- 
nibales. Pour M. Regnault, l'homme qui habitait la grotte de 
Montesquieu devait pratiquer l 'anthropophagie. 

M. Regnault présente celte découverte sous toutes réserves; 
il se propose de compléter ses recherches sur une question si 
intéressante par de nombreuses fouilles qui conduiront certai- 
nement à de nouveaux résultats. 

M. Cartailhac fait observer que, dans une aussi grave question, 
il importe de ne rien avancer de douteux. Or, le contenu de la 
grotte de Montesquieu, si l'on en juge par le travail de M. Rc- 



- 11 - 

gnault, est entièrement remanié. Ainsi, on y trouve les espèces 
de la pierre polie, le chien par exemple, associées à celles de 
l'âge paléolithique. 

M. Cartailhac croit qu'il n'est pas possible d'accuser d'anthro- 
pophagie les sauvages qui ont laissé dans cette grotte les preuves 
non équivoques de leur séjour. Les nombreux ossements humains 
que M. l'abbé Pouech et, après lui, M. Regnault ont recueillis, no 
sont pas cassés comme ceux des animaux, et si quelques-uns sont 
rongés, ce n'est pas par les dent? humaines, mais bien par celles 
plus puissantes des rats. Si on trouve des ossements humains au 
milieu des cendres et des débris de cuisine, c'est que peut-être 
les morts étaient déposés sur les foyers domestiques, comme 
on le constate dans les' stations antéhistoriques de Saône-et-Loire, 
à la manière de quelques tribus sauvages actuelles; bien d'autres 
explications peuvent être données. Tout en critiquant les conclu- 
sions de M. Regnault, M. Cartailhac n'entend pas mettre en doute 
des preuves d'anthropophagie établies ailleurs en France, et que 
l'histoire même est bien loin de contredire. 

MM. Filhol, de Malafosse et Trutat présentent à leur tour quel 
ques observations et partagent les idées de M. Cartailhac. 

M. de Malafosse dépose ensuite sur le bureau, et offre a\ lu 
Société, un grand nombre d'échantillons et de fossiles de Ylnfra- 
lias, parmi lesquels l'on remarque la Cypricardia porrecla, la 
Turritclla Bunkeri, la Gervilia obliqua, etc., au moyen desquels 
il peut caractériser et fixer la position de cet étage dans la région 
méridionale du plateau central. Il fait une coupe générale de 
l' Infra-lias dans le département de la Lozère, et essaie de démontrer 
que les premiers sédiments des mers jurassiques se sont déposés 
dans ces contrées sur les terrains de cristallisation occupés alors 
par une flore terrestre dont les empreintes ou les débris à l'état 
de lignite abondent dans les grès, qui sont l'extrême base du lias. 
Au moyen de fossiles recueillis par lui dans ces grès, M. de Mala- 
fosse explique que Vlnfra-lias commence dans cette localité, dans 
la zone à Ammonites planorbis, appartenante une période plus 
calme et formée de marnes et de calcaires. 

M. de Malafosse croit devoir faire remarquer à la Société que les 
rares géologues, MM. Reynès etKecklin Schlumberger, qui se sont 
occupés de ces régions — N. de l'Aveyron et Lozère — n'avaient 



— 12 - 

pu caractériser YInfra-lias, faute de fossiles. Notre confrère a 
été plus heureux. 

M. H. Magnan dit que la très-intéressante découverte que vient 
de faire M. de Malafosse démontre, une fois de plus, l'analogie qui 
existe entre les formations liasiques de nos régions et celles des 
bassins du Rhône, de la Loire et de la Seine. 

Les fossiles et les roches de V Infra-lias des environs de Mar- 
véjols, présentés n la Société par M. de Malafosse, lui rappellent, 
de tous points, ceux qu'il a recueillis au même niveau géologique 
sur les rives du Rhône, à Chateaubourg, vis-à-vis Valence, à 
Vernoux, dans l'Ardèche, et en divers lieux des départements de 
l'Aveyroo, du Tarn, du Tarn-et-Garonne et du Lot. 

M. Magnan fait ensuite remarquer que les dépôts infraliasiques 
occupent sur le plateau central de la France des altitudes bien 
différentes : les couches fossilifères de Chateaubourg sont situées à 
120 mètres au-dessus du niveau de la mer; celles de Vernoux à 
517 mètres 5 celles des environs de Villefort à 1030 mèlres; celles 
de Marvéjols, étudiées par M. de Malafosse, à C35 mètres-, enfin 
celles des départemenrs de l'Aveyron, du Lot, du Tarn et du 
Tarn-et-Garonne entre 150 et 600 mètres. 

M. Magnan explique ces diverses altitudes par d'immenses 
affaissements suivis de failles, et termine en rappelant le iôle 
considérable que les brisures et les agents d'érosion ont joué sur 
le plateau central de la France et sur les bords de ce plateau. Il a, 
du reste, prouvé tout récemment, que dans la forêt de la Grésigne, 
presque dans la plaine, 1630 mètres de couches ont été enlevées 
par les eaux, dans une seule période géologique. 

M. Trutat demande ensuite la parole pour rendre compte 
d'une course qu'il vient de faire sur la nouvelle ligne d'Auch â 
Tarbes. L'exécution de cette partie du chemin de fer d'Agen aux 
Pyrénées présentait de très-grandes difficultés, car il fallait tra- 
verser une région accidentée et entièrement formée de marnes et 
de sables. Malgré cela, les travaux n'ont pas été arrêtés un seul 
instant : tout avait été prévu et calculé par avance. C'est 
qu'aussi la géologie pratique avait tout dirigé dans celte entre- 
prise : plus de 300 sondages explorateurs, poussés à des profon- 
deurs de 60 à 80 mètres, avaient permis d'établir des coupes 
d'une exactitude complète. C'est la première fois, croyons-nous, 



- 13 - 

que les données géologiques ont été consultées avec autant de 
soin ; aussi sommes-nous heureux de constater le véritable succès 
obtenu par la Compagnie des chemins de fer du Midi dans cette 
heureuse innovation. 

Le but principal du voyage de M. Trutat était de reconnaître un 
gîte fossilifère d'une très grande richesse que la voie avait traversé 
dans la tranchée du faîte de Miélan. 

La Société a déjà vu les nombreux débris que la compagnie du 
Midi a généreusement offerts à notre Musée. Quoiqu'arrivé un peu 
tardivement, M. Trutat a pu constater la nature des couches ossi- 
fères, grâce aux précautions prises par M. l'ingénieur Boutillier. 
Les stations précises des pièces principales avaient été piquetées 
dans les talus, et une coupe d'une grande netteté avait été réservée 
pour la visite. 

Le fait le plus important que M. Trutat a constaté est celui-ci : 
le dépôt ossifère était tout entier limité à une poche de terrain 
remanié, limité en haut et en bas par des couches tertiaires, par- 
faitement horizontales. Ce dépôt remanié était lui-même terminé 
à sa partie inférieure par un banc de cailloux roulés de petite 
dimension. La quantité d'ossements accumulés dans cette poche 
était tellement considérable, qu'on a pu en remplir une vingtaine 
de wagons; malheureusement ils étaient dans un état de friabilité 
telle que leur conservation a été souvent impossible ; il a été cepen- 
dant facile de constater la présence des espèces suivantes : Dinothe- 
riMm, Mastodonte, Rhinocéros et Dieroceros. 

M. Trutat a constaté la présence d'un banc de cailloux roulés 
d'une puissance régulière d'un mètre, sur tous les sommets qui se 
trouvent entre Mirande et Miélan. Ces cailloux, d'origine pyré- 
néenne, permettent de reconnaître l'origine récente des ravins qui 
sillonnent la partie du bassin sous-pyrénéen, prolongement du 
plateau de Lannemezan. Pour M. Trutat, ils se rattachent à la 
grande période glaciaire qui a été la cause directe du creusement de 
toutes les vallées sous-pyrénéennes. Notre confrère étudie, du reste, 
ce magnifique phénomène : les tranchées ouvertes pour le chemin 
de fer des Pyrénées faciliteront singulièrement ses recherches. 



Séance tlu 7 janvier i870. 

Présidence de M. le D 1 Guitard, vice-président. 

La Société reçoit : 

La Minerve de Toulouse, r;° 1, vol. II. 

M. Fouque fait connaître la situation financière de la Société. 
Conformément au règleme; | M. le président nomme une 
commission pour vérifier les comptes. D'après l'article 31 du 
règlement qui la régit, la Société procède au renouvellement de 
son bureau et à la nomination de ses commissions. 

Sont nommés : 

Président, M. le Dr Guitard; 

1 er Vice-président, M. E. ïrutat ; 

2e id. M. Pla ; 

Secrétaire général, M. E. Cartailhac ; 

Secrétaire adjoint, M. A. Peyre; 

Trésorier, M. Marquet ; 

Bibliothécaire-archiviste, M. Timbal-Lagrave fils ; 

Membres du conseil d'administration , MM. Gourdon et 
MaGNAN; 

Membres du comité de publication, MM. Magnan, Jeanbernat, 
Trutat et d'Aubujsson. 

M. H. Magnan, continuant l'étude de la craie dans nos régions, 
communique une Note sur la craie morjenne des Pyrénées fran- 
çaises et des Corbières {cénomanien et turonien). 

Après avoir succinctement rappelé la composition de la craie 
inférieure (uéocomien, aptien, albien), groupe important essen- 
tiellement formé de calcaires plus ou moins marmoréens, gris, de 
calcaires noirâtres, etc., de schistes noirs souvent ardoisiers, qu'il 
a décrit en détail dans une précédente séance (p. 8 ), M. Magnan 
dit que la craie moyenne est presque entièrement composée de 
loches détritiques (grès et conglomérats), ce qui s'explique très-bien, 
si l'un se rappelle le fait important qu'il a démontré en 1868, à 
savoir : qu'à diverses époques, les Pyrénées ont été disloquées et 



- 45 - 

dénudées, et notamment pour le cas dont il s'agit, après l'époque 
de la craie inférieure. En effet, ce sont les mille mètres de cou- 
ches enlevées par les agents d'érosion, après le dépôt des terrains 
albiens, qui ont constitué les roches gréseuses et les conglomérats 
de la craie moyenne. 

M. Magnan donne ensuite quelques détails sur le rôle important 
que joue la craie moyenne dans les Pyrénées; sa puissance est 
d'environ 4,000 mètres. Ce terrain peut être suivi presque sans 
interruption des bords de l'Océan aux rivages de la Méditerranée, 
en constituant, ordinairement, au pied de la chaîne, les montagnes 
de 3 e ordre. On remarque aussi celte formation clans le massif de 
Gav'arnie. 

Après ces grands traits, M. Magnan trace sur le tableau plu- 
sieurs coupes qu'il a relevées en plusieurs points de la chaîne 
pyrénéenne, dans l'Aude, dans l'Ariége, dans la Haute-Garonne 
et dans les Hautes-Pyrénées. 

Les coupes les plus intéressantes, les coupes classiques, qui 
montrent les vrais rapports de position du groupe qui nous 
occupe avec les terrains qui l'ont précédé et ceux qui l'ont suivi, 
sont celles que M. Magnan a faites dans les petites Pyrénées de 
l'Ariége et dans les Gorbières : 

1° Entre Sainte-Croix et Baup, en remontant la petite rivière 
du Volp ; 

2° Entre Ufferteet le moulin de Gamp-Bataillé surl'Arize; 

3° Entre le Milobre de Massac, Soulatge et Pierre-Pages dans 
les Corbières. 

Ces coupes, qui sont plus spécialement décrites par M. Magnan, 
démontrent le lait important de la discordance de la craie 
moyenne (cénomanien) avec les dépôts de la craie inférieure 
(albien, aptien, néocomien) et avec ceux antérieurs à cette épo- 
que; elles permettent ensuite d'étudier avec profit la lithologie et 
la paléontologie des étages Cénomanien etTuronien. 

Le premier de ces étages débute par un puissant conglomérat, 
plus ou moins incohérent, formé en certains lieux, de blocs 
énormes (ces blocs souvent fossilifères ont été la cause de nom- 
breuses erreurs. La plupart des géologues qui ont étudié les 
Pyrénées les ayant crus à leur vraie place, c'est-à-dire non rema- 
niés, ont rangé le terrain qui les renfermait tantôt dans le lias, 
tantôt dans le corallien, tantôt dans l'aption, suivant qu'ils y trou- 



- 16 - 

voient tels ou tels fossiles). — Ce conglomérat auquel M. Magnan a 
donné en 1808, le nom de conglomérat de Camarade, et qui corres- 
pond aux couches à Orbilolina concava des Charentes, c'est-à-dire 
au cénomanien inférieur, alterne à la partie supérieure avec des 
couches schisteuses psammiliques, nettement stratifiées. Sa puis- 
sance est en certains points (Ariége, H tes -Pyrénées) de 800 mètr. ; il 
passe quelquefois vers le haut à un poudingue bréohoïde, solidement 
cimenté. Il est recouvert par des dalles gréseuses à empreintes 
végétales (fucoïdes) (niveau de l'île d'Aix), des grès sablonneux, 
des argiles micacées , roches détritiques, auxquelles sont sou- 
vent subordonnées, surtout dans la partie orientale et médiane 
de la chaîne, des couches de calcaire renfermant de précieux 
fossiles : Ostrea (Exogyra) Columba, Janira quinquecostata > 
Naulilus Charpcntieri, Cyclolites semiglobosa, Caprina adversa, 
Ostrea carinata, etc. 

Le second étage, leTuronien, est formé par des grès siliceux 
jaunâtres, rougeâtres et par des argiles plus ou moins micacées. 
Ces grès renferment en certains lieux, surtout dans l'Aude et 
dans la partie orientale de l'Ariége, des couches de calcaire qui 
contiennent de nombreux corps organisés : Hippurites organisans, 
H. striata, Cyclolites undulata, Sphœrulites ventricosa, Spon- 
dylus spinosus, Micraster brevis, etc. L'épaisseur de cet étage esl 
de 200 mètres environ. 

Dans la partie médiane de la chaîne, les calcaires sont moins 
abondants; ils sont généralement gris-bleuâtres (Sainte-Croix, 
environs de Lescaladieu); dans la partie occidentale (Basses- 
Pyrénées), les couches supérieures au conglomérat de Camarade 
sont généralement argileuses (schistes pourris) et calcareuses avec 
silex; elles renferment les môme végétaux fossiles (fucoïdes); 
l'élément franchement calcaire réapparaît, et avec lui les rudistes 
de la base, notamment près de Sare (S. de Bayonne), où l'on a 
recueilli entre autres espèces des Caprines (C. adversa). 

M. Magnan termine en appelant l'attention de la Société sur 
une coupe qu'il a relevée entre Bagnères-de-Bigorre et Orignac. 
Cette coupe montre les difficultés qui attendent le géologue qui 
veut étudier dans les hautes Pyrénées le groupe de la craie 
moyenne : ce ne sont partout que couches disloquées, renversées, 
en partie recouvertes par des terrains récents ; aussi les vrais rap- 
ports de position sont-ils souvent difficiles à établir dans celte région . 



- 17 - 

Séance du 21 Janvier 1870. 

Présidence de M. le D r Guitard, président. 

M. le D 1 Guitard ayant appartenu a l'ancien bureau, est embar- 
rassé pour le remercier au nom de la Société. Le nouveau bureau 
tachera de répondre à la confiance de ceux qui l'ont nommé. 

Son premier soin a été de reconnaître les services rendus à 
la Société par M. le professeur Filhol, durant les trois années 
écoulées, et il propose a la Société de le nommer président 
honoraire. 

Les memb:es présents adoptent, par acclamation, la proposition 
de M. le président. Le bureau sera auprès de M. Filhol l'interprète 
de leurs sentiments. 

Sont nommés, au scrutin .secret, conformément au règlement : 

Membres de la commission des grandes excursions, MM. le 
D r .Jeanbernat, Magnan, Lacaze, Trutat, Marquet. 

Membres delà commission des petites excursions, MM. d'Au- 
ruisson, Rivière et Fouque. 

La Société adopte ensuite les conclusions du conseil d'admi- 
nistration sur plusieurs points. 

La Société reçoit : 

Matériaux pour l'histoire primitive de V homme, novembre et 
décembre 1809. 

M. le secrétaire-général dépose sur le bureau la première 
livraison du 3 e volume de nos bulletins. 

M. Timbal-Lagrave lit un rapport sur les herborisations de la 
Société durant l'année 1869, imprimé p. -107 du volume III. 

M. Filhol met sous les yeux de la Compagnie les ossements et 
objets qu'il a recueillis dons quelques grottes de la Haute- 
Garonne. 

Grotte de Salech : Les premières fouilles y furent exécutées, il 
y a plusieurs années, par MAL Marnes et Filhol fils. Kilos amenè- 
rent la découverte de poinçons on os, de dents perforées, de silex 



- 18 - 

taillés, d'ossemeats humains et d'animaux domestiques empâtés 
dans une stalagmite compacte. Les nouvelles recherches ont donné 
les mêmes résultats. 

Grottes du Massif cl Aï bas : 1° La Tuto de la spigos de la 
Quanquo con'cnait les ossements d'un petit ours à l'exception de 
ceux de l'ours des cavernes. — 2° Une seconde cavité au pied du 
Mail de Penne blanco a livré des poinçons et lissoirs en os, des 
outils en silex et en quartzite, des poteries d'époques bien difl'é- 
renles, des ossements d'animaux domestiques et de femmes et 
d'enfants. Ces ossements humains ont été étudiés avec un vif 
intérêt par l'un des plus éminents anlhropologistes, D r Pruner-Bey. 
Avec tous ces débris dans les mômes foyers et lits de cendres, se 
trouvaient des ossements de l'ours des cavernes apportés là par 
l'homme de l'âge de la pierre polie, qui avait découvert leur gise- 
ment dans une salle intérieure qui est aujourd'hui d'un difficile 
accès. — 3° Enfin la Grotte du Mail de Bourusse, — qui peut-être 
communique avec la précédente, par des couloirs très-longs et 
singulièrement réduits, sinon obstrués, — renfermait des ossements 
de l'ours des cavernes. 

Deux grottes ont été visitées par M. Fiihol à Isault-de-1'Autel ; 
l'une a livré des ossements d'animaux domestiques et des poteries, 
l'autre des ossements humains. 

Les objets recueillis sont destinés au Muséum de Toulouse. 

M. Cartailluic fait remarquer la parfaite similitude des osse- 
ments humains, exhibés par M. le professeur Fiihol avec ceux que 
M. Regnaull a retirés de la grotte de Montesquieu. Les têtes d'os 
manquent souvent, ce qui arrive toutes les fois que des ossements 
déjà fragiles ont été remués ou retirés sans précaution. Aucun os 
n'est cassé en long; maison peut voir un fémur fendu presque 
complètement fiai- la dessicalion ou tout autre cause naturelle, et 
qui se 'partagerait au moindre choc. Les ossements des victimes 
des cannibales ne demeurent presque jamais entiers, les anthropo- 
phages n'ayant garde de négliger la moelle (1). Enfin on peut 
remarquer dans les ossements humains des stations nouvelles de la 
Haute-Garonne, un fait bien simple et qui se retrouve presque 

(l) Voir surtout : Thr cure cannïbhh nf south nfricà. (Anthrop. R. april 
iSli'J ) 



- 19 - 

toujours dans les os longs anciens, à savoir: que le canal médul- 
laire est comme agrandi ou nettoyé. C'est le résultat de l'humidité. 

Une raison qui fait croire à M. Cartailhac que l'anthropophagie 
ne régnait pas à l'époque de la pierre polie dans l'Ariége ou la 
Haute-Garonne, c'est que le peuple de ces grottes est essentielle- 
ment pasteur ou agriculteur ; il ne présente rien de sacerdotal ; 
ce n'est pas dans ces conditions que se trouvent les anthropo- 
phages actuels-, ils sont guerriers ou chasseurs, et si quelquefois 
le cannibalisme est un fait religieux, en somme, l'origine en est 
dans la famine; or, ce fléau atteint rarement des populations 
déjà civilisées. Celles des stations pyrénéennes sont en apparence 
essentiellement pacifiques, leurs mœurs devaient être très-douces. 
En Suisse, où les fouilles sont bien mieux étudiées que chez nous, 
où des populations dans la même phase de civilisation ont séjourné 
longtemps, on n'a rien trouvé qui puisse faire admettre le canni- 
balisme, si ce n'est un tibia ou fémur humain, travaillé d'après 
quelques-uns, et qui d'ailleurs ne prouverait qu'une chose, à 
savoir : qu'on n'éprouvait pas plus de répugnance à utiliser un os 
humain que les Romains, qui en faisaient des flûtes. Le seul 
argument sérieux que l'on n'a pas d'ailleurs présenté, mais que 
s'oppose cà lui même M. Cartailhac: c'est la prédominence, au 
Mail de Penne-Blanco, de femmes et d'enfants, à l'exclusion des 
hommes. Cette délicatesse de goût est tout-à-fait dans les usages 
des cannibales. C'est le fait remarqué à Chauvaux (Belgique). 

M. Jeanbernat, sans exprimer à cet égard son opinion, fait 
observer qu'il ne comprendrait pas que les sauvages dont il s'agit, 
eussent choisi pour crypte funéraire une cavité si difficilement 
accessible. 

M. Malafosse répond que les grottes à momies du Pérou sont 
bien plus inaccessibles encore. 

M. Cartailhac ajoute qu'il serait plus étonnant que des gens 
ayant des troupeaux fussent demeurés et eussent pris leurs repas 
journaliers à pareille hauteur. Un fait qui a frappé tous les 
explorateurs des grottes, c'est qu'il en est un nombre considérable 
où l'on trouve des ossements humains plus ou moins entiers, plus 
ou moins nombreux. L'imagination peut se donner aisément 
carrière pour expliquer la présence de ces vestiges, et c'est après 
avoir épuisé la série des causes simples et ordinaires que l'on peut 
s'arrêter à une origine spéciale et étrange. Une mort violente, 



- 20 — 

nne mort naturelle, la perte tl'un membre par accident, Fense- 
velissement, le transport de ces ossements par l'eau ou par 
l'homme, le remaniement, sont des causes qu'il faut avant tout 
invoquer. Nous admettrons le cannibalisme quand il expliquera 
plus ou mieux : lorsque les ossements seront dans des foyers 
non remaniés, au milieu des débris de repas et qu'ils seront 
manifestement brisés par l'homme comme ceux des animaux qui 
ont servi de nourriture. 



Séance ilu -Il février '1870. 



Présidence de M. Filiiol, président honoraire. 



La Société reçoit : 

Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de Vhomme, 
liv. 1, janvier 1ÎS70. 

Après discussion, la Société décide qu'il sera publié dans les 
journaux de la localité un compte-rendu officiel des séances, et 
point d'autres. 



M. II. Magnan fait connaître à la Société une des régions les 
plus intéressantes des Pyrénées Orientales qu'il vient tout récem- 
ment d'étudier au point de vue géologique, région comprise entre 
Soulatge et le Pont de la Fou, près Saint-Paul -de-Fenouillet. 

Ainsi que M. Magnan l'a montré, il y a quelque temps (1), du 
Milobre de Massac (Corbières) à Soulatge, on peut passer en revue 
les quatre étages de la craie moyenne et supérieure ; mais c'est 
entre Soulatge et le Pont de la Fou que l'on peut observer les 
rapports de position delà craie moyenne et de la craie inférieure 



I j Séance <l«i 7 janvier 1870, p. I"> de ce vol. 



- 21 — 

et les immenses dislocations qui ont donné à ce pays su physio- 
nomie si originale et si pittoresque. 

Au S. de Soulalgeon voit le terrain cénomanien reposer en 
discordance, tantôt sur le trias, tantôt sur la craie inférieure, 
puis entre le col de Brézou (chaîne de St-Antoine-de-Galamus) 
et le Pont de la Fou (chaîne de Lesquerde), les couches oolithiques 
et crétacées inférieures, former un immense pli en S, qui hute par 
faille, d'un côté contre les roches verticales du trias, de l'autre 
contre le granité. 

Ce pli gigantesque, dont la moitié supérieure a été enlevée par- 
les agents d'érosion, permet d'étudier par deux fois, en allant du 
col de Brézou au Pont de la Fou, les terrains néocomien, aptien et 
albien. L'aptien est presque aussi fossilifère qu'à la Clape; l'albien 
est. remarquable par l'abondance des corps organisés qu'il ren- 
ferme. M. Magnan a retrouvé à Prabas et le long du ruisseau 
de San-Crista les ammonites albiennes qui n'avaient pas été 
vues en place depuis que Paillette les avait découvertes, il y a 
plus de 20 ans, et que d'Orbigny les avait signalées dans son 
Prodrome. 

La faille qui met directement en contact, au Pont de la Fou, les 
terrains granitique et néocomien, faille dont le joint est rempli de 
silice ferrugineuse, est, pour M. Magnan, une preuve de plus en 
faveur de l'opinion qu'il soutient, à savoir : que les Pyrénées ne 
sont pas dues à des soulèvements ophitiques ou granitiques, mais 
bien à d'immenses failles, linéaires, dont une des lèvres est restée 
en saillie sur l'autre. 

II. Magnan termine en donnant quelques détails sur les brisures 
des roches néocomiennes, d'où sourdent les eaux thermo minérales 
du Pont de la Fou. 

Répondant à une question de M. Filhol, M. Magnan dit que les 
eaux sulfureuses des Pyrénées sortent généralement des terrains 
primordiaux et de transition les plus anciens, et les eaux salines 
des terrains calcaires (crétacé, jurassique et devonien supérieur?) 
M. Filhol ayant fait observer que les eaux du Boulou sont tout-à-fait 
exceptionnelles au point de vue chimique, puisque elles sont 
franehemenl alcalines, que l'analogie entre les eaux de Luchon 
et celles d'Aix, en Savoie, est plus grande qu'entre les eaux, de 
Luchon et de Barèges, M. Magnan ajoute que la géologie des 



- 22 — 

lorrains anciens n'ost pas encore assez avancée pour rendre compte 
de lousces faits. 

M. le professeur Filhol fait, passer sous les yeux de la Société 
une planche représentant une coupe el une vue de la cavité 
cérébrale du Fclis spelœa. Il entre dans quelques détails à cet 
égard et donne les moyennes des chiffres de comparaison des gran- 
deurs des os des membres chez le Fciis spelœa, le lion et le tigre. 



Séance du 25 février 8 870. 



Présidence de M. le D r Guitard président. 

Le président annonce une présentation. 

La Société reçoit: 

Journal d'Agriculture pratique et d'Economie rurale, numéros 
de décembre et janvier. 

Des Cryptes d'approvisionnement à propos de trois souterrains 
de Saint-Pau, par M. le D r J.-B. Noulet, in-8°, 34 p., 1870, 
Toulouse (extrait de la H. archéol. du Midi). 

De la port de M. le D r Guitard, des Haricots, venus à Toulouse, 
de deux espèces provenant de Pékin et de la Veru-Cruz. 

M. C. Fouque entretient la Société de quelques recherches qu'il 
a opérées dans les grottes de la Barousse (Haute-Garonne). Une 
seule lui a donné des preuves positives de son occupation à 
l'âge de la pierre polie. Un foyer contenait les ossements des 
animaux domestiques avec quelques objets travaillés, poinçons en 
os, dents percées, poteries. Dans la salle où se trouve ce foyer, 
vient aboutir un filet d'eau amené d'une source extérieure à la 
grotte par un travail fort simple et qui peut être contemporain de 
cette occupation. 



— 23 — 

M. H. Magnan, voulant terminer la description des étages qui 
se rapportent au groupe do la craie, communique aujourd'hui à 
la Société, une Note sur la craie supérieure des Pyrénées et des 
Curbières (senonien, craie de Maastricht, danien, garumnien). 

Notre confrère rappelle d'abord, en quelques mots, ce qu'il a dit 
dans deux précédentes séances (p. 8 et 14 de ce vol.), sur la com- 
position des terrains de la craie inférieure (néocomien, aptien, 
albien) et de la craie moyenne (cénomanien, turonien). Il appuie 
sur le fait important de la discordance qui existe entre ces deux 
terrains et de la concordance que l'on remarque, au contraire, 
entre la craie moyenne et la craie supérieure, si bien que dans 
beaucoup de localités, notamment dans la région occidentale des 
Pyrénées, quand les fossiles manquent ou deviennent rares, on ne 
sait trop où faire commencer l'une et où foire finir l'autre. C'est 
dire déjà que, quand elle n'a pas été poslérieurement enlevée par- 
les agents d'érosion, la craie supérieure se monlre là où apparaît 
la craie moyenne et que, comme celle-ci, elle constitue presque 
partout, le long de la chaîne pyrénéenne, les basses montagnes, 
c'est-à-dire les montagnes de 3 e ordre. 

M. Magnan donne ensuite des détails sur la composition de la 
craie supérieure. Il appuie ses dires sur de nombreuses coupes qu'il 
a relevées en divers points des Pyrénées, notamment: 

Entre Oloron et Cardesse (Basses-Pyrénées) ; 

Entre Bagnèrcs-dc-Bigorre et Orignac (Hautes-Pyrénées) -, 

Entre Saint-Michel et Fabas (Ariége) ; 

Entre Daumazan et Balança (Ariége) ; 

En're Alet et Quillan (Aude); 

Entre la Boquelongue et l'ancien ermitage de la Vernède, dans 
les Corbières (Aude). 

D'après notre confrère, la base de cette formation est constituée 
partout par des couches argileuses ou calcareuses, plus ou moins 
puissantes, blanchâtres, grisâtres ou bleuâtres, quelquefois ligni- 
teuses, qui contiennent, en bien des points, et quelquefois en 
abondance : Ostrea resicularis, Ananchyfes ovata, ïnoccramus 
Cripsii et regularis, Ammonites galloviUensis, Fucoides, e'c. et 
en d'autres, les nombreux fossiles du moulin Tift'au, près de 
Bennes-les-Bains. C'est là l'horizon de la craie de Vîlledieu, du 
bassin de Paris, dont la puissance est très-considérable dans les 



- n - 

Pyrénées occidentales el beaucoup moindre dans les Pyrénées 
médianes et orientales. 

Sur ces couches reposent : d'une part, — dans les Cornières, 
dans l'Aude et dans l'Ariége orientale, — des grès psammitiques, 
siliceux, jaunâtres, fréquemment zones, de i-JO m. d'épaisseur, 
avec argiles subordonnées, à fossiles indéterminables (Pcctcn, 
Vénux, 3Iytilus, Cardium), que d'Archiac a rangé par erreur dans 
le tertiaire (partie inférieure du groupe d'Alei); d'autre part, — 
dans l'Ariége occidentale, la Haute- Garonne, les Hautes et les 
Basses-Pyrénées, — des calcaires jaunes-nankins ou grisâtres, 
souvent à grains de quartz; calcaires qui renferment en certains 
lieux de nombreux fossiles de la craie de Maëstrieht, notamment: 
Orbilolites socialis, Hemipneustes radiatus, Nerita rugosa, Oslrca 
larva, Janira strialo-costata. 

Les assises détritiques (grès d'AIct) de l'Aude et de 1'Ariége 
orientale et les calcaires de Maëstricbt de l'Ariége occidentale et 
de la Haute-Garonne, dont il vient d'être question, supportent 
à leur tour, une formation lacustre (partie supérieure du groupe 
d'Alet de d'Archiac, Garumnien de M. Leymerie), composée de la 
façon suivante : 

A la base, par des grès fortement colorés, rutilants ou jaunâ- 
tres ; des sables et des argiles souvent ligniteuses, couches qui 
renferment des débris de Sauriens et de Tortues , la Cyrcna 
(jarumnica, etc. ; et par des calcaires pisolithiques ou cariés ; 

A la partie supérieure, par des cale .lires compactes, sub-lilhogra- 
phiques, fréquemment siliceux, qui alternent avec des marnes de 
couleur rouge de sang et des pou lingues fleuris. Ces calcaires 
compactes — qui renferment des Physes, des Lymnées, des Palu- 
dines, des Cyclostomes, des graines de Cliara, — forment, dans 
les Corbières, quatre puissantes assises séparées par des marnes 
rutilantes, qui se réduisent à une seule dans l'Ariége occidentale 
et dans la Haute-Garonne. 

Ce système lacustre est recouvert, en concordance, par des 
marnes et des calcaires à Milliolitcs, base de la formation num- 
mulilique, marnes dans lesquelles apparaissent en divers points, 
avec des fossiles de 1'éocône, quelques fossiles à physionomie 
crétacée, tels que Hemiaster nasutulus, Oslrea vesicularis, Venu:; 
Lapeyrusana. C'est la colonie, que M. Leymerie a surtout fait 
connaître dans la Haute-Garonne. 



fi 'J • — 

L'absence dans la partie occidentale de la chaîne du terrain 
lacustre dont il vient d'être parlé, — car personne jusqu'ici ne 
l'y a signalé d'une manière certaine, — permet de croire que des 
mouvements lents du sol, mais importants, ont eu lieu pendant la 
période crétacée supérieure. Ces mouvements ont fait émerger les 
parties orientale et médiane de la basse chaîne, qui ont été recou- 
vertes ensuite par des lacs d'eau douce, pendant qu'à la même 
époque des sédiments marins, — continuation de la craie propre- 
ment dite, — se déposaient dans les Hautes et dans les Basses-Pyré- 
nées. Cette manière de voir explique aussi pourquoi le terrain 
lacustre varie de puissance. En effet, il atteint y ou 600 m. 
d'épaisseur dans les Corbièrcs, et 4 ou 500 m. à Ulferte, dans 
l'Ariége, tandis qu'il ne dépasse guère VôQ m. dans la Haute- 
Garonne. 

M. Magnan termine en donnant quelques aperçus sur le syn- 
chronisme do certaines couches d'origine marine et d'origine 
lacustre ou d'eau douce, qui entrent dans la composition de la 
craie supérieure. Ainsi, pour notre confrère, les argiles séno- 
niennes, les grès d'Alet et les calcaires de la craie de Maastricht, 
sont synchroniques des grès d'eau douce et des lignitesdu bassin 
de Fuveau, puisque au-dessus de ces couches on trouve, dans les 
Pyrénées comme en Provence, les bancs à débris de Sauriens et 
de Tortues, et les calcaires lacustres à Physes du Garumnien, et 
qu'au-dessous on y rencontre les strates marins du séuonieu 
inférieur de d'Orbigny à Janira quadricoslata et à Ostrea Math<'- 
roniana. Relativement au groupe d'Alet supérieur ou Garumnien 
de M. Leymerie, M. Magnan prétend qu'il s'est, déposé-en même 
temps que le calcaire pisolithique de Paris (Danien) et que les 
couches à Physa giganlea de Itilly. S'il le place entièrement dans 
le terrain de craie, c'est parce qu'il est surmonté dans la Haute- 
Garonne et dans l'Ariége, par des couches contenant des fossiles 
cré lacés. 



— 20 



Sfancc du 11 mars IS70. 



Présidence de M. le professeur Pla, vice-président. 



M'. Ruffkt i)el Mas est nommé membre titulaire, sur (à pré en- 
falion de MM. le D r Cuq et Calmels. 

La Société a reçu : 

Société des sciences et arts de Vitry-le- Français, t. H, 1800. 

Bulletin delà Société d'acclimatation, t. VII, 1870, liv.de 
janvier. 

La Minerve de Toulouse, liv. de janvier. 

Note sur une grotte de Bagnères-de-Bigorre, par MM. Frossard, 
iu-8°, Bagnères. (Ext. du Bull, de la Soc. Ramond.) 

M. Maine lit la note suivante : 

M. le président Guilard nous a présenté, dans la dernière séance, 
quelques Haricots provenant de pieds nés à Toulouse de graines 
apportées de Pékin. 

Je me souviens avoir récolté moi-même, depuis une dizaine 
d'années, des graines semblables sur une plante d'ornement con- 
nue sous le nom de Harn-ot Mexicain et cultivée dans le jardin de 
mon père, à Saint-Louis (Haut Tibin). Je mets à la disposition do 
li Société une quinzaine des Haricots de cette provenance. Ils sont 
un peu plus noirs et un peu plus petits que ceux qui nous ont 
Hé présentés. 

La plante, très-vigoureuse, atteint jusqu'à 3 ou 4 mètres. Sa 
tige est couverte de stries en spirale très-rudes ; toute la plante, 
liges, pétioles, pédonulles et feuilles, très-rude au loucber, est 
d'une couleur pourpre carminée assez vive; le dessus des feuilles 
est vert sombre rongeâlre, le dessous, franchement rouge, est cou- 
vert d'un réseau de stries plus claires et [dus brillâmes. 

L'inflorescence est surtout curieuse. Le long d'un pédoncule 
commun de 1o à 20 centimètres, sont disposés 4 ou :> verticillcsdc 
bourgeons unis par la base et dépassés par le racbis du pédoncule. 
De ces bourgeons sortent, toute l'année, des fleurs lilas tondre qui, 



- 27 - 

en vieillissant, virent au violet bleuâtre, puis livide. Dès que quel- 
ques fleurs tombent ou meurent, elles sont remplacées par d'autres 
qui sortent du bourgeon ou mamelon commun. La plante est ainsi 
toute l'année en fleurs et en fruits. 

Si mes souvenirs sont fidèles, la fleur n'a pas l'aspect débraillé 
de celles des vrais pbaséolus. Les ailes sont bien terrées contre la 
carène, et l'étendard, maintenu par un calice serré et montant, ne 
s'en écarte pas beaucoup non plus. 

Le style élargi latéralement est incliné vers le milieu de la 
gousse. Celle-ci est très-large, mais non gonflée, charnue, et d'un 
pourpre très-vif qui, mêlé au lilas des fleurs, produitle plus char- 
mant effet. Quand la maturité approche, elle passe au violet, puis 
au vineux et enfin au brun. Elle est alors sèche, les parois se sont 
séparées et les graines, au nombre de 4 ou o seulement et trcs- 
écarlées, sonnent quand on agïte le fruit. 

Si la plante devient jamais alimentaire, je pense qu'il y aurait 
intérêt à ne manger la gousse que lorsqu'elle est très-jeune. Je 
n'ai jamais vu faire d'essais dans ce sens. 

La planîe aime les expositions chaudes et les terres bien fumées. 
A Saint-Louis, je l'ai toujours vue tomber et périr dès les premiè- 
res gelées. 

M. E. Cartailhac demande si le moment ne serait pas opportun 
pour solliciter une réforme de l'enseignement des sciences natu- 
relles dans l'instruction secondaire. Il expose en \ eu de mots 
l'état pitoyable de cet enseignement, et l'évidente nécessité d'une 
amélioration sérieuse. Il dit que l'opinion publique se manifeste 
dans ce sens d'une façon éclatante, et il ne doule pas que les 
autres Sociétés savantes, qui gémissent toutes sur l'ordre de choses 
actuel , ne donnent leur adhésion aux réclamations et aux 
démarches dont la Société d'Hisloire naturelle prendrait l'ini- 
tiative. 

La Société approuve à l'unanimité la pensée de M. Cartailhac, et 
charge d'étudier la question une commission ainsi composée : 
MM. le D r Clos, membre honoraire ; D r Gôurdon, D r Jeanbernat, 
V. d'Adhemar, M. Lacaze, H. Magnan, L. de Malafosse. 



— 28 — 



Séance du 25 mars flS'ÎO. 



Présidence de M. le D r Guitard, président. 

Le président annonce une présentation. 
La Société reçoit : 

La Minerve de Toulouse, liv. de mars 1870. 

Bulletin de la Soc. de climatologie algérienne, 6° année, 1869, 
n os 4, 5 et 0. 

Bulletin de la Soc. d'Histoire naturelle de Colmar, 40 e année. 
1861). 

lievue médicale ae Toulouse, mars 1870. 

Programme du Congrès des sciences géographiques à Anvers. 

M. Cartailhac , rapporteur de la commission nommée pour 
l'élude de la question de l'enseignement de l'histoire naturelle, 
soumet la pétition suivante à l'approbation de la Compagnie : 

« Monsieur le Ministre, 

» C'est le devoir de ceux qui tiennent en honneur les Sciences 
naturelles de les propager et de les défendre, et nous ne pouvons 
larder plus longtemps à appeler sur le triste sort qui leur est 
dévolu dans l'enseignement secondaire, l'attention toute puissante 
de Votie Excellence. — Les Sciences de la nature ont merveilleu- 
sement grandi et en même temps, chose étrange ! la part qui leur 
était attribuée dans les programmes des deux Baccalauréats (com- 
plets) a été sans cesse restreinte, enfin effacée ! 

» Nous n'avons pas à nous constituer les avocats d'une cause 
depuis longtemps gagnée, mais il nous sera permis de dire que ces 
Sciences méritent aujourd'hui l'un des premiers rangs. Elles nous 
l'ont connaître nous-mêmes; elles nous mettent en communication 
avec la nature entière, avec la terre que nous devons exploiter, les 
animaux et les végétaux au milieu, et aux dépens desquels nous 
devons vivre. Incapables de faire un pas en arrière, elles ont 



— 29 - 

l'avantage de pouvoir étendre à tout, le genre de certitude dont 
elles sont susceptibles, et qui résulte de l'observation et de 
l'expérience. 

» Cuvier se méprenait-il, lorsqu'il leur reconnaissait le privilège 
de répandre des idées saines jusque dans les classes les moins éle- 
vées du peuple, de soustraire les hommes à l'empire des préjugés 
et des passions, de faire de la raison l'arbitre et le guide suprême 
de l'opinion publique, et ainsi de concourir dans une large mesure 
à avancer la civilisation ? 

t II n'est pas entré dans la pensée de ceux qui ont mutilé les 
programmes de l'enseignement secondaire de contredire ces vérités, 
puisqu'ils ont fait à l'histoire naturelle une large mais légitime part 
dans l'enseignement professionnel et dans l'instruction primaire. 
Ces connaissances, d'ailleurs si attrayantes, ne seraient-elles pas 
encore mieux placées dans les études classiques (1) ? La moralité 
des élèves affermie, leur intelligence fécondée, la sphère (Je leurs 
idées agrandie, leur imagination nourrie et vivifiée, voilà, ce 
semble, quels seraient les premiers bienfaits. 

» Ensuite, sortis des collèges, l'homme du monde, l'agriculteur, 
l'industriel, tous enfin retireraient une incontestable utilité des 
notions sérieuses qu'ils y auraient acquises, et qu'ils n'ont, en 
général, ni le loisir, ni la possibilité de recevoir dans les Facultés. 
Nous ne demanderons pas, il importe de le dire, que l'on fasse des 
naturalistes, nos vœux sont modérés et réalisables, nous souhai- 
tons seulement que, par un enseignement un peu étendu, le goût 
puisse être inspiré, et la voie tracée pour des études approfondies 
et librement entreprises aussi bien dans l'intérêt général que dans 
celui de l'individu. Car il n'est pas uq mot des sciences de 
l'homme, des animaux, des plantes, du sol qui ne puisse être la 
source d'avantages journaliers et de mille inventions usuelles ; 



(1) Peu de personnes ignorent que, d 1 après les programmes universitaires, 
21 leçons devraient être laites sur l'histoire naturelle (24 leçons pour toutes 
les sciences naturelles !) et cela dans l'espace d'un semestre si le professeur If 
veut. En général, il n'est pas possible de consacrer plus de 15 leçons à ces 
études. Ajoutez que ce cours est insuffisant pour les élèves qui se préparent aux 
examens des écoles Centrale et de Strasbourg, et que, dépourvu de la sanction 
du Baccalauréat, il est négligé par les autres. — L'examen du Baccalauréat 
restreint, qui porte sur l'histoire naturelle, n'est accessible qu'aux étudiants en 
médecine. 



- 30 - 

c'est là, en e!fet, le secret du goût profond que nourrissent, pour 
les sciences naturelles, les peuples les plus affairés et les plus 
avares de leur temps. 

» Si nous envisageons la question à un autre point de vue, nous 
trouverons que les sciences elles-mêmes ont le plus grand intérêt 
à celte vulgarisation ; sans doute, les savants, devenus cependant 
plus rares, ne manqueront pas-, mais, quels services nombreux et 
considérables les ingénieurs, les soldats, les marins surtout ne 
rendraient-ils pas à la science ! 

» Nous invoquerons, enfin, une dernière considération : mieux 
instruit de la grandeur de leurs efforts et de leur succès, le public 
honorerait et respecterait davantage ces hommes livrés à l'étude 
dé la nature, sans cesse occupés d'éclairer leurs semblables et 
d'élever l'espèce humaine à ces vérités générales qui forment son 
noble apanage et d'où découlent tant d'applications utiles. » 

La pétition étant adoptée, le Secrétaire général esl invité à la 
faire connaître aux Sociétés savantes, en ces termes : 

a Monsieur et très-honoré confrère, 

a La Société cVHistoire naturelle de Toulouse se propose de 
mettre sous les yeux de Son Excellence le Ministre de l'Instruc- 
tion publique la pétition suivante: mais elle a pensé que, malgré 
les excellentes raisons qui militent en faveur d'une trop juste 
réclamation, le vrai moyen d'en assurer le succès, c'est -d'obtenir 
le concours des Sociétés scientifiques de France. 

» Elle ose espérer que votre savante Compagnie, pleine de 
zèle pour l'avancement des sciences naturelles, accueillera avec 
empressement l'occasion de leur rendre un véritable service. En 
présence de la situation faite aux sciences qui nous sont chères à 
tant de titres, une protestation aussi légitime que modérée de la 
part des corps les plus autorisés sera écoutée, nous n'avons pas le 
droit (.Ven douter. » 



. 



- .31 - 



Séauce du 8 avril 18?0. 



Présidence de M. le professeur Pla, vice-président. 



M. L. Joulin, ingénieur des poudres, est nommé membre titu- 
laire, sur la présentation de MM. Guitartl et Magnan. 

f.a Société reçoit : 

Bévue agricole du Midi, 1 er avru* 1870. 

M. Peyre, qui dans la dernière séance avait été chargé d'étudier 
le programme provisoire du Congrès international pour le pro- 
grès des sciences géographiques, cosmographiques et commerciales 
qui s'ouvrira à Anvers, au mois d'août 1870, fait valoir les motifs 
qui doivent engager la Société à s'associer à cette œuvre, et liii 
propose de donner son a Ihésion et de souscrire pour un exem- 
plaire du volume des Comptes-rendus. Ces propositions sont 
adoptées. 

M. H. Magnan donne un aperçu delà constitution gèognostique 
de la vallée du Ger, vallée qu'il vient récemment de parcourir avec 
M. le D r Jeanbernat. 

Des bords de la Garonne, sous le parallèle de Miramont jus- 
qu'au sud de Lespiteau — où passe la grande faille E. 0. qu'il a 
désignée dans un travail des Petites Pyrénées de l'Ariége (1) sous 
le nom de faille de l'Ârize, — ce sont les couches détritiques, 
gréseuses et schisteuses de la craie cénomanienne (conglomérat 
de Camarade), qui jouent le rôle important. Ces couches sont 
recouvertes, en bien des points, par des dépôts diluviens de 
différents âges. 

Entre Soueich et Campagne apparaissent les montagnes conoïdes 

(t) Bull, de la Société géologique de France, ï s«r., t. XXV, p. 720; 18GS. 



el pyramidales de l'étage albien. Une 2 e faille met on contact cet 
étage avec les dolomics bréchoïdes, les schistes et les calcaires 
variés du lias, à fossiles assez nombreux eu certains points. Le 
lias incliné en divers sons et l'oolithe se développent jusqu'au 
pont de Giret (sud d'Aspet), où une 3 e faille E. 0. (faille de 
Castelnau de Durban) fait apparaître le terrain cambrien, avec ses 
eurites et les roches granitiques décomposées. 

Le système cambrien est ici très-intéressant à étudier parce 
qu'il offre, notamment prés de Coué -de-Casse, des alternances 
de granites-gneiss, avec petits bancs de schistes euriliques. 
On le suit sur plusieurs kilomètres de longueur jusqu'à ïlenne- 
morte, où un accident grandiose fait réapparaître les groupes du 
jurassique, aux. couches très-bouleversécs, groupes qui butent 
d'un côté contre le système cambrien et primordial, dont il 
vient d'être parlé, et de l'autre contre un terrain très-curieux qui 
s'étend du pont de la Houle à Couledoux, Coslo de la Molo el au- 
delà, sur la rive droite du Ger. Ce terrain, — formé de calcaires 
marmoréens, de schistes graphitiques, de calcaires variés plus ou 
moins cristallins, de brèches jaune pale, à grands éléments, de 
Ihefzplite et (Vophite, — qui avait été d'abord désigné par de 
Lapeyrouse et de Charpentier, sous le nom de calcaire primitif , 
puis classé par les auteurs de la carte géologique de la France, et 
par M. Leymerie, dans le jurassique métamorphique, est rangé 
par M. Magnan dans le terrain de transition, parce qu'en certains 
points de la chaîne , il se lie d'une manière intime , comme 
if.i d'ailleurs, avec la partie .supérieure du système devonien 
(gorges de l'Aude au sud du pont de Baira et gorges de la Guette 
(Aude) ; montagnes de Prades (Ariége), et montagnes d'Aulus 
et de l'étang de Lherz {i'd.fx Cap det Mount de Saint-Béat et 
montagne d'Arri (Haute-Garonne); environs de Sost (Hautes- 
Pyrénées) et de Ferrières, vallée d'Âsson (Basses-Pyrénées). 

M. Magnan présume que la petite rivière du Ger coule dans 
une faille N. S., qui serait perpendiculaire à celles dont il a été 
l'ait mention. Cette faille mettrait en contact le terrain de transi- 
tion (jurassique métamorphique des autours) dont il vient d'être 
question avec le terrain crétacé inférieur du massif de Cagire et 
des montagnes au nord de Ger-dc-Boutx et du col do la Clin 
(rive gauche du Ger), où il a lo\it dernièrement reconnu l'exis- 

n du néornmiot supérieur . 



-~ 33 - 

Notre confrère se propose d'ailleurs, d'ici à quelque temps, à 
la suite d'une nouvelle exploration, de compléter l'esquisse géo- 
gnostique de cette curieuse région. 

M. Magnan termine en disant quelques mois de certains phéno- 
mènes glaciaires très*intércssants , que M. le D r Jeanbernat et 
lui ont observés entre le col de Mente et Saint-Béat, et entre cette 
ville et Montréjeau. Ces phénomènes permettent d'affirmer 
l'existence d'un ancien et immense glacier, dont les moraines 
latérales et profondes ont été démantelées presque partout, par les 
agents d'érosion de la période diluvienne. C'est au nord et à 
l'ouest de Montréjeau, dans le grand plateau de Lannemezan, qu'il 
faut chercher, d'après M. Magnan, la vraie moraine frontale des 
anciens glaciers réunis de la Garonne et de la Neste. 



Séance du 22 avril 4 870. 



Présidence de M. le professeur Plâ, vice-président. 



La Société a reçu une lettre de M. Cabié, qui explore avec le 
plus grand soin la région de Roquesérière et de Saint-Sulpice-de- 
la-Pointe. M. Cabié a trouvé sur la rive gauche du Tarn, au lieu 
dit Teyssode, une ou même deux stations de l'âge de la pierre, sur 
le penchant faiblement incliné d'une colline miocène. De nom- 
breux débris de silex se remarquent à la surface du sol ; mais en 
général ce ne sont que des fragments informes, rejets de fabrica- 
tion. Il y a quelques mois, en défonçant le terrain, on trouva à 
un pied environ de profondenr, un groupe de grandes lames de 
silex, dont les cinq ou six plus belles furent recueillies et que 
M. Cabié a pu se procurer. Leur iongûeur, qui atteint 22 centi- 
mètres sur 4 de large en moyenne, est exceptionnelle. Elles ne 
sont pas retouchées et le silex est complètement blanchi par la 

3 



- 34 - 

patine. Un grand double grattoir contribue à ne pas laisser de 
doute sur l'âge de ces antiquités. Il faut les rapporter à la période 
archéolithique et à la lin de l'âge du renne. 

M. le D r Gourdon donne quelques détails sur le relief du 
Mont-Blanc que vient de terminer M. l'ingénieur Lezat. '^Cette 
œuvre remarquable, pour l'exécution de laquelle l'auteur a tiré 
grand parti de l'excellente carie du capitaine Mieulet, embrasse, 
outre la partie centrale du massif du Mont-Blanc et le bassin de la 
Mer de Glace, une partie des vallées de Ghamounix, de Saint- 
Gervais et de la Doire, et la portion de la chaîne des Aiguilles 
rouges qui se termine au Brevent, le point de vue le plus favorable 
pour embrasser l'ensemble du Mont-Blanc. M. Gourdon expose 
brièvement les procédés employés par M. Lezat. 

Le secrétaire-général communique de la part de l'auteur la 
note suivante : 

Documents relatifs à la connaissance de la partie inférieure du 
terrain de craie {néocomien, aptien, albien) des Pyrénées 
françaises et des Corbières, et à certaines critiques faites 
par M. Leymerie, à propos de ce terrain et des étages du 
muschelkalk et du zechstein dans le Tarn et l'Aveyron, par 
M. Henri Magnan. 



J'ai eu l'honneur d'entretenir à diverses reprises la Société 
d'Histoire naturelle de Toulouse de mes recherches dans les 
Pyrénées françaises et dans les Corbièreb à l'égard du terrain de 
craie (1). Je crois devoir, pour la tenir au courant de cette ques- 
tion et en attendant qu'un travail d'ensemble que je prépare sur 
le sujet et que je destine à la Société géologique de France soit 
achevé, faire connaître à mes confrères divers documents qui se 
rapportent à ce terrain, et à un récent débat qui s'est élevé 
entre M. le professeur Leymerie et moi à ce propos, et à propos 
aussi des étages du muschelkalk et du zechstein, dont j'ai le pre- 

(1) Bulletin de la Société d'Histoire naturelle de Toulouse, t. IV, p. 8, 
14, 31 ; 1869-1870. 






- 35 - 

mier signalé l'existence dans les départements du Tarn et de 
l'Aveyron. 

Voici, dans leur rang d'ordre, les documents que je tiens à 
faire passer sous les yeux de la Société d'Histoire naturelle de 
Toulouse : 

4° Une Note que j'ai adressée à M. Daubrée, membre de 
l'Institut, le mois de février 4870, qui a été présentée par ce 
savant, à l'Académie des sciences, dans la séance du 7 mars 4 870, 
et dont les conclusions seules, ont été imprimées dans les Comptes 
rendus (4). Cette Note est intitulée : Sur le terrain de craie des 
Pyrénées françaises et des Corbières, et notamment sur la partie 
inférieure de cette formation (néocomien, aptien, albien) ; 

2° L'extrait d'une lettre adressée par M. Leymerie à M. Elie 
deBeaumont, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, 
insérée dans les Comptes rendus de l'Institut, dans la séance du 
28 mars 4870 (2), sous le titre suivant: Observations sur les 
conclusions formulées récemment par M. Magnan sur le terrain 
crétacé inférieur des Pyrénées. Dans celte lettre, M. Leymerie 
critique mes conclusions à propos de ce terrain, ainsi que certains 
passages de mon travail, imprimé dans le Bulletin de la Société 
d'Histoire naturelle de Toulouse, intitulé : Etude des formations 
secondaires des bords S. 0. du plateau central de France, entre 
les vallées de la Y ère et du Lot (3) ; 

3° La réponse à cette lettre que je crus devoir, dans l'intérêt 
de la science et de la libre discussion, adresser le 16 avril 4870, 
à M. Daubrée; elle est intitulée: Réponse aux observations de 
M. Leymerie à propos du terrain de craie des Pyrénées fran- 
çaises et des Corbières et des étages du muschelkalk et du zechstein 
dans le Tarn et VAveijron. Je dois ajouter qu'elle ne fut pas 
communiquée à l'Académie des sciences et qu'elle est restée, par 
suite, entièrement inédite. 

(1) Comptes rendus de l'Institut, t. LXX, p. 537. 

(2) Comptes rendus de F Institut, t. LXX, p. 694. 

(3) Bulletin de la Société d'Histoire naturelle de Toulouse, t. III, p. 5; 



- 36 - 



Sur le terrain de craie des Pyrénées françaises et des Corbière*, 
et notamment sur la partie inférieure de cette formation 
[néocomien, aptien, albien), avec trois coupes (PI. I), (1), 
par M. H. Magnan. 

J'ai fait voir en 18G8 (2) que le terrain de craie du versant 
nord de la chaîne pyrénéenne se divisait en deux grands groupes 
bien distincts, discordants l'un par rapport à l'autre : le groupe 
de la craie inférieure (néocomien, aplien, albien) ; le groupe de 
craie moyenne et supérieure (cénomanien, turonien, sénonien, 
garumnien ou danien). J'ai surtout montré qu'on pouvait différen- 
cier chacun des étages du groupe inférieur, quoiqu'ils eussent 
quelques fossiles communs. 

Deux coupes que j'ai relevées tout récemment, en venant 
corroborer mon opinion, m'ont fixé sur le véritable plan de 
séparation des terrains aptien et albien, et sur l'énorme puissance 
de ce dernier étage. Une troisième montre à quel point, dans la 
Haute-Garonne, les couches de la craie inférieure sont disloquées 
et faillées. 

La première coupe (3) a été faite entre Tuchan , Vingrau et 
Rivesaltes, dans les Corbières ; sa longueur est de 20 kilomètres. 
C'est la plus simple que je connaisse pour l'étude de la craie 
inférieure. Elle a été relevée perpendiculairement à la direction 
moyenne des Corbières, c'est-à-dire du nord-ouest au sud-est. 

En suivant le chemin qui unit Tuchan à Rivesaltes, on rencon- 
tre, après le diluvium de la plaine, de puissantes couches poudin- 
giformes et argileuses appartenant au terrain tertiaire, qui se 



(1) Les coupes graphiques de la pi. I, ont été copiées sur celles qui accom- 
pagnaient la note par moi adressée à M. Daubrée ; elles ont été dressées avec 
le plus grand soin à l'échelle de 40 * 00 pour les dislances horizontales et poul- 
ies hauteurs. 

(2) Comptes rendus, t. LXVI, p. 120». — Bulletin de la Société géologique 
de France, 2<- série, t. XXV. p. 709. 

(3) Pl.I, fig. 1. 



Noie de M. Henri MAGNAN. 



Tudion el Ri' 



~ - I: 



Fi, 2 



;ii" de MonthouTnel el la chaîne de Lesquerde [ Pyrénées Orientales.] 









udens el le pic de Ca 



- 37 - 

trouvent en contact, dès avoir dépassé la bergerie de la Coste- 
Longue, avec une nouvelle série essentiellement composée de 
calcaires et de schistes. 

A part un plissement en S à la bergerie du Pas-del-Tréou, les 
couches de cette série s'inclinent constamment vers la mer Médi- 
terranée, c'est-à-dire au sud-est-, elles se recouvrent les unes les 
autres comme les tuiles d'un toit. On passera donc successivement 
en revue : 

A. Calcaires gris ou bleuâtres, compactes, marmoréens, comme 
corrodés à l'extérieur par les eaux, et calcaires plus ou moins 
fétides, renfermant, en certains bancs, de nombreuses Caprotines 
(C. Lonsdalii), des Huîtres de petite taille, des Polypiers, des 
Oursins (Cidaris Pyrenaica) , des Brachiopodes (Terebratula 
sella), des Nérinées, etc. Ces calcaires, qui constituent la garrigue 
du mont Saint-Bernand, ont 2 ou 300 mètres d'épaisseur ; ils 
représentent le néocomien inférieur. 

B. Un peu avant d'arriver à la bergerie du Pas-del-Tréou, 
calschistes et schistes noirâtres, alternant avec des calcaires de 
mômecouleur, à grain fin, souvent fétides; calcaires gris, bleuâ- 
tres, variés, veinés, marmoréens. Ces diverses couches, qui ont 
450 mètres de puissance, contiennent en abondance les fossiles 
du néocomien supérieur (urgonien) et de l'aplien, notamment : 
Belemnitessemicanaliculatus, Ostreaaquila, 0. macroptera, Tere- 
bratula prœlonya, Bhynchonella lata et nuciformis, Terebratella 
Delbosii, Cidaris Pyrenaica, Diplopodia Malbosii, Orbitolina 
conoidea et discoidea, Caprotina Lonsdalii, Serpula, etc. (4). 

C t . A la bergerie du Pas-del-Tréou, calschistes gréseux, schistes 
gris, verdâtres et sableux, avec bancs assez résistants, qui sont 
suivis par des schistes noirâtres, légèrement jaunâtres par décom- 
position avec calschistes subordonnés. Ces couches, un moment 
interrompues par le pli en S dont j'ai parlé, qui fait reparaître 
les calcaires B au Pas-del-Tréou, se développent ensuite large- 
ment dans le bassin de Vingrau, où ils constituent des sortes de 
cônes et des mamelons arrondis. Ce système contient quelques 



(1) Ce système B représente les couches de la petite montagne de la Clape, 
près de Narbonne. La Clape n'est donc, on peut le dire, qu'un chapitre 
intéressant du livre de la craie inférieure des Pyrénées, chapitre autrefois isolé 
que l'on pourra mettre, à l'avenir, à sa vraie place. 



- 38 - 

fossiles de l'albien : Nucula bivirgata, Discoidea conica, Belem- 
nites minimus, Ammonites ind. 

C 2 . Du Pas-de-1'Echelle, à l'est de Vin grau, jusqu'au Mas- 
Gafïard, énorme série formée de calcaires gris, bleuâtres, marmo- 
réens, à Caprotines, ressemblant à ceux du néocomien et de 
Faptien, mais s'en distinguant en ce qu'ils alternent avec de puis- 
santes brèches calcaires de couleur pâle, avec des calcaires- 
marbre d'une blancheur éclatante et avec des calcaires gris-rosés. 
Çà et là, indépendamment des Caprotines, traces d'Huîtres et 
autres fossiles indéterminables. Ces diverses roches, qui sont à 
l'extérieur comme corrodées par les eaux , constituent une 
des régions les plus arides et les plus sauvages de la France 
méridionale. 

C 3 . Du Mas-Gaiïard au Mas-Besombes, schistes terreux, gré- 
seux, jaunâtres, verdâtres^ rougeâtres, comme ophitisés, avec 
petits bancs de calcaires subordonnés et schistes noirs un peu 
micacés , passant à des schistes ardoisiers. Pas de fossiles. 
Ces schistes sont recouverts par le diluvium de la plaine de 
Rivesaltes. 

On peut évaluer au moins à 1500 mètres la puissance des cou- 
ches Ci, C 2 , C 3 , qui représentent l'étage albien. Les calcaires ont 
à peu près 500 mètres d'épaisseur. 

La deuxième coupe (1) a été prise du nord au sud, entre le massif 
de transition de Monthoumet et la chaîne de Lcsquerdc (Pyrénées- 
Orientales), par leMilobre-de-Massac, Soulatge et Saint-Paul-de- 
Fenouillet; elle est perpendiculaire à la chaîne pyrénéenne. 
C'est une des coupes les plus intéressantes que l'on puisse faire 
dans nos montagnes, si l'on veut étudier la plupart des étages de 
la craie et leurs rapports de position ; sa longueur est de 45 kilo- 
mètres. 

De la base du Milobre-de-Massac a la rivière du Verdouble , 
on observe les quatre étages de la craie moyenne et supérieure 
(cénomanien, turonien, sénonien , grès d'Alet). Ces divers étages 
(presque essentiellement composés de roches détritiques, légère- 
ment inclinées au sud) se recouvrent l'un l'autre en concordance 
parfaite. Le plus inférieur, le cénomanien, représenté par des 



(1) PI. I, f.g. 2. 



- 39 - 

grès et par un calcaire à Caprinella , repose sur le terrain de 
transition. 

Des failles multiples font reparaître le turonien et le céno- 
manien après le Verdouble. Près de la métairie d'En-Jarnedy 
(sud-est de Soulatge) , la base de ce dernier étage est constituée 
par des schistes gris alternant avec des dalles gréseuses, à em- 
preintes végétales , et avec des calcaires subordonnés à Caprina 
adversa, Radiolites de grande taille, Polypiers, Oursins, Huî- 
tres, etc. Ces roches reposent en discordance tantôt sur le néoco- 
mien, tantôt sur les calcaires veinés, les cargneules et les marnes 
gypseuscs, colorées, du muschelkalk. 

Au Col-de-Brézou (chaîne de Saint- Antoine-de-Galamus), les 
roches triasiques sont en contact par faille avec des couches appar- 
tenant à l'oolithe et à la craie inférieure , lesquelles forment un 
immense pli en S dont la moitié supérieure a été enlevée par les 
agents d'érosion, pli qui bute par faille, d'un côté contre les roches 
verticales du trias dont je viens de parler, de l'autre contre le gra- 
nité de Lesquerde, ce qui permet d'étudier par deux fois, en allant 
du Col-de-Brézou au Pont de la Fou, près Saint-Paul-de-Fenouil- 
lot, les couches néocomiennes, aptiennes et albiennes A, B, C,, 
de la coupe deTuchan à Rivesaltes. Les premières, qui constituent 
les chaînes parallèles de Saint-Antoine-de-Galamus et de Les- 
querde , reposent au Col-de-Brézou sur les dolomies fétides et les 
brèches foncées de l'oolithe : leur épaisseur est de 400 mètres ; 
les secondes sont presque aussi fossilifères qu'à la Clape ; les 
troisièmes sont remarquables par l'abondance des fossiles qu'elles 
renferment. J'ai étudié , au point de vue stratigraphique, le gise- 
ment des Plicatula radiola et Nucula bivirgata, signalé par 
M. E. Dumortier, et j'ai retrouvé à Prabas et près du ruisseau de 
San-Crista les espèces albiennes (Ammonites Milletianus, Cardita 
tenuicosta, etc.) , qui n'avaient pas été vues en place depuis que 
Paillette les avait découvertes et que d'Orbigny les avait signalées 
dans son Prodrome. 

La troisième coupe (1) va de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) au 
sommet du pic de Cagire, par Encausse et Juzet-d'Izaut. Sa direc- 
tion est nord-sud. Sa longueur est de 20 kilomètres. 

Elle permet de voir que le petit massif d'Asprets et de Miramon t 

(1) Pi. I, fig. 3. 



- 40 - 

est formé par des lambeaux de terrains aptien, nëocomien et de 
transition, qui sont souvent en contact avec les argiles grises à 
dalles et les conglomérats plus ou moins incohérents du cénoma- 
nicn inférieur ('mon conglomérat de Camarade). La faille de TArizo. 
fait apparaître à Encaussc les calschistes et les schistes albiens, 
affectant, ici comme à Vingrau eî à Saint-Paul-de-Fenouillet, des 
formes coniques. Ces couches, prohahlement courbées en S ren- 
versée, s'observent jusqu'à îzaut-de-1'Hôtel. Entre ce village et. 
Arbon, se montrent les calcaires-brèches du môme étage. A Arbon, 
une deuxième faille met en contact ces calcaires-brèches avec des 
roches oolilhiques , liasiques et Iriàsiques. A Juzet-d'lzaut, une 
troisième faille existe 5 elle fait réapparaître, dans le massif de 
Cagire, le néocomien inférieur à Caprotincs et à Nérinécs (couches 
A de la garrigue du mont Saint-Bci nand et des chaînes de Saint- 
Antoine-de Galamus et de Lesquerde), ainsi que les dolomies 
noirâtres, fétides, de Poolithe. 

La conclusion qu'il est permis de tirer de ces coupes et de celles 
que j'ai antérieurement publiées sur les Pyrénées est celle-ci : 

Les étages néocomien, aptien et albien ont chacun une litho- 
logie et une faune particulière, quoique possédant quelques fossiles 
communs; ils sont recouverts en discordance par le cénomanien. 
Il devient donc impossible de réunir ces divers terrains dans un 
même groupe, et d'adopter le nom de grès vert ou à\irgo- aptien, 
proposé tout récemment par M. Leymerie pour les désigner (I) : 
ce serait, à la fois, confondre ce qui est nettement séparé et 
annihiler les étages néocomien et albien, qui, nous venons de le 
voir, jouent un si grand rôle dans les Pyrénées. 

Il 

Observations mr les conclusions formulées récerriment par 
M. Magnan, sur le terrain crétacé inférieur des Pyrénées. 
— Lettre de M. Leymerie à M. Élic de Bcaumont. 

« Je viens de lire les conclusions prises par M. Magnan à 
l'égard de la question du terrain crétacé inférieur des Pyrénées 

(1) Comptes rendus, l. LXVII, p. 82. — Bulletin de la Société géologique de 
France, 2^ série, t. XXVI, p. 277. 



- 41 - 

(Compt. rend., p. 537 de ce volume). Ces conclusions étant 
tout-à-fait opposées à celles que j'ai cru pouvoir tirer de l'ensem- 
ble de mes observations , dans un Mémoire que j'ai soumis à 
l'Académie il y a peu de temps, veuillez me permettre de faire ici 
une courte réplique. 

» Je ne reviendrai pas sur les considérations qui se trouvent 
largement développées dans mon travail ; je me bornerai à faire 
remarquer qu'il ne suffit pas, pour établir l'existence d'un terrain 
dans une région, de signaler, en quelques points, la présence de 
fossiles plus ou moins caractéristiques. Il faut que ce terrain ait 
un corps, c'est-à-dire qu'il puisse être distingué physiquement par 
des caractères qui permettent de le suivre dans une étendue suf- 
fisante et d'en tracer les limites sur une carte. Or, je ne pense pas 
que ces conditions soient remplies notamment pour l'étage albieu 
que M. Magnan voudrait introduire dans notre chaîne. L'époque 
albienne peut s'y trouver-, mais le terrain n'y est pas. 

» Je ferai la même objection contre l'admission du muschelkalk 
et du zechstein dans le Tarn etl'Aveyron. L'existence de ces étages 
n'a été établie par M. Magnan que sur la présence toute locale de 
quelques couches ou amandes calcaires ou dolomitiques, qui ne 
sont pour moi qu'un accident du grès rouge. Je ferai remarquer, à 
cet égard , que le grès rouge pyrénéen est tellement identique à 
celui qui forme bordure vers le sud du plateau central, qu'il 
semble évident qu'ils ont été déposés à la même époque et dans 
le même bassin. Or, ce qui serait muschelkalk dans l'un ne pour- 
rait être zechstein dans l'autre, » 



III 



Réponse aux observations de M. Leymerie à propos du terrain 
de craie des Pyrénées françaises et des Corbières et des étages 
du muschelkalk et du zechstein dans le Tarn et l'Aveyron, par 
M. H. Magnan. 

Dans une récente note Sur le terrain de craie des Pyrénées fran- 
çaises et des Corbières (Compt. rend., vol. LXX, p. 537), j'ai 
dit, en m'étayant sur plusieurs coupes, que l'étage albien a, dans 
notre chaîne, une puissance considérable, et j'ai été notamment 



- 42 - 

amené à conclure que les étages néocomien, aptien et albien ont 
chacun une lithologie et une faune particulière quoique possédant 
quelques fossiles communs. 

Cette note m'a valu dans les Comjjtes rendus (p. 694 du même 
vol.) une réplique de M. Leymerie, d'où j'extrais le passage 
suivant : 

« Je me bornerai à faire remarquer qu'il ne suffit pas, pour 
» établir l'existence d'un terrain dans une région, de signaler, en 
v quelques points, la présence de fossiles plus ou moins caracté- 
» ristiques. Il faut que ce terrain ait un corps, c'est-à-dire qu'il 
» puisse être distingué physiquement par des caractères qui per- 
» mettent de le suivre dans une étendue suffisante et d'en tracer 
» les limites sur une carte. Or, je ne pense pas que ces conditions 
» soient remplies notamment pour l'étage albien que M. Magnan 
» voudrait introduire dans notre chaîne. L'époque albienne peut 
» s'y trouver; mais le terrain n'y est pas. » 

Ayant communiqué à M. Leymerie les coupes graphiques qui 
accompagnaient ma note, ces dires ont tout lieu de me surprendre; 
car ces coupes permettaient de juger d'un coup d'œil du rôle im- 
portant que jouait le terrain albien dans les Corbières, dans les 
Pyrénées-Orientales et dans les Pyrénées de la Haute-Garonne. 

La note dont il est question, n'ayant été insérée qu'en extrait 
dans les Comptes rendus, on me permettra, en réponse aux obser- 
vations du savant professeur de Toulouse, de dire quelques mots 
sur la puissance et la composition de l'étage en discussion. 

L'étage albien, qui partout où il a été jusqu'à ce jour reconnu 
n'a qu'une très-petite épaisseur , atteint , au contraire, dans les 
Pyrénées et dans les Corbières, une puissance énorme : au moins 
1 ,500 mètres. Il repose directement sur les calcaires, les schistes 
et les calschistes à Ostrea aquila 9 \Orbitolina discoidea et conoidea 
de l'aptien, étage qui ne dépasse guère 200 mètres et qui repose, 
à son tour, sur les calcaires marmoréens à Nérinées, à Caprotincs 
et à Terebratula sella du néocomien proprement dit, dont l'épais- 
seur peut être évaluée à 3 ou 400 mètres. 

Le terrain albien est constitué de la manière suivante : 

1° A la base, par des calschistes et des schistes noirâtres, sou- 
vent rougeatres par décomposition, avec bancs résistants de cal- 
caires tenaces, siliceux, comme un peu gréseux, qui contiennent 
d'abord : Belemnites minimus, Nucula bivirgata, N. pectinata, 



— 43 - 

Plicatula radiola, Discoidea conica, etc., mélangés avec quelques 
espèces a ptiennes : Cidaris Pyrenaica, Echinospatagus Collegnii 
(env. de Vingrau, base des chaînes de Saint-Antoine-de-Galamus 
et de Lesquerde, sud d'Axat, env. de Quillan, env. de Foix et de 
Pradières, Église de Gajan , N. de Taurignan et de Lacave); puis 
à 150 ou 200 mètres plus haut, des fossiles albiens sans aucun 
mélange : Âmmofiites Milletianus et Mayorianus, Turritella 
Vibrayeana , Trigonia Fittoni, Pecten Dutemplei, etc. (Prabas et 
ruisseau de San-Crista, dans les environs de Saint-Paul-de-Fe- 
nouillet, partie moyenne et supérieure de la montagne de Bitrague 
près de Quillan, Laval, env. de Foix et de Pradières, Audinac). 
L'épaisseur de ces schistes, calschistes et grès est d'au moins 
500 mètres i ils sont très-noirs et azoïques vers le haut. 

2° A la partie moyenne, par des calcaires compactes, gris, à 
Caprotines et à fossiles trop empâtés dans la roche pour pouvoir 
être déterminés. Ces calcaires ressemblent à ceux du néocomien 
et de l'aptien-, mais ils s'en distinguent, d'abord, par leur position 
au-dessus des schistes albiens, puis par certains caractères litho- 
logiques, notamment par la présence de brèches à grands élé- 
ments, de calcaires marmoréens d'une blancheur éclatante et de 
calcaires rosés. C'est principalement à l'est de Vingrau, dans les 
Corbières, à Estagel , dans les Pyrénées-Orientales et dans le 
massif de Bac Estable et des gorges de Saint L Georges (Aude), que 
j'ai pu étudier ce sous-étage, dont la puissance peut être évaluée 
à environ oOG mètres. 

3° A la partie supérieure, par des schistes terreux, gréseux, 
jaunâtres, rougeâires, souvent comme ophitisés, contenant, «;à et 
là, de petits bancs de calcaires subordonnés et par des schistes 
noirs, un peu micacés, passant à des schistes ardoisiers, où je n'ai 
jamais rencontré un seul fossile. Epaisseur très-considérable, que 
je ne puis pas encore déterminer d'une manière sûre. (Mas Gaf- 
l'ard dans les Corbières, N. et S. 0. de Bagnères-de-Bigorre dans 
les Hautes-Pyrénées, environs d'Arthez d'Asson et de Tardets.) 

Ce sont ces schistes, plus ou moins ardoisiers, qui sont recou- 
verts en discordance par les couches gréseuses et schisteuses à 
empreintes végétales (Fucoïdes, etc.) de la craie cénomanienne, 
laquelle renferme, en plusieurs points, des bancs calcaires à 
Radiolites et à Caprines. 

L'étage albien se poursuit tout le long de la chaîne pyrénéenne, 



- 44 - 

Souvent plissé, il forme, en bien des lieux, des rubans parallèles 
qui s'étendent sur de vastes surfaces. Les parties schisteuses, 
presque toujours de teinte foncée, affectent partout des formes 
coniques, pyramidales et mamelonm'es caractéristiques. C'est cet 
étage qui constitue les vallées noires de Vingrau à Ebtagel, et d'Es- 
lagel à Caudiès et à la Pradelle (Aude), le bois de la Pinouse et le 
pic d'En-Brosse, près d'Axat ; les couches schisteuses de la rive 
droite de la Rebenti, entre ce dernier village et Joucou ; les mon- 
tagnes de Saint-Just, de Sainl-Julia et de Quillan • les bandes 
schisteuses, parallèles, très-faillées, de Foix, de Pradières et du 
château de Saint-Barthelemy (Ariége) ; les montagnes coniques, 
qui forment une sorte de ruban, souvent de plusieurs kilomètres 
de largeur, que l'on peut suivre, presque sans interruption, des 
environs d'Audinac (Ariége\ à Tardets (Basses-Pyrénées), ruban 
qui est limité au nord : dans l'Ariége, par l'Église de Gajan et 
Lacave; dans la Haute-Garonne, par Castagnède, Ganties, En- 
causse, Sauveterre et Valcabrère; dans les Hautes-Pyrénées, par 
Tibiran, Montserrié. Lorîet, Bulan, N. de Bagnères-de-Bigorre, 
S. de Lourdes; dans les Basses-Pyrénées, par Betharram, N. d'Ar- 
thez d'Asson, Arudy, Saint-Christau et Tardets. 

On voit donc que, contrairement à l'opinion de M. Leymerie, 
l'étage albien a un corps et qu'il peut être distingué physiquement. 
Je mets d'ailleurs, en ce moment, la dernière main à un travail 
d'ensemble, hase sur de nombreuses coupes, qui mettra bientôt 
les faits que j'avance hors de doute. 

M. Leymerie n'admet pas non plus (Compt. rend., loc. cit.) les 
étages du muschelkalk et du zechstein, que j'ai découverts en 
certains lieux des départements du Tarn et de l'Aveyron (4). Ce 
savant se base sur ce que ces étages ne constituent que des 
« amandes calcaires ou dolomitiques qui ne sont, pour lui, qu'un 
accident du grès rouge. » On me permettra de faire remarquer 
que ces amandes, comme les appelle M. Leymerie, ont quelque- 
fois plus de 100 mètres d'épaisseur et qu'il faut nécessairement en 
tenir compte quand, surtout, elles se développent sur plusieurs 
kilomètres de longueur et qu'elles contiennent quelques fossiles. 



(1) H. Magîian, Elude des formations secondaires des bords S. O. du, plateau 
central de la France, entre les vallées de la Vvre et du, Lot. [Bulletin de la 
Société d'Histoire naturelle de Toulouse, t. III, p. 5; 1869). 



- 45 - 

M. Leymerie ne voit dans le trias et le permien du Tarn et de 
l'Aveyron que du grès rouge, qu'il identifie avec le grès rouge 
pyrénéen. C'est, on en conviendra, bien vague; car peut-on dire 
que tous les grès rouges des Pyrénées appartiennent à la môme 
formation? (1) Je suis convaincu qu'il en est quelques-uns, notam- 
ment ceux de la haute Ariége, de la Haute-Garonne et de la vallée 
d'Aure, qui représentent le terrain devonien, avec lequel ils se 
lient d'une manière intime (2), tandis que les véritables grès 
secondaires, dans les Pyrénées et dans les Corbières, reposent 
toujours en discordance sur le terrain de transition, ainsi que 
Charpentier et Dufréuoy l'ont prouvé -, ceux du trias sont accom- 
pagnés, comme en Espagne, de marnes irisées gypseuses et de 
calcaires cargneuliformes, plus ou moins puissants (Ariége, Aude, 
Corbières) ; ceux du permien renferment quelquefois de petites 
couches de calcaire subordonnées (Basses-Pyrénées) et des 
cargneules (hauies Corbières). 

^1) Voy. d'Archiac, Histoire des Progrès de la Géologie, t. VIII, p. 213, et 
H. Coquand, Bulletin de la Société géologique de France, l re série, t. IX, p. 225. 

(2) Depuis que cette Réponse aux observations de M. Leymerie a été adressée 
à M. Daubrée, j'ai étudié de nouveau les vallées du Salât, de la Garonne et de 
la Neste d'x\ure, et je puis affirmer que les grès et les poudingues de Lez, 
de Cierp, de Camous, que M. Leymerie range dans le terrain secondaire 
(triasique ou permien), et auxquels il fait allusion dans sa réplique, repré- 
sentent, en réalité, le vieux grès rouge des Anglais. Ces grès et ces pou- 
dingues de Pépoque de transition, reposent en concordance sur les calschistes du 
devonien et sont recouverts aussi en concordance, par de puissantes couches 
de calcaires marmoréens, de calcaires variés, de schistes graphitiques et de 
brèches, avec ophite^ couzeranite, dipyre, amphibole, etc. (calcaires d'Aulus, 
de Saint-Béat et de Cap de Ser d'Aouarjo, près de Cierp), qui au lieu d'ap- 
partenir au lias métamorphique, — comme le veut le savant professeur, — 
doivent être rangés dans le terrain de calcaire carbonifère. En effet, dans des 
couches semblables, M. H. Coquand vient de signaler tout récemment (a) dans 
la montagne de Jetons, à l'ouest du village de Moutplaisir (vallée d'Ossau), 
la présence de plusienrs fossiles : Àmplexus coralloides, Sow. , des Polypiers 
du genre Michelinia {M. compressa, Michel.) et des Calamités, fossiles que 
l'on recueille dans le calcaire carbonifère de la Belgique. 

(a) Bulletin de la Société géologique de France, 2 8 série, t. XXVII, p. 54 ; 1809. 
(Note communiquée pendant l'impression). 



46 



Séance du 6 mai 1S*0. 



Présidence de M. Pla, vice-président. 



M. Peyre fait connaître à la Société les résultats des dernières 
herborisations faites aux environs de Toulouse. M. Desjardics a 
découvert dans les pépinières, derrière la gare, le Diplotaxis vimi- 
nea, plante méridionale, nouvelle pour noire flore. 

M. Timbal-Lagrave de son côté, a étudié avec soin le Potentilla 
verna, de ta flore de Toulouse. Il résulte de ses recherches que 
celte plante est représentée par deux formes qui, pour notre col- 
lègue, constituent deux espèces bien distinctes. 

La première a été déjà nommée par M. Jordan P. œerophila* J. 
dans les centuries de M. Billot, qui l'a publiée sous le n° 1863 : 
c'est la plante du bois de Laramet ; elle est conforme au P. verna, 
deStocholm, publiée par Nyman. D'après cette origine, c'est la 
plante que Linné a eu en vue en établissant son Potentilla verna. 

La deuxième, à laquelle M. Timbal-Lagrave donne le nom de 
P. agrivaga (Dynamidium agrivagum), est très-répandue dans nos 
champs, nos tertres, nos bois ; elle se distingue par ses rhizomes 
plus vigoureux, plus forts et plus courts, d'où partent des racines 
pivotantes, fortes, grosses d'abord, puis plus fines, pénétrant 
moins profondément dans le sol, quoique plus grosses, ses tiges 
florifères plus courtes, plus hérissées, ses feuilles à 5 folioles, 
même celles des jets stolonifères, qui poussent après la floraison ; 
ses fleurs plus grandes, ses pétales plus échancrées, et ses calicules 
et calices plus larges et moins longs, celle-ci fleurit à Toulouse 
la première, quinze jours au moins avant le P. œerophila de nos 
bois de Tournefeuille. A la limite du bassin sous-pyrénéen, on 
trouve encore deux autres formes du P. verna des auteurs : une 
dans la région montagneuse de notre département, dans les rochers 
et les pelouses herbeuses à Bagnôres-de-Luchon, au sommet de 
Cagire, à super-Bagnères, qui se distingue des deux premières par 
ses fleurs plus petites avec une tache jaune à l'onglet. Ses tiges 
florifères, courtes, très-nombreuses, fines, ses rhizomes grêles et 



- 47 - 

ses racines peu profondes, fibreuses, bien différentes à celles des 
deux précédentes, qui s'enfoncent fortes et vigoureuses dans le 
sol. — P. montivaga, Nob. (Dynamidium montivagum, Nob.) 

La quatrième, bien différente encore des trois autres, abonde 
dans les pelouses herbeuses d'Avignonet, à la limite du départe- 
ment de la Haute-Garonne, vers l'Aude. Celle-ci est bien plus 
éloignée des précédentes. Elle est facile à distinguer par ses très- 
grandes fleurs, à pétales très-émarginés, ses calicules grands, 
étroits et allongés quoique obtus. Ses tiges, longues, diffuses, lon- 
guement étalées sur le sol, très-hérissées de longs poils mous très- 
vertes. Ses rhizomes souterrains, peu développés, longs, traînants et 
grêles, bien différents en cela des trois premières. Ses racines, lon- 
gues et fibreuses, ce qui n'arrive pas dans les autres qui ont à peine 
quelques fibres gros et roides, dans celle-ci ils sont fins, déliés et 
flexibles ; nous lui donnons provisoirement le nom de P. aus- 
tralis, Nob. (Dynamidium australe, Nob.) 

Nous poursuivons l'étude de ce groupe curieux, et nous pensons 
pouvoir, avant peu, revenir sur la détermination de ces espèces 
communes dans notre région. 

En outre, des herborisations dirigées par MM. Timbal-Lagrave 
et Peyre sur les bords du Touch,à Blagnac, aux vallons de Sainl- 
Geniez et sur les bords de l'Hers ont amené quelques résultats inté- 
ressants, mais non encore suffisamment étudiés. Ils pourront 
trouver place dans le précis que M. Timbal se propose de faire à la 
fin de l'année. 

Le secrétaire général informe la Société que, sur sa prière, 
M. Destruges, de Guayaquil, envoie au Musée une série d'objets 
ethnologiques et d'histoire naturelle du plus grand intérêt. Il lit 
une notice de ce confrère donnant des détails sur les habitants 
primitifs de la République de l'Equateur et combattant la théorie 
qui fait peupler l'Amérique par des immigrations asiatiques. 



Séance du 20 mai 1S70. 

i 

Présidence de M. Pla, vice-président. 

M. le président annonce une présentation. 
La Société reçoit : 

Comptes rendus de la société scientifique et littéraire d'Alau. 
T. 1 er , Alais, 1870, in 8% p. 218, pi. 3. 

De la part de M. E. Cartailhac : une série de silex taillés recueillis 
dans une station non loin du Tarn, à Teyssode, au-dessus de Saint 
Sulpice de la Pointe, où il a été conduit par M. Cabié. 

Il est donné lecture des lettres suivantes : 

Académie des Sciences, Belles-Lettres, Arts, Agriculture et 
Commerce de la Somme. 

M. le Directeur de l'Académie d'Amiens a reçu la lettre-circu- 
laire que vous lui avez adressée, et à laquelle se trouve joint un 
projet de pétition a M. le Ministre de l'instruction publique ayant 
pour but la propagation et la défense des sciences naturelles. 

L'Académie d'Amiens ayant pris connaissance de votre lettre et 
de la pétition projetée, me charge de vous annnoncer que dans sa 
séance du \h de ce mois, elle a donné l'adhésion la plus sympa- 
thique et la plus complète au but vraiment utile et méritoire que, 
dans l'intérêt de la science, se propose la Société que vous pré- 
sidez. 

Ë. Yver, secrétaire -perpétuel. 

Société industrielle d'Angers et du département de Maine-et-Loire. 

J'ai l'honneur de vous informer que la Société industrielle 
d'Angers et du département de Maine-et-Loire a pris connaissance 
de votre lettre et de votre pétition, en faveur de l'enseignement 
de l'histoire naturelle, et qu'elle a décidé qu'un extrait du procès- 
verbal de sa séance du 12 mai vous serait adressé comme réponse. 
Voici cet extrait que je suis tout particulièrement heureux de vous 
transmettre : 

« M. le vice-secrétaire communique la circulaire de la Société 



— 49 - 

» d'histoire naturelle de Toulouse, et la pétition en faveur de 
» l'histoire naturelle que cette Société veut adresser à Son Excel- 
» lence le Ministre de l'instruction publique. Cette lecture excite 
» le plus vif intérêt et détermine les adhésions unanimes de î'as- 
» semblée qui résume ainsi ses vœux : 

« L'histoire naturelle exige d'être enseignée plus sérieusement 
» et avec plus d'extention -, elle devra toujours être plus spéciale- 
» ment étudiée en vue de ses applications les plus utiles à l'agri- 
» culture. » 

F. Jeannin, secrétaire général. 

Société académique de Saint- Quentin (Aisne) ; Sciences, Arts 
et Belles-Lettres, Agriculture et Industrie. 

Dans sa séance du 18 mai, la Société académique a reçu com- 
munication de la pétition que la Société d'histoire naturelle de 
Toulouse propose d'adresser au Ministre de l'instruction publique 
pour demander qu'une part plus large soit faite aux sciences natu- 
relles dans l'enseignement secondaire. 

La Société académique approuve complètement l'esprit et les 
termes de cette pétition, et elle vous autorise, Monsieur le Prési- 
dent, à faire de son adhésion l'usage que vous jugerez convenable. 

H. Souplet, secrétaire général. 

M. Chalande informe la compagnie de la trouvaille de nombreux 
ossements humains mêlés à des bois de cerf dans une tranchée du 
moulin du Bazacle. M. l'ingénieur veut bien mettre tous ces objets 
à la disposition de la Société. Comme les ossements humains sont 
datés du xvn e siècle par les monnaies et que les anciens plans de 
4621 signalent sur ce point un cimetière dit des pestiférés, ils doi- 
vent appartenir en majorité à des Toulousains et peuvent avoir 
une certaine valeur anthropologique. 

M. Peyre annonce à la Société la découverte par M. Timbal père 
et lui-même du Muscari Lelievrei dans les vallons de Saint Gêniez : 
cette plante n'était encore connue que dans l'ouest de la France. 
D'autre part un Ornithogalum rencontré par la Société le 25 mai 
1869 dans le jardin de l'hôtel de Comminges à Saint Bertrand, et 
indéterminable faute de fleurs ou de fruits, a fleuri cette année 
dans le jardin de M. Timbal cl a été reconnu pour VO Borœanum 

4 



— 50 — 

Jord. et Fourr. (0. umbellatum, Borcan ; L. ex parte). Enfin dans 
une course récente à Alzonnc, MM. Pcvre et Albert Timbal ont 
rencontré YOrnithogalum Peyrei, Timb., plus abondant que dans 
la seule localité jusqu'ici connue de cetle p'.ante, Lacroix Falgarde. 
Ce dernier fait n'est pas sans importance, en ce qu'il rattacherait 
cetle plante à une colonie do plantes méridionales observées au 
confluent de l'Ariége et de la Garonne, colonie dont font partie 
notamment les Thymus vulgaris, Genista scorpius, Orchis papilio- 
nacea, Philippea arenaria, Hetedypnoïs cretica, Doryenium suf- 
fruticosum, etc. 

M. Timbal-Lagrave fils annonce que dans une herborisation 
faite à la prairie de Portet avec son père et M. Filhol ils ont ren- 
contré les Narcissus biflorus, Ajuga Genevensis, enfin, à Pinsaguel, 
le Cardamine sylvatica. Ces trois plantes sont nouvelles pour la 
localité. 



Séance du 3 juin ÎS^O. 

Présidence de M. le D r Guitard, président. 

M. le professeur Lavocat, membre honoraire, assiste â la 
séance. 

M. Léon Flotte, à Crépy-en- Valois, Oise, est nommé membre 
titulaire sur la présentation de MM. Guitard et Cartailhac. 

La Société reçoit : 

Journal d'agriculture pratique, février, mars, avril, mai 1870. 

De la part de M. Guitard : des échantillons de graines venant 
du Mexique. 

Une lettre de M. L. Donnadieu, professeur à l'école spéciale de 
Cluny, annonçant un article en faveur de la pétition pour l'histoire 
naturelle dans la Revue de l'instruction publique. 

Les adhésions suivantes à cette même pétition. 

Académie des Sciences, Agriculture, Arts et Belles-Lettres d'Âix. 
L'Académie vient de délibérer sur le projet de pétition que vous 



.- 51 - 

avez bien voulu soumettre à son appréciation. Une ville qui se 
glorifie d'avoir donné le jour à Tournefort et à Adanson ne pou- 
vait demeurer insensible aux dangers que court en France l'ensei- 
gnement des sciences naturelles, par suite d'une mesure dont. les 
lâcheuses conséquences n'ont échappé à personne. Je suis chargé 
de vous annoncer que notre Société adhère de grand cœur à votre 
projet de pétition et qu'elle est disposée à se joindre à vous pour 
appuyer la démarche que vous annoncez. 

O G. de Saporta, président. 

Société d'histoire naturelle de Colmar. 

La Société d'histoire naturelle de Colmar, dans sa séance du 
18 mai, a entendu avec le plus vif intérêt la lecture de la pétition 
que la Société de Toulouse se propose d'adresser à Son Excellence 
le Ministre de l'instruction publique en faveur de l'étude des 
sciences naturelles. 

Elle adhère pleinement aux vues si justes exposées dans ce 
document, et souhaite ardemment que la demande de la Société 
de Toulouse soit favorablement accueillie par Son Excellence et 
examinée immédiatement avec toute la sollicitude qu'elle mérite. 

La Société a chargé son bureau de faire connaître ses sentiments 
à cet égard à M. le Président de la Société d'histoire naturelle de 
Toulouse. 

F.-E. Kampmann, vice-président. 

D r Faudel, secrétaire perpétuel. 
Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes Maritimes. 

La Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes maritimes a pris 
connaissance de votre circulaire et de la pétition que vous adressez 
à Son Excellence le Ministre de l'instruction publique ; tous les 
membres présents à la séance du 49 courant ont été d'avis que 
nous devions nous associer à votre démarche. Je viens donc, au 
nom de mes confrères, vous déclarer que, non-seulement nous 
sommes très -sympathiques à l'œuvre que vous entreprenez, mais 
que notre concours vous est assuré, dans la forme que vous vou- 
drez bien nous indiquer. 

Brun, secrétaire. 



— 52 - 

M. Marius Lacaze donne lecture du Mémoire suivant (1) : 

Etude critique de la Nutrition. 

S'il fallait en croire nos physiologistes, la nutrition serait une 
fonction spéciale que nous retrouverions chez tous les êtres orga- 
nisés : elle aurait lieu chez les protophytes comme chez les végétaux 
les plus parfaits, chez les protozoaires comme chez l'homme. 

Les actes intimes qui la constitueraient seraient encore l'objet 
d'activés recherches, mais des résultats importants auraient été 
obtenus et des théories réellement scientifiques existeraient sur 
cette fonction. 

Exposer ces théories, les discuter en prenant pour base les faits, 
et donner notre manière ds voir sur la nutrition, tel est le triple 
objet de ce travail. 

Les théories qui existent sur la fonction qui nous occupe peu- 
vent être réduites à deux. Dans la première, qui repose sur le 
tourbillon vital de Cuvier, on admet que les principes constituants 
des tissus sont sans cesse renouvelés par un double mouvement de 
désassimilation et d'assimilation, et on attribue ce double mouve- 
ment à une propriété des tissus vivants. 

Dans la seconde, on reconnaît aussi la rénovation des tissus, 
mais on lui donne une autre cause : on suppose que la désassimi- 
lation provient de l'action comburante de l'oxygène, et l'assimi- 
lation de l'affinité. 

Pour fixer les idées et aussi pour être juste, il est nécessaire de 
citer les propres paroles des principaux partisans de ces deux 
théories et d'entrer dans quelques développements. 

Cuvier, dans son magnifique ouvrage sur le règne animal, 
s'exprime ainsi (Introduction) : 

« La vie consiste dans la faculté qu'ont certaines combinaisons 
» corporelles de durer pendant un temps et sous une forme déter- 
» minée, en attirant sans cesse dans leur composition une partie 

(1) Dans la séance du 3 juin 1870, nous avons communique à la Société 
un Mémoire intitulé : Etude critique de la Nutrition. L'espace qui nous 
est réservé dans ce Bulletin nous oblige à ne donner qu'un résumé de notre 
travail. 



- 53 - 

» des substances environnantes, et en rendant aux éléments; des 
» portions de leur propre substance. La vie est donc un tourbillon 
» plus ou moins compliqué dont la direction est constante et qui 
» entraîne toujours les- molécules des mêmes sortes, mais où les 
» molécules individuelles entrent et d'où elles sortent continuelle- 
» ment, de manière que la forme du corps vivant est plus essen- 
» tieîle que la matière. » 

Ces idées, nous les retrouvons commentées et développées, il est 
vrai, mais non modifiées dans ce qu'elles ont d'essentiel, dans le 
remarquable travail de chimie anatomique et physiologique, nor- 
male et pathologique de MM. Gh. Robin et Verdeil, et ces savants 
n'ont pas hésité à les admettre comme base de leur définition sur 
la nutrition. 

En effet, à la page 489, 1. 1, on lit : 

« La nutrition est caractérisée par un double mouvement con- 
t> tinu de composition et de décomposition sans destruction du 
» corps où il se passe. » 

Et plus loin, page 2G6, après avoir parlé des principes qui 
entrent dans le corps des êtres organisés et de ceux qui en sortent, 
ces histogénistes ajoutent : 

« Partout donc où un corps organisé manifeste une propriété 
» quelconque de sensibilité, contractilité ou seulement de sécré- 
» tion, reproduction, développement, il y a, de toute nécessité, 
» dans la matière de ce corps cette allée et cette venue de ces 
» matériaux. Cette allée et cette venue sont la condition d'exis- 
» tence de tout autre phénomène organique ou vital quelconque, 
» et tant qu'elles continuent, il y a vie ; dès qu'elles cessent, il a 
» mort, et il n'y a mort que lorsqu'elles cessent. « 

M. Muller admet aussi que tous les tissus des êtres vivants sont 
sans cesse renouvelés, mais il fait une exception pour le système 
nerveux. Le système nerveux échapperait seul, d'après cet émi- 
nent physiologiste, à la loi du renouvellement moléculaire. 

Mais, s'il fallait eu croire MM. Serres et Doyôre, cette restriction 
devrait être faite, non à l'égard du système nerveux, mais pour le 
tissu osseux; car ils disent dans leur travail sur la coloration des 
os par la garance, inséré dans les Annales des Sciences naturelles, 
2 e série, t. XVÎÏ, page 173 : 

« En ce qui concerne la nutrition, cet échange, ce renouvelle- 



- 54 - 

» mont, ce tourbillonnement perpétuel des molécules ne sont 
» point une condition essentielle des tissus vivants, à moins qu'on 
» ne veuille ranger le tissu osseux parmi les tissus morts. » 

M. le docteur Emile Joly, après avoir fait de nombreuses expé- 
riences sur la coloration des os au moyen du régime garance, 
arrive à la même conclusion que MM. Serres et Doyére, au moins 
en ce qui concerne les os qui ont atteint leur complet dévelop- 
pement. 

« Les molécules, colorées ou non, dit il dans sa tbèse pour le 
» doctorat, page 28, ne disparaissent que dans les os incomplète- 
» ment formés, et par le seul fait de l'accroissement de ces der- 
» niers. Celte disparition des molécules est partielle et s'effectue 
» lentement dans les os jeunes. Elle ne paraît plus avoir lieu chez 
» ceux dont la croissance est terminée. » 

Il est important de remarquer que M. le docteur Emile Joly 
regarde la rénovation moléculaire dans les os jeunes comme un 
fait de croissance et non comme un phénomène nutritif propre- 
ment dit. 

Un grand nombre d'autres physiologistes, dont il est superflu 
de citer les noms, à l'exemple de MM.Cuvier, Robin, Verdeil,etc, 
considèrent la rénovation des tissus en générai par le double mou- 
vement de désassociation et d'association, comme une propriété 
essentielle et comme une condition d'existence des tissus des êtres 
organisés. 

Mais il en est d'autres qui, comme nous l'avons dit en commen- 
çant, tout en admettant en fait le renouvellement des tissus, sem- 
blent regarder ce renouvellement, non plus comme un acte essen- 
tiel, comme une raison de vie, mais bien comme un accident dû à 
la combustion des principes constituants des organes par l'oxygène 
de la respiration, et au remplacement de ces principes par les ma- 
tières alimentaires. 

M. Milne Edwards écrit, en effet, à la page 139 de son anatomic 
et de sa Physiologie comparées : 

« Dans l'état normal, la combustion vitale est entretenue en 
» partie par la substance des organes, et en partie par les subs- 
» tances combustibles non azotées qui se trouvent dans le sang 
» ou qui sont emmagasinées autrement dans l'intérieur du corps 
» et qui ne sont pas aptes à servir de matériaux pour la combustion 
» des tissus vivants. » 



- 55 - 

M. Longet n'est pas moins explicite que M. Milne Edwards : 

« L'existence des animaux, dit-il dans son Traité de physiologie 
> page 4,059, ne se maintient qu'à la condition d'un travail mo- 
« léculaire incessant, accompli aux dépens des matériaux plus ou 
» moins complexes qui, en général, se métamorphosent et se 
» détruisent par des phénomènes analogues à la combustion ; les 
» animaux, dans ce but empruntent à l'air son oxygène. Dans ce 
» travail intime et de la dépense qu'il entraîne avec lui, résulte la 
» nécessité d'une réparation continuelle, indispensable à l'inté- 
» grité et à la permanence des organes. » 

Et plus loin, page 1067 : 

« L'animal longtemps privé d'une nourriture suffisante continue 
» à absorber de l'oxygène et diminue de poids, parce qu'il brûle 
» successivement, d'abord ses graisses, puis son sang et ses pro- 
» près tissus ; de telle sorte que, même des substances azotées 
» qui avaient fait partie de sa trame organique fournissent (\o^ 
» matériaux à l'oxygène de la respiration et accidentellement 
» deviennent aliments respiratoires. 

» Si d'un côté le rang, par mille canaux, porte la nourriture à 
» tous les organes, se transformant par une chimie spéciale en 
» tissus et en humeurs; d'un autre côté, à mesure que les parti- 
» cules organiques sont décomposées et fluidifiées, elles rentrent 
» dans le grand courant sanguin qui les emporte. Ainsi, dit Littré, 
» se fait et se défait cette toile de Pénélope, trame toujours sur 
» le métier, et ne subsistant qu'à la condition d'avoir ses fils 
.) incessamment renouvelés. » 

Nous devons à la vérité de dire que, en 1 856 (cette date est à 
noter), quand M. Longet est au moment de formuler sa conclusion 
définitive sur la nutrition, il se préoccupe du désaccord (1) qui 
existe entre les physiologistes au sujet du rôle que jouent les actes 
nutritifs dans la coloration des os par la garance; et alors il 
éprouve des doutes sur la théorie du renouvellement des tissus et 
hésite à se prononcer d'une manière catégorique en sa faveur. 

« En présence de données et d'interprétations aussi contradic- 
» toires, dit-il page 1067, que penser du renouvellement de la 
» matière dans les parties solides des tissus? La plupart des faits 



(1) Ce désaccord ne saurait exister aujourd'hui, grâce aux remarquables 
travaux de M. le professeur N. Joly et de son Gis sur cette importante question. 



— 56 - 

» invoqués peuvent bien fournir des inductions concernant le 
» mode d'accroissement des os; mais jusqu'à présent, il n'est pas 
» démontré que toutes les molécules du tissu osseux ne doivent 
» séjourner dans les os qu'un temps assez court, ni qu'elles soicn 1 
» incessamment remplacées par de nouvelles molécules que d'au- 
» très remplaceront bientôt. Or, ce qui peut paraître contestable 
» pour le tissu osseux, l'est également pour les autres tissus de 
» l'organisme adulte. Aussi semble-t-il plus rationnel d'attendre 
» d'autres lumières pour prendre un parti relativement à cette 
» théorie qui, si elle n'est pas expérimentalement démontrée, se 
» trouve pourtant assez en rapport avec la manière la plus géné- 
» raie d'envisager les actes intimes de la nutrition. » 

Mais en 1868, M. Longet semble avoir oublié cette sage réserve 
(jui lui était dictée par la prudence et par des faiis, et être revenu 
d'une manière absolue aux idées du renouvellement moléculaire. 

Dans son nouveau Traité de physiologie (année 1868, introduc- 
tion, page XXX1I1), il écrit : « Ce qui caractérise surtout les com- 
» binaisons qui se produisent au sein de l'organisme, c'est leur 
» instabilité : elles se forment, se transforment, se détruisent sans 
» cesse pour se reproduire de nouveau. On est parvenu à fixer 
» l'image d'un boulet traversant l'espace, mais on ne parvient pas 
» à donner de la stabilité aux éléments qui composent un orga- 
» nisme vivant. » 

Telles sont, rapidement exposées, mais cependant avec assez de 
détail pour les bien faire comprendre, les deux théories sur la 
nutrition qui sont de nos jours enseignées. 

Nous devons maintenant les discuter. 

Les objections que l'on peut faire a ces théories sont nombreuses 
et de diverses natures : nous en trouvons dans la physique, dans 
la chimie, dans l'histogénie, dans la physiologie, dans la patholo- 
gie, etc. ; et cela n'a rien d'étonnant, car les phénomènes nutritifs, 
par leur généralité et par leur complexité, touchent à un grand 
nombre de lois naturelles, et dès lors ne peuvent être envisages 
sous un faux jour sans se trouver en opposition avec les données de 
la plupart des sciences de la nature. 

La première des théories que nous combattons, celle de MM. Cu- 
vier, Robin et Verdeil, nous paraît tout d'abord fausse parce qu'elle 
est en contradiction avec cette loi physico- chimique générale, c'est 



— D / — 

qu'une combinaison, un cristal ou un élément anatomique ne peut 
se décomposer dans le milieu même qui convient à son existence. 
Or, voilà cependant ce qu'il faudrait admettre pour expliquer, dans 
la théorie qui nous occupe actuellement, la rénovation des tissus. 

Des modifications nombreuses peuvent se produire, il est vrai, 
dans les conditions d'existence des organismes, mais ces modifica- 
tions déterminent toujours des états pathologiques. 

MM. Robin et Verdeil ont compris toute l'importance de l'objec- 
tion que nous faisons dans ce moment et ont cherché à y échapper 
en disant : 

« Il n'y a point de décomposition spontanée ; celle-ci n'a lieu que 
» parce qu'aussitôt après que la combinaison est faite, il se trouve 
» auprès, en raison de l'état anatomique des principes (union 
» intime par mélange et dissolution), quelque autre principe qui 
» la décompose à son tour en se combinant à l'un de ces éléments. 
» Celui-ci en éprouve ensuite autant, ou bien est expulsé, évacué, 
» ou bien encore il reste, incruste les tissus ou fait dépôt. C'est là 
» ce qui constitue le double mouvement de composition et de dé- 
» composition, dont l'ensemble s'appelle nutrition, phénomène de 
» nutrition. — Page 273. » 

Ces histogénistes disent encore : 

« Cette prétendue force vitale qui préside, c'est l'état d'union 
» complexe des principes immédiats qui fait que la plupart de leurs 
» actes de formation et de décomposition sont des actions chimiques 
» particulières dites de contact ou indirectes. Ce sont ces condi- 
» tions complexes qui rendent l'acte d'une nature particulière et 
» l'éloignent de ceux que nous offrent généralement les corps 
» minéraux. — Page 270. » 

Mais comment l'état anatomique pourrait-il faire naître des 
principes qui le détruiraient, alors qu'il est le résultat d'une asso- 
ciation, d'une union moléculaire, d'une combinaison? Si une com- 
binaison déterminait par sa seule formation, l'apparition de corps 
capables de la détruire, il ne nous serait jamais possible d'en cons- 
tater l'état et à plus forte raison les propriétés, car il adviendrait 
nécessairement qu'aussitôt après qu'elle aurait apparu, les prin- 
cipes de décomposition la détruiraient. En admettant même la 
présence de ces principes, on ne pourrait pas davantage expliquer 
rationnellement la clésassociation. En effet, de deux choses l'une : 
ou les molécules avec lesquelles ils se combineraient n'existeraient 



- 58 — 

que clans les tissus, et alors ceux-ci seraient obligés d'en créer de 
semblables à celles qu'ils perdraient pour se comploter; ou elles se 
trouveraient toutes formées dans le blastème, et, dans ce cas, elles 
devraient préserver les tissus en s'unissaiH aux principes de dé- 
composition. 

Dans la première hypothèse, la désassociation serait possible, 
mais ce qu'on ne comprendrait pas, c'est que l'état analomique 
créât alternativement des principes de décomposition et des prin- 
cipes d'association ayant entr'eux la plus grande affinité. 

Dans la deuxième hypothèse , la décomposition ne serait pas 
compréhensible, puisque au fur et à mesure que les principes de 
décomposition apparaîtraient, ils trouveraient près d'eux des mo- 
lécules libres pour lesquelles ils auraient une forte affinité, et 
devraient s'unir à elles plutôt qu'aux principes immédiats des 
tissus, ceux-ci étant déjà engagés dans des combinaisons. 

Les explications données par MM. Ch. Robin et Vcrdeil pour 
faire comprendre les phénomènes d'association et de désassociation 
n'éclairent donc rien : elles ne font que reculer les difficultés sans 
les résoudre. 

Dira-t-on par hasard qu'un protoorganisme ou qu'un élément 
anatomique d'un organe composé ne reste pas inactif comme les 
corps inorganiques, et que son action, son jeu, qui n'est que sa 
fonction, amène clans les milieux où il vit des modifications qui 
déterminent la décomposition de ses principes immédiats? 

Mais, dans ce cas, où cet élément anatomique trouvera-t-il les 
principes qui lui permettront de se compléter? Ce ne sera certes 
pas dans ces milieux, car, s'ils y étaient, ils devraient être décom- 
posés comme ceux de l'élément anatomique. 

Nous ne comprenons donc pas la possibilité de l'apparition des 
principes de décomposition et des actes chimiques directs ou in- 
directs, d'où, d'après MM. Ch. Robin et Verdeil , proviendrait le 
double mouvement d'association et de désassociation. 

Toutefois, nous n'aurions pas eu l'imprudence d'attaquer des 
théories établies et défendues par des savants illustres, si nous 
n'avions eu à leur opposer que les objections que nous venons de 
faire valoir. Nous savons très bien qu'il existe un grand nombre de 
faits scientifiques dont on n'a pu découvrir les causes, et nous 
n'ignorons pas qu'il serait absurde d'arguer de cette ignorance pour 
en nier l'existence. 



- 59 — 

Si donc nous avons entrepris la difficile lâche que nous accom- 
plissons, c'est que toutes les sciences de la vie nous fournissent des 
armes pour la lutte. 

Nous venons de consulter la physique, la chimie et l'histogénie; 
interrogeons maintenant la physiologie chez les organismes supé- 
rieurs. 

Les organes et les appareils qui composent les êtres organisés 
remplissent des fonctions d'où découle la vie individuelle. 

Ces fonctions, comme il est facile de le comprendre, ne peuvent 
s'exécuter normalement que si les organes conservent intacts leurs 
matériaux constituants. 

Comment, en effet, la fibre musculaire pourrait-elle être stimulée, 
se contracter ou se dilater, si elle était incessamment renouvelée, 
s'il existait en elle cette allée et cette venue de matériaux dont 
parlent MM. Robin et Verdeil ? 

La force nerveuse, quelle qu'elle soit lans son essence, ne pro- 
duirait aucun effet utile, si elle agissait sur un tissu, sur des fibres 
dont les matériaux constituants se décomposeraient et se reforme- 
raient sans cesse. 

La tonicité, la contractilité, la force potentielle des muscles et 
leur élasticité supposent une grande solidité dans les fibres muscu- 
laires, et cette solidité serait impossible sans la fixité des combinai- 
sons qui forment ces fibres. 

Si des fonctions des muscles nous passons à celles des glandes, 
nous arriverons à des conclusions identiques. Les parois des élé- 
ments anatomiques qui constituent les glandes agissent sur le 
plasma du sang, non-seulement physiquement, mais encore chimi- 
quement. Ce qui donne aux glandes leurs propriétés spéciales, c'est 
leur structure, c'est encore et surtout la nature de leurs principes 
constituants. Or, si le tourbillon vital était une réalité, la struc- 
ture glandulaire serait à chaque instant dérangée, et l'action chi- 
mique des glandes serait rendue impossible, car à peine les principes 
qui les forment auraient pris naissance qu'ils seraient rapidement 
décomposés pour faire place à de nouveaux qui subiraient aussi le 
même sort, sans pouvoir exercer aucune action spéciale. 

Mais s'il est des fonctions qui plaident contre le double mouve- 
ment d'assimilation et de désassimilation, ce sont, sans contredit, 
celles des organes des sens et de l'appareil nerveux. 

Nous nous bornerons, comme toujours, à quelques exemples. 



- 60 — 

On sait que l'on voit un objet quand son image est venue se peindre 
sur une membrane nerveuse, la rétine, qui tapisse le fond de l'œil ; 
que l'impression produite par cette image a été transmise au cer- 
veau par un nerf spécial, le nerf optique, et enfin que certains 
éléments anatomiques cérébraux ont élaboré les impressions qu'ils 
ont ainsi reçues. 

Or, n'est-il pas évident que le tourbillon vital, en décomposant 
et recomposant sans cesse les principes constituants des milieux 
réfringents oculaires, de la rétine, du nerf optique et des élé- 
ments cérébraux, altérerait la pureté des images, gênerait la trans- 
mission , s'il ne l'empêchait pas, et s'opposerait à la perception, 
comme nous le verrons quand nous nous occuperons de la forma- 
tion de l'idée. 

Il en serait de même des autres sens, c'est-à-dire, de l'ouïe, de 
l'odorat, du goût et du loucher. 

Si les organes des sens ont besoin , pour exercer normalement 
leurs fonctions, de conserver leurs principes constituants, à fortiori 
cela doit-il être vrai pour le cerveau. 

La pulpe cérébrale est d'une délicatesse extrême ; un ébranle- 
ment un peu fort, une commotion suffit, dans la plupart des cas, 
pour l'empêcher de remplir momentanément ou pour toujours ses 
fonctions. Une goutte de sang ou de sérosité épanchée dans son 
sein ou un simple ramollissement peut amener un trouble intel- 
lectuel, le naufrage même de l'intelligence, la folie. 

Tous ces faits, et bien d'autres encore que le médecin est ap- 
pelé tous les jours à observer, ne nous démontrent pas, il est vrai, 
l'impossibilité du double mouvement de composition et de décom- 
position dans le cerveau, mais ils nous portent à le mettre en doute 
et nous engagent à examiner de très près s'il a lieu réellement. 

Nous allons donc pénétrer, autant que nous le pourrons, dans 
les actes intimes de l'intelligence. 

La première opération intellectuelle qui est la base de toutes les 
;i utres, c'est la formation de l'idée. On a une idée, c'est-à-dire 
une notion, lorsqu'une impression transmise au cerveau a été 
élaborée par les éléments anatomiques spécialement alïectés aux 
actes intellectuels. 

Prenons un de ces éléments anatomiques au moment où une 
impression lui parviendrait. Cette impression agirait nécessaire- 
ment sur des molécules qui seraient les unes en pleine décomposi- 



— 61 — 

lion, les autres en voie de combinaison. Les premières ne pour- 
raient réagir pour produire leur effet spécial, et, quant aux secondes, 
elles se trouveraient dans le môme cas, car, en admettant même 
qu'elles fussent impressionnées, leur rapide décomposition et les 
inévitables désassortions qui s'opéreraient autour d'elles, s'oppo- 
seraient à ce que leur action eût un résultat normal et utile. 

L'idée donc ne pourrait se former. 

Or, si l'idée ne se produisait pas, nous serions dans l'impossibi- 
lité de nous souvenir, déjuger, de raisonner, d'imaginer, de com- 
parer, etc., car tous ces actes intellectuels ont pour base l'idée. 
Pendant tout le temps que s'accomplissent ces phénomènes d'im- 
pression, de transmission, d'élaboration, d'idée de jugement, de 
raisonnement, etc.; il est indispensable que les éléments anato- 
miques cérébraux qui sont en jeu dans ces opérations conservent 
leurs principes constituants. Il est également nécessaire que ces 
principes se conservent pour servir aux. opérations ultérieures qui 
s'appuient sur des notions acquises. 

En vain dirait on que les molécules remplacées transmettent à 
celles qui les remplacent les impressions qu'elles ont reçues ou les 
idées qu'elles ont élaborées ; car lorsque ces dernières apparaissent, 
les autres ont cessé d'exister. 

On ne serait pas plus fondé à soutenir que les principaux orga- 
nes des animaux supérieurs étant composés d'une infinité d'élé- 
ments anatomiques et que le renouvellement moléculaire ne se 
faisant pas en môme temps dans ces éléments, il y en a toujours 
assez d'intacts pour permettre à la fonction de s'accomplir; car 
cette fonction dépend des propriétés des principes constituants des 
éléments anatomiques et de leur mode d'association, et ces princi- 
pes se trouvant tous dans les mêmes conditions, il n'est pas permis 
de supposer chez eux un renouvellement alternatif. 

Les partisans de la rénovation des tissus conviennent de ce fait 
puisqu'ils disent que le double mouvement de composition et de 
décompostion est continu. 

Nous ne comprenons pas que des faits aussi simples, aussi faci- 
les à constater aient échappé aux physiologistes, surtout à ceux qui, 
comme M. Taule, se sont prononcés en même temps pour le maté- 
rialisme et pour le renouvellement moléculaire. 

Comment, en effet, M. Taule a-t-il pu écrire dans sa thèse sur 



— 62 — 

les propriétés de la matière organisée, des choses aussi contradic- 
toires que celles-ci : 

« Toute substance organisée, amorphe ou figurée, végétale ou 
» animale, placée dans des conditions de milieu en rapport avec 
» sa constitution immédiate moléculaire, présente continuement 
» et sans se détruire un double mouvement, de combinaison et de 
» décombinaison simultanées, d'où résulte sa rénovation molécu- 
» laire. Cet acte a reçu le nom de nutrition. — Page 87. » 

« Les effets de fluorescence et du pouvoir émissif des cellules 
i> cérébrales sont faciles à prévoir : qu'est-ce autre chose, en effet, 
» que la mémoire, l'association des idées et le jugement qui en 
» résulte, sinon l'expression de ce double pouvoir de conservation 
» et de transmission des impressions reçues et modifiées par les 
» différentes espèces de cellules nerveuses... » 

» Les impressions sensorielles, une fois perçues et transformées 
» en idées, sont emmagasinées par le cerveau; elles s'appellent; 
» elles s'associent les unes aux autres en vertu de l'automatisme 
» spontané de ces cellules et de leur influence réciproque, pour 
» donner naissance aux actes plus complexes de l'entendement, 
» tels que la comparaison, le jugement, etc. L'imagination elle- 
» môme n'est qu'un mode particulier de l'activité des cellules céré- 
» braies qui, après avoir absorbé et retenu les impressions senso- 
» vielles, les travaillent isolément, les amplifient d'une manière 
t toute spéciale et les font apparaître sous des formes plus vives et 
» des colorations plus brillantes. — Pages 137 et 138. » 

Est-ce qu'il n'est pas contradictoire de soutenir que la mémoire, 
le jugement, le raisonnement, etc., sont le résultai du double pou- 
voir de conservation et de transmission des cellules cérébrales et 
d'admettre en même temps que ces cellules présentent continue- 
ment un double mouvement de composition et de décomposition, 
d'où résulte leur rénovation moléculaire. 

Mais les physiologis es spiritualistes seraient ils fondés à nous 
dire : 

« Tout ce que vous venez d'écrire touchant les opérations intel- 
» lectuelles ne prouve rien contre la nutrition telle que nous la 
» comprenons : cela ruine simplement les doctrines matérialistes 
» et fournit des preuves en faveur de l'existence de l'ame; car, si 
» les idées se forment, si la mémoire existe, si toutes les autres 



— 63 - 

» opérations intellectuelles s'exécutent au milieu du tourbillon 
» vital, n'est-il pas de la dernière évidence que ces opérations 
» intellectuelles ne dépendent pas de la matière, mais qu'elles 
» sont dues à un être simple, immatériel, un, indivisible, impéris- 
» sable, en un mot à une âme? » 

Non, les spiritualistes ne seraient pas en droit de nous tenir un 
pareil langage, parce qu'il leur est impossible, sans nier les faits les 
mieux constatés, de mettre en doute l'activité du cerveau dans les 
actes intellectuels. 

Nous n'examinerons pas ici les doctrines spiritualistes et maté- 
rialistes au point de vue physiologique, car cela nous éloignerait 
de notre sujet, nous obligerait de rechercher les causes des pro- 
priétés de la matière organique, de nous demander à quoi sont dus 
les phénomènes merveilleux qui se révèlent à nous sous la forme 
de l'attraction, de l'affinité, de l'instinct et de l'intelligence, et de 
sortir du domaine scientifique, dans lequel nous désirons rester, 
pour nous engager sur le terrain peu sûr de la métaphysique. 

11 nous suffira pour prouver que le cerveau a un rôle actif, effectif 
dans les opérations intellectuelles, de rappeler que la pensée, la 
conscience, la liberté, la volonté n'existent pas sans cerveau ; qu'il 
y a une embryogénie de l'intelligence comme une embryogénie 
cérébrale ; que le développement de la pensée est parallèle au 
développement du cerveau -, qu'à l'atrophie de cet organe corres- 
pond une atrophie intellectuelle ; qu'il est des substances qui 
hebètent, qui alourdissent l'esprit, comme l'opium, tandis que 
d'autres, comme le café, le rendent plus fin, plus subtil ; que les 
émotions morales vives, peuvent amener et amènent, en effet, la 
folie-, que la folie est héréditaire; qu'enfin, le caractère, celte 
constitution morale de l'individu dépend de la pulpe cérébrale et 
même de l'alimentation. 

Nous donnerons encore une autre preuve, qui nous paraît 
péremploire, de l'activité du cerveau. 

Il est bien des fous qui ont des moments de lucidité. La folie ne 
se montre chez eux que par intervalle. Eh bien ! la plupart de ces 
malheureux sentent venir le moment de l'attaque; ils avertissent 
alors les personnes qui les entourent de se retirer, parce qu'ils 
comprennent que dans le délire ils pourraient les blesser, peut- 
être même les tuer. Dans cet instant terrible, ils emploient toute 
l'énergie de leur volonté, ils luttent avec l'intelligence qui n'est 



- 64 — 

pas encore troublée, contre le mal qui les envahit: mais, hélas! 
c'est peine inutile, la folie éclate dans toute sa fureur. 

Ici, peut-il y avoir du doute? N'est-ce pas la matière qui agit, 
qui commande et qui règne en souveraine? Le cerveau n'est donc 
pas un organe passif, quelque chose comme un instrument entre 
les mains d'un artiste. Et, puisqu'il en est ainsi, les spiritualislcs 
ne sauraient, pas plus que les matérialistes, admettre la rénovation 
continuelle des tissus. 

Aux nombreuses objections que nous avons déjà faites contre 
les enseignements de MM. Cuvier, Robin et Vcrdeil sur la nutri- 
tion, nous en ajouterons d'autres, parce qu'elles sont plus frap- 
pantes et qu'elles nous sont fournies par des faits que tout le monde 
peu facilement observer. 

Voyons d'abord l'hibernation. 

Un grand nombre d'animaux parmi les insectes, les reptiles et 
môme les mammifères, passent l'hiver dans un état d'engourdisse- 
ment, de torpeur, que l'on désigne sous le nom de sommeil 
hibernal. Durant ce sommeil, qui peut se prolonger au-delà de six 
mois, presque toutes les fonctions s'accomplissent, ralenties, il est 
vrai, et pourtant les animaux qui y sont soumis ne prennent 
aucune nourriture. 

Or, si la désassimilation avait lieu d'une manière continue, ces 
animaux maigriraient rapidement, et ils mourraient dès que leurs 
corps auraient perdu les 40 centièmes de leurs poids normaux. 
C'est ce qui n'a pas lieu : au retour de la belle saison, les animaux 
bibernants sortent de leur retraite d'hiver, pleins de vie, alertes 
et pas trop amaigris. Cet amaigrissement s'explique très-bien, 
sans faire intervenir la dénutrition par la combustion des maté- 
riaux respiratoires, surtout des graisses, et par les pertes résultant 
des autres fonctions en exercice. 

MM. Robin et Vcrdeil ne peuvent nous dire que durant ce som- 
meil les actes intimes de la nutrition sont ralentis ou suspendus ; 
ils ne peuvent pas soutenir davantage que la graisse accumulée 
nendant la période de réveil fournit à l'assimilation, puisqu'ils ont 
écrit, pages 278, 279 et 280 : 

« Rien de moins soumis à une prévision quelconque que ce 
» mouvement de décomposition, de dédoublement et d'expulsion 
» des principes immédiats, nuisibles ou utiles Au contraire, ceux 
n qui, introduits accidentellement, nuisent aux fonctions en alté- 



- 65 — 

» rant les éléments, étant ceux dont les combinaisons présentent 
» la plus grande fixité de tons, sont ceux qui se décomposent avec 
» la plus grande difficulté et sont le plus difficilement remplacés 
» par d'autres. Quant aux principes normaux, on pourrait croire 
» que lorsqu'on cesse tout exercice qui demande une grande 
» dépense de force, leur mouvement de décomposition cessera 
» aussi ou du moins se ralentira au point de permettre la cessation 
» absolue ou presque absolue d'aliments. Mais il n'en est rien : 
» l'exhalation de l'acide carbonique, le dédoublement des subs- 
» tances organiques, en urée, acide urique, créatinc, etc., n'en 
» continuent pas moins, et le décroissement du volume du corps 
» marche d'une manière rapide... 

» Les corps gras, dira-t-on, sont des principes immédiats ali- 
» mentaires, en réserve pour suppléer aux substances alibiles 
» introduites du debors lorsque celles-ci viennent à manquer. 
» Mais la raison est mauvaise, car il est bien vrai que ces prin- 
» cipes disparaissent par un lent mouvement de décomposition ; 
» mais, pour cela, les principes qui constituent les éléments ana- 
» lomiques des autres tissus n'en disparaissent pas moins. On ne 
» voit pas que Us premiers remplacent les seconds, et que les tissus 
» formés par ceux-ci soient conservés. Les uns et les autres dis- 
» paraissent, les uns plus, les autres moins vite, mais tout ne 
» disparaît pas moins. 11 y a bien quelque chose de moins brutal 
» dans le mouvement de décomposition, comparé a l'énergie et à 
» la rapidité avec lesquelles un principe étranger à ceux des corps 
» organisés se combine aux leurs; mais aussi rien de plus fatale- 
» ment nécessaire et continu que la décomposition de ces prin- 
» cipes normaux. » 

Est-ce clair? 

Passons au développement des œufs des animaux dits ovipares. 

Nous prendrons pour exemple un œuf d'oiseau fécondé. La 
quantité de matière liquide et solide qu'il contient est parfaitement 
déterminée ; elle ne peut ni augmenter, ni diminuer, si ce n'est 
par la respiration. Si nous plaçons cet œuf dans les conditions que 
suppose son développement, nous ne tarderons pas à voir les prin- 
cipes immédiats qui le constituent s'organiser et former des 
éléments anatomiques qui s'associeront à leur tour pour donner 
naissance à des organes composés, lesquels constitueront par leur 
réunion des appareils dont l'association formera l'individu. 

5 



- 66 - 

Tous ces phénomènes d'organisation supposent la fixité des com- 
binaisons moléculaires d'où ils dérivent, car, si dès qu'un élément 
anatomique était formé, il se décomposait d'une manière continue 
pour se recomposer, les produits de la désassimilalion ne tarde- 
raient pas à vicier le blastème de l'œuf et à s'opposer ainsi à son 
développement. En admettant même que les produits delà décom- 
position n'altérassent pas le blastème, au point d'empêcher dans 
son sein les phénomènes de genèse spontanée, l'œuf ne tarderait 
pas à être arrêté dans son évolution faute de matériaux organisa- 
blés : les produits régressifs, de l'aveu de tous les physiologistes, 
ne pouvant entrer dans la composition d'aucun organe. 

Les insectes et les autres animaux qui peuvent supporter durant 
des mois une diète absolue, prouvent encore contre la désassimi- 
lation. 

Enfin, nous emprunterons un dernier argument à une coutume 
bizarre, répandue parmi les peuplades sauvages et pratiquée chez 
les Européens dans des limites restreintes; nous voulons parler du 
tatouage. 

Le tatouage, comme tout le monde le sait, a pour but et pour 
effet de produire sur le corps des dessins indélébiles. 

Les procédés employés pour arriver à ce résultat sont très- 
nombreux ; nous ne les examinerons pas. Ce qui nous importe, 
dans ce moment, c'est de rechercher la cause del'indélébilitédes 
dessins. Cette indélébilité est-elle due à la matière colorante qui 
reste dans les tissus, ou bien cette matière colorante agit-elle 
sur les tissus, et puis disparaît-elle? 

Le Dictionnaire encyclopédique est très-clair à cet égard. On 
trouve au mot tatouage : « Quant aux dessins tatoués dont nos 
» marins et nos soldats ornent parfois leurs poitrines ou leurs 
» bras, ils s'obtiennent en piquant la peau jusqu'au vif avec une 
» aiguille, et en versant sur ces piqûres de la poudre à canon 
i» finement pulvérisée. On met le feu à la poudre, et les parti - 
» cules qui pénètrent dans la peau en la colorant en bleu, rendent 
» indélébiles les traces de ces piqûres. » 

Nous citerons à l'appui de celte opinion, nos propres observa- 
tions : 

Dans plusieurs circonstances, nous avons donné des soins à des 
soldats qui avaient été blessés dans des parties du corps tatouées. 
Ces blessures donnèrent lieu à une suppuration abondante qui 



_ G7 - 

dura plusieurs mois, et cependant les dessins tatoués ne disparu- 
rent pas : l'intensité de leur couleur diminua seulement. 

Or, il n'est pas possible de nier le pouvoir d'élimination delà 
suppuration, et l'on peut dès- lors affirmer que si la matière colo- 
rante avait existé dans ces tissus, elleaurait été chassée au dehors; 
et par suite le tatouage aurait dû disparaître complètement. 

D'après ce que nous venons de Jirc, on conçoit que les vési- 
catoires ne peuvent pas non plus enlever les dessins tatoués ; c'est 
aussi ce que nous avons constaté. 

Enfin nous ferons encore remarquer que les matières colorantes 
employées sont absorbées, comme l'indique la coloration des gan- 
glions lymphatiques. 

Nous conclurons donc, jusqu'à preuve du contraire, que les 
tissus sont colorés par le tatouage ; et nous sommes en droit, 
puisque cette coloration est indélébile, de tirer decette pratique un 
argument contre la dénutrition 

Nous n'insisterons pas davantage sur le tourbillon vital de 
Cuvier, et sur l'enseignement de MM. Ch. Robin et Verdeil. Nous 
en avons dit assez pour prouver qu'ils sont contraires aux faits et 
aux sciences de la vie, et nous nous résumerons en disant : 

Qu'il est faux que « partout où un corps organisé manifeste une 
» propriété quelconque de sensibilité ou seulement de sécrétion, 
» reproduction, développement, il y ait de toute nécessité, dans la 
» matière de ce corps, une allée et une venue de matériaux. » 

Qu'il est faux que a cette allée et cette venue soient la condi- 
« tion d'existence de tout autre phénomène organique ou vital ; » 

Qu'il est faux, enfin, que « tant qu'elles existent il y ait vie, 
a que dès qu'elles cessent, il y ait mort. » 

Tout cela est faux pour toutes les raisons que nous avons don- 
nées ; c'est faux encore, car les spores, le pollen, les graines, les 
œufs, les insectes et les reptiles gelés sont vivants. La vie, il est 
vrai, est dans ces corps in potentiel non in artu, mais enfin ils ne 
sont pas morts ; s'ils l'étaient, ils ne tarderaient pas «à se décom- 
poser. Eh bien, dans les spores, le pollen, etc., il n'y a ni allée 
ni venue de matériaux. 

Mais pour réfuter d'une manière complète la doctrine du renou- 
i vellement moléculaire, il nous faut encore prouver qu'elle n'est 
pas justifiée davantage parla seconde théorie, c'est-à-dire en attri- 



- 68 - 

buant la décomposition à l'oxydation, et la réparation dos per- 
tes qu'elle occasionne aux alimenl,s. 

Nous ferons tout d'abord remarquer que le plus grand nombre 
des objections que nous avons faites à la théorie de Cuvier et de 
MM. Robin et Verdeil, ne s'adressent pas seulement aux causes 
qui déterminent l'association et la désassociation, mais encore et 
surtout au fait môme de la rénovation des tissus. 

Qu'il faille attribuer à l'oxydation ou à des actes chimiques 
directs et indirects les phénomènes de décomposition, il n'en 
résulterait pas moins que les fonctions seraient troublées, empê- 
chées même ; que l'hibernation serait incompatible avec la vie ; 
que le développement de l'œuf serait impossible, etc. 

Mais il est facile de démontrer la fausseté de cette seconde 
théorie, non-seulement en discutant les phénomènes nutritifs tels 
que les comprennent les partisans de l'oxydation, mais encore en 
attaquant les causes de ces phénomènes. 

En effet, si l'oxygène brûlait la trame solide des tissus, il devrait, 
indépendamment des aliments dits respiratoires, oxyder dans le 
sang les substances protéiformes, puisque ces substances ont la 
plus grande analogie avec celles des tissus ; et il adviendrait alors 
que tout l'oxygène introduit à chaque inspiration, serait rapide- 
ment engagé dans des combinaisons, et qu'il se trouverait insuffi- 
sant pour aller avec les plasmas former les milieux intérieurs des 
organes. Bien plus, les produits de ces combustions altéreraient. 
le fluide nourricier et nous trouverions, dans ce fait, un nouvel 
empêchement à la formation normale de ces milieux. 

Et puis, il est une question qu'il est bien permis de se poser, 
et qui aurait dû avant tout être résolue par les partisans de la 
combustion des tissus. Cette question est celle-ci : Comment se 
fait-il que l'oxygène, qui a une très- grande affinité pour les matiè- 
res dites respiratoires, puisse, quand elles existent, attaquer les 
tissus qui ont une constitution chimique toute différente ? 

Si nous consul tons les lois les mieux établies de la chimie, elles 
nous répondront que cela n'est pas possible, et que les substances 
respiratoires doivent toujours proa'ger les tissus. Mais quand ces 
substances font défaut, il se pourrait que l'oxygène allât porter son 
action comburante sur les matières alibiles et sur les principes 
constituants des tissus. Nous disons il sejwurrait, parce qu'il n'est 
démontré que ce gaz puisse se combiner avec ces substances. En 



- 69 - 

admettant que cette démonstration ait lieu, on ne saurait faire de 
ce phénomène une fonction normale de l'économie : il devrait être 
placé parmi les causes de destruction des êtres, puisqu'il aurait 
pour effet de hâter la mort de l'individu. 

Si l'oxygène attaquait la trame solide des tissus, l'amaigrisse- 
ment devrait être en rapport avec l'activité de la respiration. Or, 
c'est l'inverse qui a lieu, comme l'indique celte loi physiologique : 
Le développement d'un organe est en rapport direct avec son 
exercice. 

11 faudrait encore que nous retrouvions dans les sécrétions, les 
produits de cette oxydation. 

On a bien dit que ces produits n'étaient autres que l'urée et 
l'acide urique ; mais c'est là une erreur. 

Si l'urée et l'acide urique étaient le résultat de l'oxydation des 
tissus, ces produits régressifs devraient toujours être en rapport 
avec l'activité de la respiration et exister dans tous les organes; 
ils devraient encore augmenter avec la diète et n'être nullement 
sous l'influence de la nature des aliments. Or, rien de tout cela 
ne se vérifie. 

Nous disons d'abord que l'urée et l'acide urique ne sont pas en rap- 
port avec l'activité de la respiration, et nous basons notre opinion 
sur ce f;iit que l'urine, dite du sang, celle que l'on rend le matin, 
est plus dense, plus chargée de ces produits que celle de la jour- 
née. C'est i'inverse qui devrait avoir lieu, puisque pendant le 
sommeil la respiration est notablement ralentie. 

M. Sée, dans son cours sur les anémies, bien qu'il admette 
la désassimilation, déclare formellement que ce rapport n'existe 
pas, et il ajoute : « il est aujourd'hui démontré que la destruction 
» du muscle ne va pas jusqu'au dernier terme de la série 
» rétrograde, c'est-à-dire jusqu'à l'urée, car l'urée n'existe pas 
» dans les muscles. » 

Cette absence d'urée dans les muscles a conduit M. Sée et 
d'autres physiologistes, à abandonner cette idée qui régnait dans 
la science, c'est que la force, le pouvoir musculaire, était le résul- 
tat de l'oxydation des substances protéiques qui constituent les 
éléments anatomiques musculaires, et il a admis que cette force 
était produite par la combuslion des graisses et des hydrates de 
carbone. 

M. Bence Jones, dans sa conférence sur la matière et la force, 



- 70 - 

arrive aux mêmes conclusions , en se basant sur les expériences 
des professeurs Frankland et Flint et sur celles du docteur 
Parkes. 

Les premiers de ces expérimentateurs ont reconnu, en compa- 
rant le travail mécanique qui a lieu dans un temps donné, 
avec la quantité d'urée produite dons le môme temps, que le cin- 
quième seulement du travail accompli peut provenir des chan- 
gements chimiques qui s'opèrent dans le tissu azoté des mus- 
cles. 

Les expériences du docteur Parkes l'ont conduit encore plus 
loin, puisqu'il déclare que l'action musculaire se lie non à la 
décomposition, mais plutôt à la combinaison, et il donne pour 
preuve la raison que nous avons donnée nous-même pour prouver 
que l'oxygène n'attaquait pas la trame solide des tissus, c'est que 
le muscle en action s'accroît, alors qu'il diminue, au contraire, 
pendant le repos. 

M. Sée n'admet pas non plus que l'urée augmente pendant 
l'inanition. 

« Le phénomène le plus remarquable, dit-il dans le même 
» cours, que l'on observe dnns la sécrétion urinaire pendant 
» l'inanition, c'est la diminution de l'urée. Un homme qui, dans 
» l'état ordinaire, rend 28 grammes d'urée en 24- heures, n'en 
» donne plus que 17 grammes, après une abstinence de 24 heu- 
» res, et la quantité va décroissant si l'abstinence se prolonge. 
» L'acide urique qui dans l'état normal est représenté par une 
» moyenne de g. 50 par jour, tombe à g. 33, par le fait de 
» la diète. Par rapport à l'urée, l'acide urique diminue égale- 
» ment; ce rapport n'est plus que de 4 : 71 au lieu d'être de 
» 1 : 4a, chiffre normal. » 

M. Bouchardat, dans son annuaire thérapeutique (année 1808), 
n'hésite pas à déclarer que la production de l'urée dans l'écono- 
mie ne résulte point de l'oxydation, mais du dédoublement des 
principes immédiats. 

Il avoue qu'il ne peut indiquer d'une manière sûre les 
organes dans lesquels s'effectueraient ces dédoublements ; mais 
ses recherches lui feraient supposer qu'ils ont lieu dans des orga- 
nes divers, suivant la nature des matériaux mis en œuvre. 

Enfin, l'expérience de tous les jours prouve que les produits 
régressifs dont nous parlons, augmentent avec un régime azoté et 



- 71 - 

qu'ils diminuent, au contraire, avec une alimentation,. riche en 
principes féculents. Ce fait est bien connu des médecins, puisqu'ils 
recommandent aux personnes qui ont une trop grande quantité 
d'urée et d'acide urique dans leurs urines, de se mettre à un 
régime pauvre en matières azotées. 

D'après tous les motifs que nous venons de donner, il nous est, 
croyons-nous, permis de conclure que l'urée et l'acide urique ne 
sont pas des produits d'oxydation des tissus et qu'ils ont leur 
principale source dans les aliments. 

Enfin, les partisans des deux théories invoquent encore pour 
prouver la dénutrition : 1° la présence de la cholestérine, prin- 
cipe constituant du système nerveux, dans les vaisseaux qui reçoi- 
vent le sang des extrémités ; 2° la perte de poids qu'éprouve un 
animal soumis à la diète; 3« la nécessité de prendre des ali- 
ments. 

Flint, qui est l'auteur du premier argument, a tort, croyons- 
nous, de considérer la cholestérine comme un produit de dénu- 
trition, car si nous la retrouvons dans le sang qui vient des extré- 
mités, ce n'est pas parce que, comme il le pense, le système 
nerveux a cédé ce principe, mais par la raison fort simple que les 
nerfs le produisent. 

Il est aujourd'hui acquis à la science que tous les éléments 
anatomiques d'un organisme quelconque, lorsqu'ils sont en acti- 
vité, ont la propriété d'agir physiquement et chimiquement sur 
les plasmas au sein desquels ils vivent, de manière à former 
des principes immédiats, identiques à ceux qui les constituent. 
Or, la cholestérine étant un des principes constituants du sys- 
tème nerveux, celui-ci doit en produire, et il est dès-lors tout 
naturel que nous la rencontrions dans les vaisseaux qui reçoivent 
les produits de ce système. 

Quant à la perte de poids qu'éprouve un animal soumis à la 
diète, on ne saurait en faire un argument sérieux. 

En effet, par la respiration, un homme adulte perd par jour 
250 grammes de carbone et une quantité assez grande de vapeur 
d'eau ; par les sécrétions, la perspiration, la sueur, etc., il éprouve 
encore de grandes pertes. 11 est de toute évidence que, s'il ne 
se nourrissait pas, il devrait perdre beaucoup de son poids. 

Un homme adulte perd ainsi, par jour, au moins 3 kilogram 



— 72 - 

mes. Et dans toutes ces pertes, nous ne trouvons aucun produit 
de dénutrition. 

L'amaigrissement doit donc nécessairement résulter d'une 
diète prolongée. Mais cet amaigrissement a encore une autre 
cause : Il est aussi produit par la diminution du tissu cellulaire, 
du tissu adipeux et des autres tissus, qui acquièrent un grand 
développement lorsque la vie est dans toute son activité. 

Les aliments que nous prenons journellement servent chez 
les jeunes individus, à leur développement et à la réparation 
des pertes que leur font éprouver les diverses fonctions qui s'ac- 
complissent en eux (la nutrition mise de côté, bien entendu), et 
chez l'individu adulte aux fonctions qui les intéressent direc- 
tement et à celles qui ont pour but la propagation de l'espèce. 

Les aliments servent encore, à tous les âges, à la réparation des 
tissus qui sont accidentellement lésés. 

C'est donc avec raison que M. Longet dit : « On sait qu'un 
» animal adulte, soumis à la ration d'entretien ou un homme 
» arrivé au terme de sa croissance et nourri avec une grande 
» régularité peut conserver le même poids moyen et rendre 
» dans les différents produits résultant de l'action organique, 
» fèces, urine, sueur, exhalation pulmonaire, etc., une quan- 
ï tité de matière précisément égale a celle qu'il a reçue par 
» les aliments. » 

Mais c'est à tort qu'il ajoute : « Pourtant il y a assimiliation 
>» en ce sens que la matière élémentaire des aliments se fixe 
» dans l'organisme en s'y modifiant, pour se substituer à celle 
» que le mouvement de désassimilation expulse journellement. >• 
(Page 1059. Traité de physiologie.) 

En rejetant le tourbillon vital de Cuvier, la théorie de l'asso- 
ciation et de la désassociation de MM. Robin et Verdeil, et celle 
de l'oxydation de MM. Longet, Milne Edwards, etc., en un mot, 
en admettant la fixité des combinaisons qui forment les élé- 
ments anatomiques, nous n'obéissons pas à une idée systémati- 
que; mais nous nous rendons à l'évidence des faits, et nous 
nous soumettons aux lois de la logique et de la science. 

C'est, croyons-nous, ce que nous avons établi en démontrant 
que la nutrition , comme fonction spéciale, n'était justifiée ni 



- 73 - 

par les causes auxquelles on l'attribue, ni par les effets que l'on 
dit résulter de ces causes. 

De ce que nous nions l'existence de la nutrition, comme fonc- 
tion spéciale, dont le rôle serait de renouveler incessamment les 
principes constituants des organismes, il ne faudrait pas nous 
accuser de rejeter tout acte nutritif. Nous croyons que tous les 
phénomènes, qui ont pour but de conserver l'individu, sont des 
phénomènes nutritifs, et nous pensons que, par extension, l'on 
peut donner ce nom à tous ceux qui forment, développent et 
propagent les êtres. 

Aux nombreuses raisons que nous avons données pour prouver 
notre thèse, nous aurions pu en ajouter un grand nombre d'au- 
tres que nous auraient fournies le règne végétal et le règne animal ; 
mais pourquoi les aurions-nous données, puisque ce que nous 
avons dit suffit et au-delà pour démontrer l'exactitude de nos idées. 

Cependant, avant de formuler notre conclusion définitive, nous 
demanderons à ceux qui soutiennent que les tissus sont sans 
cesse renouvelés par un double mouvement de composition et 
de décomposition, comment il se fait que la vie passe par des 
phases, que l'on désigne chez l'homme sous les noms, d'enfance, 
de puberté, d'âge mûr et de vieillesse , et aussi comment la 
mort peut arriver. 

Quant à nous, nous pensons que si au fur et à mesure que 
les matériaux étaient usés, ils se trouvaient remplacés par de 
nouveaux, la vie d'un animal ou d'un végétal devrait être uni- 
forme et sans tin ; et si nous pensons ainsi, c'est parce que nous 
sommes convaincu que la vie d'un être organisé est due d'abord 
aux propriétés des principes constituants des tissus et puis aux 
fonctions. 

Nous n'insisterons pas davantage sur la nutrition, cette préten- 
due fonction qui doit être rayée de nos traités de physiologie, et 
nous terminerons celte étude critique en formulant ainsi notre 
conclusion définitive. 

Il y a dans l'économie des êtres organisés un véritable tourbil- 
lon vital, un échange, un renouvellement continuel de molécules ; 
mais ce tourbillon vital, cet échange, ce renouvellement moléculaire 
n'est vrai que pour les gaz, les liquides organiques et les substan - 
ces dites respiratoires, et nullement pour les principes immédiats 
qui forment la trame solide des tissus. 



- 74 — 

Les organismes sont de véritables machines qui possèdent en 
elles-mêmes les principes de leurs actions, qui pour exister norma- 
lement ont besoin d'agir et pour agir ont besoin d'aliments ; mais 
en agissant, elles s'usent et il arrive un moment où l'usure est 
telle, qu'elles cessent de fonctionner : ce moment, c'est la mort! 
c'est-à-dire l'instant fatal où ces individus disparaissent et où les 
matériaux qui formaient leurs corps vont, selon leurs degrés 
de décomposition et les conditions dans lesquelles ils se trouvent, 
s'unir et donner naissance par hétérogénie à des protoorganismes, 
ou bien rentrer dans les milieux ambiants pour aller, soit dans le 
monde organique, soit dans le monde inorganique, recommencer 
leurs rôles, toujours les mêmes et toujours nouveaux. 

M. Lavocat, à propos de la communication précédente, prend 
la parole. 

Il déclare qu'il demeure persuadé que la matière est mobile, 
que la forme seule persiste. Le volume des organes est variable ; 
ils augmentent jusqu'à un terme — dans des cas pathologiques, 
ils sont atrophiés; il est difficile de comprendre que l'ali- 
mentation soit une acquisition perpétuelle de molécules non 
employées; — le travail cellulaire est constant. On ne saurait 
admettre une cellule inactive, éternelle, bien que la difficulté de 
comprendre une cellule nouvelle en fonction, à côté des cellu- 
les adultes , fasse partie des régions obscures ; l'objection tirée du 
tatouage tombe devant cette hypothèse que les molécules de la 
peau qui sont colorées , sont des éléments frappés de mort; les 
expériences faites sur les os sont des arguments en faveur du mou- 
vement moléculaire. La nutrition de l'os est très- lente, vu le peu 
d'éléments utiles dans le sang; — il semble qu'il y a un moment 
où i'os reçoit moins et perd autant qu'autrefois : l'os du vieillard 
devient fragile. — Quant aux animaux hybernanls, ils s'endor- 
ment gras et rondelets et se réveillent maigres. 

La question de l'urée est une de celles où l'on craint toujours que 
les réactifs ne vous trompent. 

M. Lavocat entre dans quelques détails plus précis sur la choles- 
térine et les expériences avec la garance, et il établit, en terminant, 
que dans la vieillesse, la formation de nouvelles cellules se ralentit. 

M. Gourdon, se rattachant à l'opinion qui ne comprend pas 



- 75 - 

i'organe vivant sans le mouvement rénovateur, annonce qu' 
entretiendra la Société de la nutrition, dans une autre séance. 



Séance du 17 juin 1870. 

Présidence de M. le professeur Gourdon, vice-président. 

La Société reçoit : 

Académie de Stanislas, mémoires, \ vol. Nancy. 

Revue médicale de Toulouse. 

Journal d'agriculture pratique, 3 e série, t. XXI, Toulouse. 

Les adhésions suivantes : 

Société impériale d'Agriculture , Sciences naturelles et Arts 
utiles de Lyon. 

La Société a pris connaissance de votre lettre dans sa dernière 
séance. 

La démarche que vous entreprenez en faveur d'une réorganisa- 
tion sérieuse de l'enseignement des sciences naturelles, ne pouvait 
rencontrer que les sympathies les plus vives, auprès de la Société 
d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon. Tous les 
membres de la Société que j'ai l'honneur de présider sont una- 
nimes à reconnaître que l'Université donne trop peu de place à 
l'histoire naturelle dans ses programmes , et à regretter que les 
quelques leçons qui sont encore consacrées à cette branche soient 
pour ainsi dire signalées comme des leçons de peu d'importance, 
par ce seul fait qu'on ne leur donne pas même la sanction des 
examens. Ceux de mes collègues qui appartiennent à l'enseigne- 
ment, savent combien des leçons dans ces conditions-là sont négli- 
gées des élèves ! 

Nous ne saurions, Monsieur le Président, exposer en meilleurs 
termes que vous , l'importance et l'utilité des éludes dont vous 
plaidez la cause auprès du Ministre de l'Instruction publique, la 
part trop restreinte qui leur est dévolue dans l'enseignement 
secondaire et l'urgence d'une prompte réforme à cet égard. Je me 
bornerai donc à vous dire , au nom de tous mes collègues, que 
nous sommes avec vous en parfaite conformité de vues, que nous 



76 - 

associons nos vœux aux vôtres, et donnons à votre démarche notre 
entière adhésion. 

Il est impossible que des vœux qui doivent être ceux de toutes 
les sociétés savantes ne soient pas écoutés, et que les études natu- 
relles restent plus longtemps aussi négligées qu'elles le sont aujour- 
d'hui. Quand elles auront reconquis la place qui leur est (\uv 
c'est à votre initiative qu'elles en seront redevables. Que la Société 
d'Histoire naturelle de Toulouse reçoive à ce sujet les félicitations 
de la Société d'Agriculture , Histoire naturelle et Arts utiles de 
Lyon. 

Piaton, président. 
P. Lorenti, secrétaire général. 
Société des Sciences historiques et naturelles de Semur (Côte -d'Or). 

J'ai soumis à la Société des sciences historiques et naturelles de 
Semur, la pétition que vous vous proposez d'adresser à Son Excel- 
lence le Ministre de l'instruction publique, pour lui demander de 
donner plus de développement à l'étude des sciences naturelles 
dans le programme de l'enseignement secondaire. 

Des connaissances étendues en histoire naturelle sont non seu- 
lement utiles, mais, en quelque sorte, nécessaires dans toutes les 
positions sociales; la Société de Semur s'empresse donc de donner 
une entière approbation à une réclamation qui présente un véri- 
table intérêt; elle s'associe à vos efforts , et elle espère que vous 
obtiendrez un résultat qui sera un bienfait pour toutes les classes 
de la population. 

A. Bruzard, président. 

Société impériale des Sciences, de l'Agriculture et des Arts 
de Lille. 

J'ai l'honneur de vous adresser copie de la délibération qu'a 
prise la Société des sciences, de l'Agriculture et des Arts de Lille, 
au sujet de la communication que vous lui avez faite dans l'intérêt 
de l'enseignement de l'histoire naturelle dans les lycées. J'y joins 
le rapport de la commission de la société , adopté en séance le 
3 juin 18 r 0. 

Menche de Loisnes, président. 

Extrait du registre des procès-verbaux de la séance du 3 juin 1870. 

« M. Dareste lit un rapport concluant à s'associer à la pétition 



- 77 - 

que la Société d'Histoire naturelle de Toulouse doit adresser 
au Ministre de l'instruction publique pour que l'on prenne des 
mesure? à l'effet de développer l'étude de l'histoire naturelle dans 
les lycées, et de l'introduire dans le programme des matières exi- 
gées pour le baccalauréat. 

» Après une discussion à laquelle prennent part MM. Guiraudet, 
Testelin, Blanquart et Gosselet, les conclusions de ce rapport sont 
adoptées. » 

Rapport sur une demande de la Société d'Histoire naturelle de Toulouse, par 
MM. Corenwinder, Chrestien, Testelw et Dareste, rapporteur. 

La Société d'histoire naturelle de Toulouse, voyant avec peine 
l;i part si restreinte qui est faite actuellement dans l'enseignement 
secondaire à l'étude des sciences naturelles, a rédigé une pétition 
au Ministre de l'instruction publique, pour le prier d'améliorer 
une situation si regrettable à tous égards. Pour donner plus de poids 
à sa parole, et pour en assurer le succès, elle demande le concours 
des Sociétés scientifiques de France. Nous sommes donc invités à 
lui prêter notre appui. La Commission a pensé que la Société de 
Lille devait s'associer à la démarche de la Société de Toulouse 
pour les motifs suivants. 

Il serait inutile d'insister longuement sur les avantages de l'en- 
seignement de l'histoire naturelle. Contentons-nous seulement de 
rappeler que l'instruction d'un homme ne peut être considérée 
comme véritablement complète, s'il ignore les principaux faits de 
l'organisation et de la vie des animaux et des plantes ; s'il ne 
connaît pas, au moins dans les traits les plus généraux, la struc- 
ture et l'histoire de la terre; si son intelligence restée fermée aux. 
grandes découvertes de cette science, qui compte, dans notre pays 
seulement, de si grands noms, lesBuffon, les Cuvier, les Jussieu, 
les Geoffroy Saint-Hilairc, et tant d'autres. Mais elle se recom- 
mande encore plus peut-être par son influence sur l'esprit. Comme 
elle repose entièrement sur des faits réels, elle est avant tout, 
quoique d'une manière non exclusive, uue science d'observation, 
et, plus peut-être que toute autre étude, elle force l'esprit, dans 
l'examen d'une question, à tenir compte de tous les éléments de 
la réalité et à rejeter toutes les idées préconçues ou systématiques, 
qui donneraient une vue inexacte et fausse des objets. Assurément 
bien peu d'hommes sont appelés à être naturalistes : mais tous 



- 78 - 

peuvent et doivent profiter de lu salutaire discipline que l'étude de 
cette science imprime aux intelligences. 

Quanta l'utilité pratique de l'enseignement de l'histoire natu- 
relle, qui pourrait méconnaître que la médecine et l'agriculture 
ne sont que les applications de cette science? Mais en dehors môme 
de toute considération professionnelle, est-ce que tous les hommes 
ne sont pas appelés à être chefs de famille, et a pourvoir, à ce 
tilre, à l'éducation physique, à la santé de leurs enfants? N'est-ce 
pas l'histoire naturelle, considérée dans sa partie physiologique, 
qui forme la base de toutes les règles de l'hygiène, et qui apprend 
aux hommes comment ils peuvent prévenir les maladies et 
améliorer les conditions sanitaires de tous ceux au besoin des- 
quels ils sont appelés à veiller ? Et pourtant, il suffit de regarder 
autour de soi pour voir combien ces règles sont généralement 
méconnues ou enfreintes. 

Toutes ces considérations avaient engagé l'administration de 
l'instruction publique, au lendemain de juillet 1830, à faire sa 
part, dans l'enseignement secondaire, à l'étude de l'Histoire natu- 
relle. Pendant trente ans, cet enseignement a exislé dans les 
établissements de l'État, dans des conditions trop restreintes peut- 
être, et avec des ressources insuffisantes; toutefois, il a donné, 
pendant cette époque, d'excellents résultats. Un certain nombre 
de jeunes gens sortaient des lycées avec des notions d'histoire 
naturelle assez étendues. Mais depuis quelques années les choses 
ont bien changé. 

Si l'on excepte les lycées de Paris, l'enseignement de l'histoire 
naturelle dans les lycées n'a jamais été ce qu'il aurait dû être, et 
donné les résultats qu'il aurait pu donner, par suite de diverses 
causes : d'abord, par le manque de professeurs spéciaux, qui 
obligeait de le confier à des professeurs de physique n'ayant pas, 
pour la plupart, spécialement étudié les matières qu'ils étaient 
chargés d'enseigner -, ensuite, par le manque plus ou moins com- 
plet du matériel nécessaire. Mais, depuis quelques années, cette 
situation, déjà mauvaise, est devenue plus mauvaise encore par la 
mesure qui a retranché l'histoire naturelle dans l'examen du bac- 
calauréat ès-sciences complet. Aujourd'hui, l'étude de l'histoire 
naturelle n'a plus de sanction officielle que par sa présence au 
baccalauréat ès-sciences restreint, exclusivement réservé aux étu- 
diants en médecine. 



- 79 - 

Ce qui est résulté do cette mesure, c'est que la part de l'histoire 
naturelle, dans l'enseignement normal des lycées, a été restreinte 
autant que possible. Il n'existe plus aujourd'hui qu'un seul cours 
de 25 leçons pendant la classe de seconde, et encore le nombre 
réglementaire de ces leçons est-il souvent éliminé. Mais ce qu'il y 
a encore de plus grave, c'est que les élèves n'accordent qu'une 
attention très-médiocre aux leçons du professeur, ou même se 
refusent absolument à consacrer une part, si minime qu'elle soit, 
de leur temps, à des études qui ne sont pas représentées aux 
examens. 

Ainsi donc, à l'heure qu'il est, l'enseignement de l'histoire 
naturelle est à peu près nul dans les lycées, et nous pouvons 
ajouter aussi, à bien plus forte raison, dans les établissements 
libres, encore moins bien pourvus que les établissements de l'Etat 
en professeurs et en matériel. Reste seulement l'enseignement 
spécial, où l'histoire naturelle a sa place marquée en une place 
importante ; mais cet enseignement est d'une origine encore trop 
récente pour que l'on puisse en apprécier les résultats, D'ailleurs, 
quel que soit l'avenir qui lui est réservé, il ne sera jamais suivi 
([ue par une partie de la jeunesse française. 

Les conséquences d'un pareil état de choses sont trop manifeste- 
ment évidentes. Ceux d'entre nous qui, chargés d'examiner pour 
le baccalauréat, sont par cela même en mesure de constater l'état 
de l'enseignement duns notre pays, n'ont que trop souvent l'occa- 
sion de reconnaître que, dans le baccalauréat restreint, celui qui 
ouvre la carrière médicale, les candidats sont généralement nuls 
en histoire naturelle, et qu'il est infiniment rare de rencontrer 
quelques réponses satisfaisantes. Cette année, par exception, trois 
élèves du lycée de Lille ont subi cette épreuve avec distinction; 
mais il a fallu, peur obtenir ce résultat, que l'administration si 
intelligente de notre lycée envoyât ces jeunes gens suivre le cours 
de la Faculté des sciences, pour suppléer à l'insuffisance presque 
absolue du cours qu'ils avaient dû suivre, deux ans auparavant, 
dans h classe de seconde. 

Si nous ne craignions de donner à ce rapport, déjà bien long, 
une trop grande étendue, nous pourrions montrer cet autre fait 
que, tandis que dans d'autres pays, les sciences naturelles se 
développent incessamment, grâce à tous les encouragements 
qu'elles trouvent dans l'administration et surtout dans le public, 



— 80 - 

elles sont très-généralement abandonnées en France, dans la patrie 
des grands naturalistes que je citais plus haut, et qui ont pu être 
égalés, mais jamais surpassés. Le manque de naturalistes est tel, 
que le recrutement des chaires dans les Facultés des sciences est 
souvent difficile. 

Il y a donc là un danger sérieux, dans notre pays, pour l'ins- 
truction publique en général, et pour l'avenir des sciences natu- 
relles. Aussi la Commission n'hésite-t-elle pas à vous proposer 
d'appuyer de votre autorité morale la pétition de la Société d'his- 
toire naturelle de Toulouse. Elle n'ignore pas, il est vrai, les diffi- 
cultés très-graves que soulève une pareille question. Il faut bien 
reconnaître que le mal que nous signalons a sa racine dans notre 
société elle-même beaucoup plus que dans l'Université. L'ensei- 
gnement de l'histoire naturelle, comme celui de toutes les autres 
branches du savoir humain, est aujourd'hui, plus que jamais, 
dans une lutte incessante contre les progrès que fait tous les jours 
l'instruction hâtive. Dans une société démocratique comme la 
nôtre, où toutes les positions sont accessibles a tous, les diplômes 
qui ouvrent l'entrée des carrières sont devenus, pour la plupart 
des enfants et aussi pour la plupart des familles, le but palpable 
et unique des efforts de l'élève et des sacrifices souvent onéreux 
que les familles doivent s'imposer. De là des réclamations qui 
s'élèvent de toutes paris contre la durée des études , contre l'éten- 
due des programmes, contre la difficulté des épreuves de l'exa- 
men; et malheureusement ces réclamations sont trop souvent 
écoutées , trop souvent l'administration a la main forcée et cède à 
une pression qu'elle devait combattre. 11 ne nous appartient pas 
d'indiquer les moyens pratiques de réagir contre cette fâcheuse 
tendance d'une partie de la société française. Tout ce que nous 
pouvons faire aujourd'hui, c'est de nous associer à une démarche 
que nous approuvons, et d'appeler l'attention de l'Université et de 
tous les hommes intelligents sur un état de choses regrettable à 
tous égards, et qui, s'il se prolongeait, finirait par porter atteinte à 
l'une des causes de la grandeur morale de la France, en amoin- 
drissant sa gloire scientifique. 

Société d'Agriculture du département de la Haute- Garonne. 

.l'ai l'honneur de vous transmettre copie de la délibération de la 
Société d'agriculture de la Haute-Garonne , demandant que l'en- 



- 81 - 

seignemeni des sciences naturelles reçoive un plus grand dévelop- 
pement. La Société a été heureuse d'avoir l'occasion de vous témoi- 
gner une adhésion complète à vos vues. 

Caï'ssê, secrétaire général. 

Dans sa séance du 4 juin 1870, la Société d'agriculture de la 
Haute-Garonne a pris la délibération suivante : 

Convaincue de l'incontestable utilité des sciences de la nature, 
sincèrement reconnaissante des lumières qu'elles lui fournissent 
tous les jours, la Société d'agriculture de la Haute-Garonne regrette 
qu'elles aient une part si minime dans l'enseignement secondaire. 
D'un autre co'.é, elle sait de bonne source que les professeurs des 
facultés se plaignent également de voir l'histoire naturelle occuper 
une place si restreinte dans les programmes du baccalauréat. 
Signaler le mal, c'est avoir la presque certitude qu'il y sera 
apporté un remède aussi prompt qu'efficace. 

Pour ce motif, la Société d'agriculture de la Haute-Garonne 
tout entière s'associe de grand cœur aux doléances respectueuses 
et aux vœux si pleins d'espoir de la Société d'histoire naturelle de 
Toulouse, et prie instamment M. le Ministre de l'instruction publi- 
que de donner le plus lot possible aux uns et aux autres une légi- 
time satisfaction. 

Société des Amis des Sciences naturelles de Rouen. 

J'ai donné, à la séance d'hier, lecture de la pétition que vous 
m'avez fait l'honneur de m'adresser. 

Les membres présents, à l'unanimité, ont accueilli par acclama- 
tion l'heureuse inspiration qui vous guide dans une si noble voie. 

Aussi, interprète de tous mes confrères, je m'empresse de vous 
adresser des félicitations sincères et de vous apporter notre assen- 
timent à la coopération de l'œuvre, au succès de laquelle ne man 
queront pas de s'intéresser toutes les natures d'élite. 

K. Boiîtillieu, président. 

Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen. 

J'ai l'honneur de vous adresser ci-inclus le Rapport fait à 

l'Académie, sur la pétition en faveur des sciences naturelles que 

vous vous proposez d'adresser à M. le Ministre d« l'instruction 

I publique. Notre Compagnie en a approuvé les conclusions et a 

donné une adhésion complète aux réformes que vous proposez. Je 

6 



— 82 — 

suis personnellement très-heureux de l'initiative que vous avez 
prise et je lui souhaite tout le succès qu'elle tnëritc. 

A. Malbranciie, secrétaire perpétuel. 

Rapport par MM. le D r Dumesnil, Houzeau, D r More, Malbranche et Fischer,, 
rapporteur. 

Messieurs, les membres de la commission chargée d'examiner 
la pétition qui vous a été communiquée par la Société d'histoire 
naturelle de Toulouse ont échangé leurs idées à ce sujet, et j'ai 
l'honneur de vous présenter le rapport de votre commission. 

Unanimes sur le principe qui a inspiré la demande à faire au 
ministère de l'instruction publique, de donner plus de place aux 
études d'histoire naturelle dans les cours classiques des lycées , 
nous avons reconnu que le lycée doit effectivement à ses élèves un 
enseignement encyclopédique comprenant des notions claires, 
sommaires et exactes sur l'ensemble des connaissances humaines 
et permettant de rattacher à une méthode bien exposée et facile- 
ment saisie tout développement ultérieur d'études spéciales ; que 
c'est en vain qu'on dirait que les exercices littéraires et les mathé- 
matiques , en fortifiant le goût et le jugement des jeunes gens , 
les préparent suffisamment à toutes sortes d'études, car les scien- 
ces naturelles ont une méthode et un langage qui. leur sont pro- 
pres et qui restent lettre close pour qui ne s'en est pas occupé 
dans de bonnes conditions ; que, d'ailleurs, les sciences naturelles 
ont acquis une telle importance dans notre vie sociale, qu'il n'est 
plus possible à un homme bien élevé , soit législateur, juge , 
avocat, soit administrateur, officier, minisire d'un culte, ingé- 
nieur, commerçant, industriel, littérateur, etc., d'en ignorer les 
principaux résultats , et que, n'étant considérées que comme 
aliment de l'intelligence et du cœur, elles devraient occuper un 
très-haut rang daus l'éducation de la jeunesse. 

Nous accordons donc facilement à nos honorables confrères de 
Toulouse que le temps donné, dans nos programmes d'études, aux 
sciences naturelles, en particulier à l'Histoire naturelle, qui n'y 
figure qu'avec un contingent d'une heure par semaine dans une 
seule année, celle de seconde, n'est vraiment pas suffisant ; et 
considérant, en outre, que l'Histoire naturelle est justement lu 
branche la plus attrayante des sciences de la nature et propre à 
captiver, bien conduite, même des intelligences très jeunes, nous 



- 83 - 

pe sons qu'il y a lieu d'adhérer à la proposition toulousaine et de 
nous associer à la généreuse iuilinlive contenue dans ce docu- 
ment. 

Il ne faut cependant pas se dissimuler les difficultés que ren- 
contrerait ce projet de donner plus d'extension à l'étude de 
l'Histoire naturelle. 

D'un côté, on a relevé la surcharge des programmes actuels et 
la grande préoccupation du baccalauréat. 

Déjà écrasés du travail obligatoire, nos élèves trouveraient ils 
encore du temps pour d'autres' études, utiles et attrayantes sans 
doute, mais qui n'ont pas la sanction de l'examen ? ou faudrait-il 
diminuer encore la préparation littéraire, pour faire la part dési- 
rée, et dans les études et dans les examens, aux sciences natu- 
relles? Loin de nous la pensée de vouloir abaisser le niveau de 
l'éducation littéraire. 

C'est certes ce grand héritage intellectuel et moral que nous ont 
légué les Platon et les Cicëron, les Sophocle et les Virgile, qui 
doit toujours faire la base de notre éducation. Mais nous croyons 
qu'en simplifiant les méthodes, en sortant de certaines routines 
universitaires, on économiserait beaucoup de temps et même les 
études littéraires y gagneraient. Sans parler des ennuis de la 
grammaire et de la stérilité des dictées, permettez-moi de toucher 
un point qui m'a singulièrement frappé. 

Je trouve que l'on demande beaucoup trop de production «à nos 
élèves des classes supérieures, et cela sans qu'ils aient reçu assez 
de matière dans leur mémoire et leur esprit. Un discours, ou une 
narration et une pièce de vers par semaine, c'est accablant ! Et 
qu'est-ce que ces malheureux jeunes gens peuvent tirer d'eux- 
mêmes, si l'étude des textes et des auteurs classiques est négligée ? 
C'est là ce qui fait ces dissertaleurs dans le vide, ces imaginations 
surexcitées, ces faiseurs de romans et de vaudevilles, ces journa- 
listes sans vocation ni connaissances, dont on a si souvent à se 
plaindre. Ne vaudrait-il pas cent fois mieux leur faire lire dix 
pages île grec et de latin, avant de les forcer à en écrire une? Et 
puisque j'ai lâché le mot de grec, je tiens à déclarer que je suis 
partisan, autant que personne, île la conservation de cette belle 
langue, qui, avec de sages réformes, pourrait acquérir une nou- 
velle prospérité. 

Je ne veux pas faire des hellénistes de nos collégiens, mais le 



- 84 - 

grec doit être, dans notre système scolaire, l'étude contemplative 
du beau littéraire, comme renseignement du dessin ne formera 
pas des peintres, mais rendra apte à apprécier le beau en matière 
de peinture et de sculpture. Le mécanisme du langage grec est 
maintenant facile à saisir la lumière de la grammaire comparée : 
il prendra peu de temps. Tout le reste sera consacré à l'élude des 
textes d'Hérodote, d'Homère, de Sophocle, de Thucydide, de 
Démosthène, de Platon, dont on voit si peu à présent et dont il 
ne reste presque rien dans l'esprit. Ainsi, par quelques modifica- 
tions intérieures, ce premier et plus grand obstacle qui s'opposait 
au développement des sciences naturelles, disparaîtrait ; une 
meilleure distribution du temps et du travail des élèves, le perfec- 
tionnement des méthodes et Paffluence même des connaissances, 
sur la nature moralement et littéralement exploitées, concour- 
raient à fortifier encore l'enseignement littéraire et a le rendre 
plus substantiel. 

Une autre difficulté a été vue dans le personnel qui était chargé 
jusqu'ici de l'enseignement de l'Histoire naturelle. Cet enseigne- 
ment ne tenant que très-peu de place dans l'ensemble des pro- 
grammes, on ne se donnait pas la peine de chercher des hommes 
spéciaux pour y suffire ; il était imposé, par délégation, aux pro- 
fesseurs de physique ou de chimie, qui, avec la meilleure volonté, 
manquaient de temps pour le conduire d'une manière vraiment 
féconde. Or, quand il s'agit de faire adopter un plan d'extension, 
ii est de première nécessité de créer des chaires spéciales d'His- 
toire naturelle. Votre commission croit devoir insister sur cette 
condition : elle pense qu'à défaut do fonctionnaires de l'Université 
dans chaque ville où il y a un lycée, il se trouverait facilement un 
jeune médecin qui, ayant fréquenté les cours du Muséum de 
Paris, et cultivé par goût celte spécialité, serait à même de donner 
cet enseignement. 

Un troisième point qui mérite bien d'être envisagé, c'est l'état 
du matériel. Il est insuffisant partout, même clans les plus grands 
lycées. Mais on conçoit sans peine que sans la vue des objets, le 
meilleur enseignement d'Histoire naturelle resterait fatalement 
stérile. 11 est donc indispensable de porter ici ses efforts et de faire 
quelques sacrifices pécuniaires pour augmenter et compléter le 
matériel nécessaire. D'un grand avantage seraient surtout les col- 
lections locales ; on se souvient que feu le prince de Canino s'in- 



- 85 - 

téressait beaucoup à cette œuvre ; on pourrait prier le ministère de 
la reprendre et d'encourager de tous ses moyens les professeurs et 
les élèves a ramasser dans leurs excursions et à réunir dans l'en- 
ceinte du lycée tout ce que la contrée offre de curieux et de 
remarquable au point de vue de la zoologie, de la botanique et de 
la géologie. 

Voici donc les conclusions que votre commission a l'bonneu.r 
de vous soumettre : 

1° Répondre à nos honorables confrères de Toulouse que nous 
adhérons pleinement à la pensée qui a dicté leur pétition et que 
nous appuyons cette dernière de toute notre sympathie et de notre 
signature ; 

2° Les inviter ou autoriser, sans rien prescrire, à compléter 
leur Mémoire par quelques indications de détail sur les moyens et 
le mode d'exécution, qui imprimeraient à leur démarche, si solide 
en théorie, un caractère plus décisif et plus pratique. 

L'auteur communique le Mémoire suivant : 

Du véritable rôle des aliments dans la Nutrition , par M. J.< 
Gourdon. 

I 

On sait, sans que le fait ait besoin d'être démontré, que l'en- 
tretien des tissus vivants est sous la dépendance directe de l'ali- 
mentation; que sous l'influence de la privation de nourriture, les 
tissus s'atrophient, dépérissent, et que l'organisme entier ne tarde 
pas lui-même à succomber; que, si l'on peut constater des diffé- 
rences dans la résistance que les corps vivants opposent au dépé- 
rissement par une telle cause, une diète absolue n'a pas moins, 
dans tous les cas, un résultat fatal pour conclusion nécessaire. 

Mais il n'en est pas de même pour ce qui concerne le mode 
suivant lequel les matériaux étrangers à l'économie et qui y sont 
introduits par les surfaces digestive et respiratoire concourent à 
son entretien. A cet égard, la science laisse encore une large place 
aux conjectures et aux recherches, et si l'on peut constater la plu- 
part des effets produits, il n'est pas moins vrai que l'action intime 
constituant le phénomène même de la nutrition, échappe complè- 
tement à l'observation. 



— 86 — 

Tenant compte principalement du résultat par lequel clic se 
manifeste à nos sens, on s'accorde généralement à dcfhiii' la 
nutrition : l'assimilation, par un mécanisme inconnu, de matières 
nutritives avec désagrégation et rejet des particules remplacées -, 
les deux phénomènes marchant, dans l'état normal, parallèlement 
et avec une activité égale, <n prédominance seulement de l'assimi- 
lation dans la période d'accroissement. 

Les aliments, dès lors, en fournissant l'équivalent des produits 
rejetés, ont pour but d'entretenir cet équilibre fonctionnel, et la 
proportion plus ou moins grande des principes utilisés à cet effet 
qu'ils renferment, est ce qui constitue leur valeur nutritive. La 
détermination de cette valeur, appréciée seulement par le goût, le 
profil qu'en retire l'économie, est restée longtemps vague, sans 
base précise. Elle est devenue possible lorsque 1 ■ connaissance de 
la composition des tissus a permis de poser en principe que les 
aliments, pour servir à la nutrition, devaient renfermer les 
éléments de ces mêmes tissus. 

Ayant reconnu ainsi que l'organisme vivant renferme : ilcs 
principes protéiques ou azotés (albumine, fibrine, caséine), 
des principes hydro-carbonés (sucre, amidon, corps gras), des 
principes minéraux (eau, sels divers), on a dû naturellement con- 
clure à la nécessité de la présence de ces principes divers dans les 
aliments. C'est ce que l'expérience a confirmé en démontrant 
que les aliments, pour concourir à l'entretien de l'économie 
doivent renfermer, en nature, les éléments complexes plus haut 
énumérés des tissus vivants : l'absence, soit des uns, soit des 
autres, ayant des conséquences toujours graves, et qui ne vont 
rien moins qu'à compromettre la conservation môme de la vie. 

Inutile de rappeler, à ce propos, des expériences nombreuses 
mentionnées dans tous les traités de physiologie élémentaire, et 
desquelles il résulte, entre autres faits, que ces principes sont 
également nécessaires aux carnivores cl aux herbivores, qui les 
reçoivent, d'ailleurs, uniformément dans leurs aliments respectifs, 
bien qu'ils soient en apparence nourris d'une façon toute diffé- 
rente. 

Il 

On a cherché à assigner, à chacun des principes utiles à 
l'alimentation, des fonctions spéciales. Ainsi, considérant que, 



— 87 — 

parmi les corps azotés, les seuls aptes à remplir le rôle d'aliments 
offrent une composition identique à celle des tissus vivants, se 
retrouvent même en nature dans les fluides circulants : sang, 
chyle, lymphe, liquides servant de véhicules, à travers l'organisme, 
aux éléments de la vie, on en a conclu que ces corps sont directe- 
ment assimilés et servent, de la sorte, à reconstituer les tissus 
altérés par des déperditions incessantes. D'où le nom d'aliments 
■plastiques, sous lesquels ces principes sont aujourd'hui désignés, 
et qui pourrait, au même titre, être attribué aux substances miné- 
rales, non moins nécessaires à la nutrition et également assimilées. 

D'une autre part, tenant compte de l'exhalaison incessante d'eau 
et d'acide carbonique, et consécutive à l'action nutritive, qui 
s'effectue par les voies respiratoires, exhalaison qui, coïncidant 
avec la disparition, dans l'air inspiré, d'une proportion équi- 
valente d'oxygène, ne peut s'expliquer que par la combustion au 
sein de l'organisme, d'une certaine proportion de carbone et 
d'hydrogène, on a attribué naturellement aux substances alimen- 
taires qui contiennent ces éléments en proportion plus consi- 
dérable, un rôle plus spécial dans cette fonction ; d'où, le nom 
d'aliments respiratoires, par lesquels on les désigne commu- 
nément. 

Cette distinction, aujourd'hui admise et consacrée, fait presque 
loi en physiologie. Elle est la notion préliminaire de toute étude 
sur l'alimentation. Dans tous les livres, il est question de ces deux 
ordres d'aliments : les aliments plastiques, qui fournissent les 
principes azotés nécessaires à la reconstitution des tissus; les 
aliments respiratoires, qui approvisionnent l'économie du carbone 
et de l'hydrogène consommés par la respiration. 

S'il en est ainsi, il faut admettre, par voie de conséquence, que 
la nutrition est un phénomène double ou plutôt comprend deux 
effets parallèles et indépendants, s'associant dans un but commun, 
l'entretien des actions vitales, mais restant l'un et l'autre subor- 
donnés à la présence des agents spéciaux venus de l'extérieur qui 
les provoquent. Or, cette manière de voir ne répond point aux 
faits recueillis par l'observation. 

Ainsi, en premier lieu, il est diflicilede définir la signification de 
ces mots : « reconstitution des tissus par assimilation des aliments 
plastiques ; » de concevoir le caractère, le mode, l'utilité de cette 
prétendue assimilation. Admise comme une simple hypothèse 



— 88 — 

pour expliquer, avec une apparence de vraisemblance, le rôle 
inconnu des aliments azotés, elle ne repose en réalité sur aucun 
fait appréciable. Et l'on sait, d'un aulre coté, que, quel que soit 
le mode d'alimentation, les produits résidus de la nutrition, fournis 
par les reins, par le fuie, par l'appareil respiratoire, ne varient 
pas de nature et sont toujours, à de simples différences de pro- 
portions près : de l'urée, de la cholestérine, de l'acide carbonique, 
etc.: que, notamment, les animaux exclusivement nourris d'ali- 
ments, dits plastiques, continuent à respirer et à exhaler cet acide 
carbonique, tout comme s'ils ne consommaient que des aliments 
respiratoires. 

D'où il résulte que, la nutrition produisant dans tous les cas 
les mêmes effets, donnant lieu à la formation de résidus identi- 
ques, est une fonction unique, toujours semblable à elle-même, 
indépendante du régime alimentaire, et qu'il n'y a pas lieu, dès 
lors, de maintenir entre les aliments une distinction qui ne 
saurait pbysiologiquement, ni exister, ni se concevoir. 

La seule différence, avons-nous dit, que l'on puisse signaler en 
comparant les résultats divers de la nutrition, est dans la propor- 
tion des principes exhalés. Mais il importe maintenant défaire 
remarquer que cette différence, qui ne se manifeste guère d'une 
manière sensible que sur les produits de la fonction respiratoire, 
est subordonnée, non au mode d'alimentation, mais à l'activité 
vitale du sujet, et qu'elle se caractérise essentiellement par une 
augmentation de la quantité d'acide carbonique exhalé, autrement 
dit, de carbone brûlé dans toutes les circonstances où l'activité 
fonctionnelle est surexcitée. 

Ainsi, le travail accroît sensiblement cette proportion. Lassaigne 
a trouvé, par exemple, qu'un cheval qui exhalait au repos 341 gr. 
d'acide carbonique par heure, en exhalait, après une demi-heure 
d'exercice, 700 grammes.D'autrcs expériences ont confirmé le fait 
et montré, en résumé, que le cheval qui, au repos, exhale en 
moyenne, sous forme d'acide carbonique, 100 grammes de car- 
bone par heure, peut en exhaler le double pendant le travail. 

Cette proportion varie encore avec l'âge, la puissance vitale. 
D'après MM. Andral et Gavarret, un enfant de huit ans, de consti- 
tution saine, consomme par heure 6 grammes de charbon : à quinze 
ans, il en consomme 8,7 gr.; à seize ans et demi, 10 gr.; à vingt- 
huit ans, 12 gr. De quarante-cinq à cinquante ans, ce chiffre 



- 89 — 

commence à diminuer-, ii descend, vers làge de soixante ans, à 
10 gr., et vers soixante-dix ans, à 9 gr. M. Bouchardat cite un 
vieillard de cent deux ans, de haute taille, jouissant de toutes 
ses facultés, se promenant seul et sans appui, d'ailleurs bien 
nourri, et qui ne consommait plus que 5 grammes. 

Ces différences montrent une corrélation directe entre l'activité 
musculaire et la consommation du carbone par l'économie îl y a 
ainsi équivalence entre la force engendrée, le travail effectué et la 
quantité de combustible employée. Sous ce rapport, les corps vivants 
offrent avec les machines une remarquable analogie quant à la 
source de la force mécanique produite , liée directement, chez les 
uns comme chez les autres, à une combustion de carbone. 

111 

Un autre fait, consécutif à la nutrition et d'une importance toute 
spéciale dans la question , c'est le maintien dans les corps vivants 
d'une température constante, persistant dans tous les âges de la 
vie, et constituant ce que l'on a nommé la chaleur animale. Cette 
température pour l'homme est de 38° environ, avec un écart de 
1 degré en plus dans les circonstances ordinaires de la vie, et ne 
se modifiant point par les variations extérieures de la température. 

La source de cette chaleur est indiquée par la nature des pro- 
duits qui s'exhalent incessamment de l'économie ; elle est évidem- 
ment le résultat de la combustion de l'hydrogène et du carbone 
rendus sous forme d'eau et d'acide carbonique, combustion s'opé- 
rant dans toute l'épaisseur des tissus, de façon à distribuer la cha- 
leur produite dans la totalité de l'organisme. Cette chaleur se 
trouve, par suite, directement subordonnée à la production de 
l'acide carbonique et de l'eau et doit consequemmeul augmenter 
et diminuer en môme temps que la proportion exhalée de chacun 
de ces deux composés. 

C'est ainsi que l'excès de travail entraîne toujours une plus forte 
production de chaleur au sein de l'économie ; que ce surplus de 
travail devient même nécessaire, quand la température extérieure 
s'abaisse, pour conserver au corps exposé à se refroidir sa chaleur 
normale, tandis que, lorsque la température s'élève, le calorique 
pourrait se trouver en excès au sein de l'économie si la chaleur 
dépensée par l'évaporation constante du produit de la transpiration 



— 90 ~ 

ne maintenait la température du corps à son degré normal. C'est 
ainsi encore que la proportion de carbone consommé est plus grande 
chez les animaux de petite taille, qui doivent produire plus de 
chaleur pour résister aux causes de refroidissements plus actives 
chez eux, la surface de rayonnement étant plus grande par rapport 
à la masse du corps 

D'où il résulte que la relation existante entre la force méca- 
nique produite par le corps et la proportion de carbone consommé 
au sein de l'économie, peut s'exprimer encore en substituant, à ce 
dernier terme du rapport, la somme de chaleur produite. On 
trouve de la sorte une corrélation exacte entre la force produite et 
la chaleur dégagée, ce qui est parfaitement conforme aux lois ac- 
tuelles de la mécanique et de la physique touchant les relations de 
la force et de la chaleur dans les corps non organisés. 

Cette chaleur constante du corps des animaux est-elle la cause 
de l'entretien de la vie, une de se* conditions essentielles, ou bien 
n'est-elle qu'un effet secondaire, un simple résultat de l'accomplis- 
sement des phénomènes vitaux? C'est ce qu'on ne saurait affirmer 
d'une manière absolue, bien que l'on puisse considérer les deux 
hypothèses comme également admissibles, car si d'une part la pro- 
duction plus considérable de la chaleur est manifeste quand l'acti- 
vité vitale s'accroît, quand les muscles multiplient leurs contrac- 
tions; d'autre part, il est démontré par les troubles qui se déclarent 
au sein de l'économie quand sa température est modifiée par des 
causes internes ou externes, que le maintien de la température nor- 
male est indispensable à la conservation de la vie. La chaleur ani- 
male serait donc à la fois cause et effet des phénomènes vitaux : ce 
qui tendrait à démontrer la relation la plus intime et la plus directe 
entre les fonctions nutritives et vitales et la production de la cha- 
leur, et autoriserait à considérer cette production comme le phéno- 
mène essentiel de la vie, celui dont l'activité mesurerait avec le 
plus d'exactitude l'intensité' de la puissance vitale en exercice. 

IV 

Cette déduction, qui découle d'elle-même de l'observation seule 
des laits, autorise à penser, que les corps élémentaires les plus 
propres à la production de la chaleur animale doivent être en 
même temps les plus utiles à l'alimentation ;• que les aliments 



- 91 - 

enfin possèdent une valeur nutritive d'autant plus grande qu'ils se 
prêtent d'une manière plus complète aux besoins de la calorifi- 
cation. 

Celle conclusion admise, on se trouve naturellement conduit à 
placer au premier rang, parmi les substances nutritives, celles qui 
renferment la plus forte proportion de carbone ol d'hydrogène; tels 
sont les corps gras, ayant pour formule générale G 68 H 66 5 , c'est à 
dire eo;. tenant en poids , sur 100 parties : 85 de carbone, 7 d'hy- 
drogène et 8 d'oxygène, tandis que les amylacés, C l2 ,H 12 ,0 22 , ne 
renferment que 42 de carbone, 7 d'hydrogène et 51 d'oxygène, et 
(juelesa!humiuoïdes,G /l5 ,H 34 ,Az 6 ,A 4 , contiennent : 53 de carbone, 
7 d'hydrogène, 24 d'oxygène, plus 1(> d'azote 

Cette doctrine a él4, en effet, soutenue notamment par M. Ma - 
i^ne, directeur et professeur a i'école d'Alfort, qui en a fait l'objet 
de travaux nombreux présentés à la Société centrale d'agricul- 
ture, à l'Académie de médecine, publiés dans des livres et jour- 
naux divers. \L\, nous-même, nous avons cru pouvoir d'abord 
nous associer à cette nouvelle manière d'envisager la loi de l'ali- 
mentation, car elle nous paraissait théoriquement donner la for- 
mule la plus exacte des besoins réels de l'économie, et, dans tous 
les cas, offrait l'avantage de fixer l'attention sur le earai 1ère 
encore si obscur de la nutrition et le rôle véritable des aliments. 

Mais cette théorie, prise dans un sens exclusif, soulève une 
objection grave. Elle ne tient nul compte d'un fait démontré par 
une expérience journalière, la puissance nutritive des aliments 
azotés, lesquels se trouvent réduits à un rôle négatif ou secondaire, 
si l'on fait des corps gras ou hydro-carbonés les agents essentiels 
de la nutrition : conséquence pratiquement admissible. 

D'un autre côté, l'on a vu que la doctrine généralement admise 
touchant le rôle des albumiuoïdes, considérés comme destinés à 
s'assimiler avec les tissus vivants, n'est pas beaucoup plus satis- 
faisante. 

En fait, ou ne peut fournir les preuves d'aucune assimilation 
directe des agents de l'alimentation avec les tissus vivants. On ne 
constate, par la simple comparaison des principes introduits dans 
l'économie et des produits exhalés, qu'une série de mutations, de 
transformations, dans lesquelles interviennent simultanément et 
dans des conditions en apparence identiques, les corps azotés aussi 
bien que les amylacés et les corps gras. 



— 92 — 

Cela étant, comment s'expliquer la part effective prise par les 
albuminoïdes dans là nutrition? De la manière la plus simple, ce 
nous semble, en tenant compte, plus qu'on ne l'a fait, des sources 
réelles de la chaleur animale, que l'on s'est borné jusqu'à ce jour 
à considérer comme le produit unique" de la combustion des élé- 
ments simples des principes organiques, el à calculer seulement, 
d'après la quantité d'eau et d'acide carbonique exhalés par là peau 
et l'appareil respiratoire. 

Un tel calcul ne rend point compte effectivement de la véritable 
quantité de chaleur dégagée au sein de l'économie par les réac- 
tions chimiques qui s'y accomplissent sans discontinuité. 

Déjà Dulong et Despretz, dans leurs expériences sur la chaleur 
animale, avaient constaté que la chaleur cédée au calorimètre par 
les animaux excède d'un dixième environ celle produite par la 
combustion directe du carbone et de l'hydrogène consumés. El 
encore l'observation faite sur des petits animaux au repos permet 
de penser que la différence serait beaucoup plus grande si l'on 
pouvait estimer de la môme façon la chaleur dégagée par des ani- 
maux soumis au travail. 

V 

Mais l'on doit à un chimiste distingué de notre époque, M. Ber- 
lhelot, des données plus précises et qui nous .paraissent devoir 
fournir au problème les éléments d'une solution bien près d'être 
absolument satisfaisante. Les recherches de M. Berlhelot datent 
déjà de plusieurs années (Ann. de chimie et de physique, 1865), 
et l'on a lieu d'être surpris que les physiologistes ne les aient 
point encore utilisées pour l'éluciilalion de la question qui nous 
occupe. 

Comme le fait d'abord remarquer M. Berlhelot, les animaux, 
pour produire la chaleur, ne brûlent pas du carbone et de l'hy- 
drogène libres. Ils absorbent de l'oxygène, ils consomment des 
aliments, et, d'autre part, ils rejettent au dehors de l'acide carbo- 
nique, de l'eau et divers produits excrémentiels. Or, ce ne sont-là 
que les termes extrêmes de toute une série de métamorphoses 
chimiques correspondant à des effets calorifiques ; la relation avec 
ces derniers, pour être établie d'une manière précise, exigerait 
donc la connaissance détaillée des réactions qui se succèdent dans 
le corps des animaux ; et c'est ce que l'on avait négligé de faire 



— 93 — 

jusqu'alors, en se bornant à traiter le problème comme s'il s'agis- 
sait d'une simple oxydation des éléments mêmes des principes 
organiques. 

M. Bertbelot, abordant ce côté du problème, a calculé que les 
oxydations ou fixations d'oxygène fournissent des quantités de 
chaleur très- inégales suivant les conditions où elles s'opèrent (4). 
Ainsi : 

Dans l'oxydation complète par l'oxygène libre d'un corps orga- 
nique jusqu'à son entière transformation en eau et en acide carbo- 
nique, la quantité de chaleur est toujours plus considérable que 
celle produite par la combustion seule du carbone brûlé, la 
différence, pour une même quantité d'oxygène, pouvant aller jus- 
qu'au double. 

Dans l'oxydation d'un même composé formant des dérivés con- 
tenant une égale proportion de carbone, la chaleur produite est 
proportionnelle à l'oxygène fixé. 

Dans l'oxydation incomplète des corps homologues plus con- 
densés, c'est-à-dire à équivalent plus élevé, la chaleur dégagée 
pour une même quantité d'oxygène fixée, sans perte de carbone, 
est d'autant plus considérable que l'équivalent est plus élevé. 

M. Berthelol a constaté, en outre, en considérant la production 
d'acide carbonique : 

Que la production par oxydation d'une même quantité de ce gaz 



(1) La méthode employée par M. Bertbelot pour déterminer les quantités 
de chaleur dégagées par les réactions chimiques et qui ne peuvent être mesurées 
directement, consiste à les calculer d'après la température de combustion, autre- 
ment dit la température que prendrait un mélange gazeux, résultat d'une 
réaction, si toute la chaleur dégagée était employée à chauffer le gaz formé. 

Dans les circonstances ordinaires, ie calorimètre donnant les chaleurs déga- 
gées, on calcule les températures de combustion à l'aide des chaleurs spécifiques 
des gaz et des vapeurs dans l'état actuel. Tour plus de précision et pour 
pouvoir comparer entr'eux les différents corps, M. Berthelot se sert pour 
ce calcul des chaleurs spécifiques des corps rapportés à l'état-limite de gaz 
parfait, en la combinant avec la chaleur atomique de combinaison, c'est-à-dire 
la chaleur dégagée par les affinités seules, ou les actions entre molécules hété- 
rogènes supposées également dans la condition identique des corps rapportés à 
l'état-limite de gaz parfaits. 

La température de combustion obtenue pour chacun des corps qui se com- 
binent, on calcule la chaleur dégagé? en multipliant le nombre de calories que 
représente celte température par le chiffre des équivalents existant dans chaque 
combinaison, et cela pour chacune des transformations qui s'opèrent. 



— 94 — 

dégage dos quantités de chaleur Irés-variahles, pouvant aller do 1 
à 3, et qui sont alors en rapport avec la proportion d'oxygène 
Consommé et qui varie suivant que l'on s'adresse à un corps déjà 
oxydé ou à un corps exempt d'oxygène ; 

Que lorsque l'acide carbonique produit est égal en volume à 
l'oxygène absorbé — casse rapprochant des conditions ordinaires 
de la respiration animale, — le carbone libre est le corps dont la 
combustion dégage le moins de chaleur. Les hydrates de carbone 
en produisent toujours davantage, c'est le cas notamment du glvcose, 
ivpe des sucres et corps similaires, qui en dégage un tiers en plus ; 
et certains corps azotés en fournissent une quantité plus considé- 
rable encore. 

Ces différences s'expliquent en partie par la combustion de 
l'hydrogène existant dans les composés organiques, et qui, en 
se transformant en eau, dégage aussi une certaine somme de calo- 
rique qu'on ne peut négliger. 

Il faut tenir compte également des oxydations incomplètes qui 
se produisent parfois de manière à donner un maximum de cha- 
leur. Ainsi, une quantité d'oxygène «, agissant simultanément sur 
un corps gras et un hydro -carbure tel que du glycose, se rencon- 
trant dans l'économie, — peut, en changeant le premier en acide 
margarique et en provoquant la fermentation alcoolique du second, 
dégager une quantité n de chaleur ; tandis que, si l'oxydation du 
corps gras est plus complète, arrive jusqu'à sa transformation 
totale en acide carbonique, et que le glycose reste sans altéra- 
tion, la réaction ne dégage que la moitié de la quantité n de 
chaleur, bien qu'il y ait la même proportion d'oxygène fixé. Le 
résultat serait évidemment inverse, si le corps gras n'était point 
brûlé et si l'oxygène était employé en totalité à entretenir la 
fermentation de la matière sucrée. 

Ces productions de chaleur si inégales peuvent expliquer les 
différences, quant à la chaleur produite et au travail effectué, que 
l'on observe parfois chez des animaux qui absorbent la même quan- 
tité d'oxygène, exhalant la môme quantité d'acide carbonique, 
mais consommant des aliments différents ; — comment, avec une 
même quantité d'oxygène absorbé et un même système d'aliments, 
la chaleur produite, mesurant le travail accompli, peut varier du 
simple au double. 

On doit enfin considérer les phénomènes d'hydratation et de 



- 95 - 

déshydratation, qui donnent do la chaleur parfois sans absorption 
d'oxygène ni production d'acide carbonique : l'eau, dans ce cas, 
pouvant se former aux dépens d'éléments préexistants, sans inter- 
vention de l'oxygène libre. Ce mode d'bydratation est possible avec 
toutes les substances alimentaires : corps gras, corps hydro-car- 
bonés, albuminoïdes, et par conséquent fait entrer de nouveaux 
éléments qui ne peuvent pas être négligés dans la solution du 
problème. 

En résumé, ces faits démontrent qu'il existe de grandes diffé- 
rences dans la puissance calorifique des aliments, et que cette 
puissance n'est point en conformité avec celle que les calculs ordi- 
naires lui attribuent. Ainsi, en tenant compte seulement de l'oxy- 
gène consommé, et en le considérant comme employé, en totalité, 
à brûler du carbone et de l'hydrogène, ce poids du carbone con- 
sommé étant fourni par celui de l'acide carbonique exhalé, et le 
poids de l'hydrogène étant calculé d'après celui de l'oxygène en 
excès non employé à la production de l'acidecarbonique, on trouve: 

1° Que les acides et corps gras, en général, dégagent un peu 
moins de chaleur que celle répondant à la combustion de leurs 
éléments libres, c'est-à-dire à l'oxygène consommé et à l'acide 
carbonique produit; la différence est seulement de 2 ou 3 cen- 
tièmes ; 

2° Que les corps plus oxygénés, les acides acétique, oxalique, 
par exemple, en donnent davantage -, 

3° Que l'excès est plus considérable avec le sucre ou glycose, la 
quantité dépassant alors de plus d'un quart la chaleur répondant à 
ia même proportion d'acide carbonique dégagée ; 

4° Enfin que cet excès existe encore avec les corps peu hydro- 
génés, ainsi qu'avec le cyanogène et l'acide cyanhydrique, les seuls 
corps azotés pour lesquels on possède des données convenables. 

Cette dernière observation est des plus importantes si l'on con- 
sidère qu'elle peut parfaitement s'appliquer aux albuminoïdes, qui 
précisément sont caractérisés par un grand excès de carbone sur 
l'hydrogène et par la présence de l'azote. Elle permet d'entrevoir 
l'utilité spéciale , dans l'alimentation , des principes azotés; donc 
l'avantage serait de fournir, par la combustion de leur carbone, 
une quantité de chaleur plus considérable que celle dégagée par 
les hydro-carbures simples et surtout par les corps gras. 

De ces faits, maintenant il est facile de tirer quelques conclu- 



— 90 — 

sions. générales. Ainsi, la production do In chaleur étant l'objet 
essentiel, le but final de la nutrition, et par suite, Sa valeur 
nutritive des aliments étant proportionnelle «à la part respective 
que ceux-ci prennent, à la calorilication, il y a lieu d'admettre : 

1° Qik; tous les aliments, corps gras, amylacés et albuminoïdes, 
jouent dans l'économie un rôle identique; qu'il n'y a pas lieu, 
conséquemment, de maintenir la distinction établie entre les ali- 
ments? plastiques et les aliments respiratoires, attendu que tous 
constituent, au même litre, des aliments respiratoires; 

2" Qu'il n'existe, filtre les uns et les' autres, d'autre différence 
qui; celle tenant à la plus ou moins forte proportion de chaleur 
qu'ils peuvent dégager par la combustion de leurs éléments; 

3« Enfin que la puissance nutritive, plus grande a poids égal, 
des aliments azotés, s'explique uniquement par la quantité plus 
considérable de chaleur qu'ils dégagent et la plus grande somme 
de force qu'ils produisent pour une môme proportion d'oxygène 
iixé et de carbone exhalé. 

A la suite de cette lecture, une discussion s'engage entre 
MM. Lacaze, Filhol et Gourdon. 

M. Edmond Bonnal informe la Société qu'il a cru devoir pren- 
dre l'initiative d'une pétition au Conseil municipal pour demander 
que le buste du célèbre chirurgien Delpech soit placé dans la 
Salle des Illustres au Capitole de Toulouse. Après avoir indiqué 
les raisons d'opportunité, il légitime, en quelque sorte, sa requête, 
en faisant la lecture de l'éloge de Delpech, pour lequel il lui a élé 
donné de consulter les papiers et les souvenirs de la famille. 

Cette lecture donne lieu à une discussion, de laquelle il résulte 
(fue la Société, qui a entendu avec satisfaction cette Notice par 
M. Ed. Bonnal, ne peut prendre l'initiative des démarches que 
propose ce membre ; Delpech appartenait à la Société de Médecine 
de Toulouse ; c'est à elle qu'incombent le droit et le devoir de 
rendre hommage au grand chirurgien. 



Séance «lu 4 juillet 1S70. 

Présidence de M. le D r Guitard, président. 

La Société reçoit : 

Journal d'agriculture pratiqua, juin '1870. 

Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'Homme, 
avril 1870. 

La Minerve de Toulouse, juin 4870. 

Les adhésions suivantes : 

Société Algérienne de Climatologie, de Sciences physiques et 
naturelles. 

Rapport de MM. Bonne, Darru, Faure et Agnely, rapporteur. 

L'ensemble des faits signalés au sein de notre commission, sur 
l'insuffisance des moyens fournis et du temps consacré à l'étude de 
ces sciences naturelles, a provoqué parmi nous l'unanimité sur 
Yutilité, sur la nécessité, sur l'opportunité de la démarche projetée 
par la Société d'Histoire naturelle de Toulouse. 

Vos commissaires vous proposent donc, Messieurs, 

4° De remercier de sa communication la Société d'Histoire natu- 
relle de Toulouse-, 2° de lui adresser nos félicitations sur son heu- 
reuse et intelligente initiative; 3° de lui exprimer dans les termes 
les plus chaleureux d'estime et de confraternité intellectuelle, 
l'adhésion qu'elle nous a fait l'honneur de nous demander; 4° de 
lui envoyer enfin, comme élément d'instruction à l'enquête qu'elle 
ouvre sur l'enseignement des sciences naturelles, les indications 
réunies par vos commissaires sur l'état et sur les conditions de 
l'étude des sciences naturelles en Algérie. 

Cette dernière partie du travail de la commission ne ressort pas 
essentiellement des termes du mandat qui nous a été donné \ nous 
espérons, pourtant, vous voir accueillir favorablement des indica- 
tions qui vous démontreront l'utilité et la nécessité, pour l'Algérie 
elle-même, d'appeler Inattention de nos gouvernants et celle du 
public, sur l'intéressante question de l'élude des sciences natu- 
relles, au sein de nos jeunes générations. 

7 



- 98 - 

Etat et conditions de l'élude des sciences naturelles en Algérie, considérées 
successivement dans les trois degrés d'instruction : — primaire, — secondaire, 
— supérieure. 

Enseignement primaire. 

Dans la pétition de la Société toulousaine, il est dit : 

« Une large part est faite à l'Histoire naturelle dans l'Instruction 
» primaire. » 

Il en est ainsi, sans doute, en France, l'un d'entre nous ayant 
fait connaître que sous le ministère de Monsieur Duruy, un pro- 
gramme a été rédigé pour cette étude dans les écoles primaires, et 
en outre, que toute une petite bibliothèque, pour enfants, avait 
développé et appliqué en quelque sorte, les éléments de ce pro- 
gramme, en vue de le rendre assimilable aux plus jeunes intelli- 
gences. 

D'après les renseignements que j'ai pris en personne et directe- 
ment aux meilleures sources, il n'en est point encore ainsi en 
Algérie ; l'on m'en a donné cette raison : 

Las instituteurs ne sont pas encore initiés à cette étude, on 
commence à la leur apprendre dans l'école normale primaire, 
et les prochaines générations de maîtres comprendront l'Histoire 
naturelle dans leur enseignement. 

M. Darru, chargé de l'enseignement agricole dans cette école 
normale, nous a dit que l'Histoire naturelle s'y trouvait en- 
seignée en effet, et même d'après les programmes officiels de 
4852, pour le baccalauréat ès-sciences sauf, toutefois, la Géologie 
et la Chimie organique, dont les collections, dont l'enseignement, 
n'y figurent encore qu'à l'état embryonnaire. 

Celte restriction ne semble pas heureuse, la Géologie étant la 
base essentielle de l'Histoire naturelle, étudiée sous le rapport agri- 
cole, et la Chimie organique en étant, en quelque sorte, le cou- 
ronnement, au point de vue pratique pour l'industriel et pour 
l'agriculteur. 

C'est dès le jeune-âge qu'il importe d'ouvrir l'intelligence et le 
cœur de l'homme à la connaissance des êtres au milieu et aux dépens 
desquels il vit ; c'est dans cette voie qu'il conviendrait de diriger 
l'attention et l'esprit de recherches des jeunes générations indigènes 
pour développer en elles la pitié pour tout ce qui a vie, l'attachement 
à tout ce qui concourt à notre bien-être moral et matériel. 



- 99 - 

N'est-ce pas là le meilleur moyen de propager les sentiments qui 
ont inspiré la création des sociétés protectrices des animaux? 

D'ailleurs, cette étude presque toute matérielle, et tangible à 
l'aide d'une collection des corps et des êtres types, qui font passer 
sous les yeux des élèves l'intéressant tableau de la Flore et de la 
Faune terrestre, cette étude est réalisable, môme par des collec- 
tions de dessins qui parlent aux yeux -, elle est donc éminemment 
propice à l'instruction de l'enfance, à l'instruction de tous ceux 
retenus encore dans les langes de l'ignorance. 

Nous devons conclure de ces considérations, que l'on ne saurait 
trop se hâter de développer, par les attraits de cette étude, les sen- 
timents de curiosité, l'habitude de l'observation, l'esprit de recher- 
che, innés chez l'homme, et qui ne peuvent être mieux développés 
que par la lecture des faits utiles, des anecdotes attrayantes, qui 
doivent fourmiller dans la bibliothèque d'Histoire naturelle, créée 
à cet effet, sous l'inspiration de M. Duruy, dans l'intérêt de l'en- 
seignement primaire. 

Enseignement secondaire. 

L'Enseignement secondaire se trouve aujourd'hui divisé en deux 
grandes branches distinctes : 

Celle du Cours professionnel ; 

Celle du Cours classique. 

Dans la branche du Cours professionnel, l'étude de l'Histoire 
naturelle est largement dotée de programmes et de temps ; en effet, 
elle est enseignée d'après des programmes 1res- développés, très- 
bien faits et dans lesquels les matières se trouvent réparties avec 
intelligence entre les cinq années d'études que comporte ce Cours. 

Ainsi, durant l'année préparatoire, l'on donne des notions pré- 
liminaires sur la Zoologie, la Géologie et la Botanique. 

Durant les trois années subséquentes, ces sciences sont étudiées 
théoriquement en trois parties bien- distinctes et complètes pour 
chacune des trois années; durant la cinquième année doivent être 
| données les applications de ces sciences à l'agriculture, à l'indus- 
trie, à l'hygiène. 

Un temps suffisant est accordé à cette étude, à laquelle sont attri- 
buées deux classes par semaine, durant tout le cours des cinq 
années du Cours professionnel. 

Voilà l'intention nettement accusée et bien réglementée, d'un 



- 400 - 

sérieux enseignement des sciences naturelles ; mais, en réalité, les 
professeurs, et conséquemment les élèves, attachent-ils à ces étu- 
des, l'importance que l'étendue des programmes leur attribue? 

En un mot, cet enseignement est-il donné et peut-il l'être, com- 
me on devrait le supposer d'après ce qui précède ?... 

A cette question nous répondrons par ce fait, l'on pourrait dire 
brutal : « Que le matériel nécessaire à cet enseignement fait géné- 
ralement défaut !... » 

Au lycée d'Alger, notamment, les vitrines existent, mais abso- 
lument vides; les planches murales, les collections de dessins, qui 
pourraient suppléer les objets eux-mêmes, qu'ils sont destinés à 
compléter, pour la démonstration ; ces instruments auxiliaires, si 
faciles à se procurer, font eux-mêmes défaut!!! 

S'il en est ainsi dans les lycées de France, nous devons en con- 
clure que l'amour de l'Université pour les sciences naturelles est 
encore tout platonique. 

C'est que les paroles de Napoléon I er : « L'enseignement des 
collèges a essentiellement pour objet le latin et les mathématiques, » 
pèsent encore de tout leur poids sur cette institution universitaire; 
même, alors que reconnaissant le tort et le danger de telle restric- 
tion, elle cherche à s'épanouir dans le sens des idées de la Société 
moderne, qui commandent des études plus utilitaires que spécu- 
latives. 

Dans la branche du Cours classique, l'étude des sciences natu- 
relles a été, depuis mil huit cent soixante-cinq, réduite à sa plus 
simple expression. Ce Cours est divisé en deux branches secon- 
daires : celle des lettres , celle des sciences. 

Dans chacune de ces deux branches, renseignement des sciences 
naturelles n'est donné que pendant le deuxième semestre d'une 
seule année, à une leçon par semaine; et comme c'est durant 
le semestre d'été qu'a lieu ce cours, semestre en partie absorbé 
par les compositions générales, par la préparation aux examens, 
l'enseignement de l'histoire naturelle se réduit généralement à 
15 leçons; ces sciences, d'ailleurs, n'étant plus comprises dans 
les matières exigées aux deux baccalauréats complets , sont 
négligées par les élèves et vraisemblablement aussi par les profes- 
seurs, on le comprendra fort bien ! 

Puisque l'étude des sciences naturelles qui, dans le programme 
de 4852, figurait encore dans les classes de rhétorique et de 



- 101 - 

philosophie, a été ramenée à la classe de seconde, sous le prétexte 
« d'alléger les hautes classes et de faciliter la préparation aux 
» baccalauréats. » 

N'était-ce point, effectivement, encourager les professeurs à ne 
point trop se préoccuper d'une étude, en quelque sorte facultative? 

N'était-ce point raffraîchir, aux yeux de tous, la malheureuse 
qualification d'accessoires , attribuée aux sciences naturelles , 
sous le premier empire?... 

Pour qui connaît l'influence des mots parmi nous, Français, 
rien de surprenant de voir la part dérisoire faite par des hommes 
graves, à ces sciences dites accessoires, dans les études de la section 
la plus intelligente de notre jeunesse française, alors que, tout au 
contraire, les nations rivales, les plus affairées, les plus avares du 
temps, nous dit la pétition toulousaine, font de ces mêmes sciences, 
qui sont bien les plus positives et les plus attrayantes, la base 
essentielle de l'instruction publique. 

C'est cet état de choses que les auteurs de la pétition, dans un 
élan généreux de dévouement à la science et à l'avenir de notre 
patrie française, ont signalé en ces termes : 

« Les sciences naturelles ont merveilleusement grandi, leur 
» enseignement s'impose de plus en plus à l'attention des nations 
» modernes, et pourtant, chose étrange, c'est alors, qu'en France, 
» la part faite à ces sciences dans les programmes des baccalau- 
» réals complets a été sans cesse restreinte et enfin effacée ! » 

N'est-ce point, en effet, avoir annihilé cet enseignement, que 
de réduire en principe, à vingt-quatre leçons, et en réalité, à 
quinze seulement, l'étude des sciences naturelles, 

! Géo-Minéralogie. 
Botanique. 
v Anthropo-Zoologie. 

« Nous ne demandons pas, ajoutent nos collègues de Toulouse, 

» que l'on fasse de tous les élèves des naturalistes, nous souhai- 

» tons seulement que, par un enseignement un peu étendu, le 

» goût puisse être inspiré, et la voie tracée pour des études appro- 

» fondies et librement entreprises, aussi bien dans l'intérêt géné- 

» rai, que dans celui de l'individu, à leur sortie des écoles, par 

» ceux que la nature aura dotés d'une aptitude spéciale, d'une 

» vocation sérieuse, pour la recherche des secrets de la nature, 



- 402 — 

» secrets dont l'intelligence humaine parvient aujourd'hui à tirer 
» de si utiles applications. » 

La Paléontologie a étendu en profondeur, autant qu'il l'était 
déjà en superficie, le champ de cette étude -, elle a joint à l'inter- 
prétation des secrets ou mystères du présent, les secrets ou 
mystères du passé cachés dans les profondeurs de notre globe. 

Et c'est alors que l'étude des sciences naturelles, pénétrant au 
loin dans les profondeurs de l'écorce terrestre, fouillant les replis 
les plus cachés, pour y découvrir des preuves matérielles de la 
succession des phénomènes organiques, qui nous donnent l'his- 
toire scientifique de la Création; c'est alors qu'il est besoin des 
intelligences les plus affinées et les mieux dotées, pour vérifier la 
théorie de l'évolution graduelle des organismes animaux, créée 
par Darwin ; c'est alors que l'on soustrait en France, celte étude 
aux générations qui suivent les cours classiques!... 

Dans cette catégorie d'élèves se groupent les intelligences les 
plus ouvertes, les mieux cultivées : là se recrutent les écoles gou- 
vernementales, et tous les engrenages du mécanisme administratif, 
tant civil que militaire, pour ce haut et puissant fonctionnarisme, 
qui représente la France au-dehors et au-dedans; là, sont nos 
sujets d'élite, et on les détourne de l'étude des sciences naturelles, 
alors que les esprits les plus éminents proclament l'union de 
l'histoire naturelle avec l'histoire humaine, avec l'histoire univer- 
selle !... Alors que nous lisons dans l'œuvre d'Edgard Quinct, 
La Création : 

« La mission de l'homme est de comprendre la loi des choses 
» autour de lui, afin de s'en faire des instruments, et d'étendre 
» avec leur concours, les limites de son pouvoir avec les limites 
» de sa vie. » Voilà où en est, depuis mil huit cent soixante-cinq, 
l'élude des sciences naturelles, dans les lycées français ! Voilà 
donc où elle en est officiellement dans le lycée d'Alger avec l'ag- 
gravation du manque absolu déjà signalé des moyens matériels de 
démonstration!... 

Ces moyens de démonstration sont l'âme, l'attrait et la facilité 
de l'enseignement des sciences naturelles. Si le dénuement des 
lycées en France est comparable, sous ce rapport, au dénuement 
qui existe dans celui d'Alger, ne devons-nous pas induire de ce 
témoignage matériel, que l'esprit routinier domine encore dans 
l'enseignement universitaire? que les ministres de Napoléon 111 



— 103 — 

s'inspirent encore des paroles de Napoléon I er , que nous avons 
déjà relatées?... 

Contre cet esprit routinier semble avoir voulu pourtant réagir 
M. le ministre Duruy. 

Mais comment s'expliquer, qu'un administrateur aussi actif que 
dévoué aux idées modernes, après avoir fait si large part aux 
sciences naturelles, dans le cours professionnel destiné à fournir 
la société d'agents en sous-ordres, se soit appliqué à rétrécir le 
cadre de ce même enseignement, dans le cours classique d'où 
sortent façonnés par des études d'un ordre supérieur les hommes 
qui, sous les titres d'ingénieurs, de magistrats, d'officiers de 
marine et des autres corps spéciaux de l'armée; d'où sortent, en 
un mot, presque tous ceux que leur intelligence ou leur fortune 
mettent au premier rang sur la scène du monde, comme les plus 
aptes à éclairer, à guider leurs semblables, à élever, à pousser en 
avant l'espèce humaine. 

Quoi qu'il en soit des motifs ou des causes de cette sorte de 
contre-sens, en vue du progrès dans l'enseignement des sciences 
naturelles, constatons-le comme un fait malheureux pour l'avenir 
de la société française et pour l'intérêt de cette étude de la nature, 
qui ouvre à l'intelligence humaine des horizons nouveaux si 
étendus et si féconds sur la solution des difficiles problèmes de la 
création du globe sur les origines et sur les destinées de l'homme, 
alors qu'une si haute portée est attribuée à la philosophie naturelle, 
dans sa tendance générale à donner de nos jours aux spéculations 
de l'ordre le plus élevé, l'observation de la nature pour contrôle et 
pour appui !... 

Quel inconvénient y aurait-il donc à tenir en éveil sur ces 
sciences de la nature, nos jeunes intelligences, durant toute la 
série des années qu'on les maintient sur l'aride étude des gram- 
maires de tous genres? 

Quel avantage, au contraire, n'y aurait-il pas à varier celle 
étude de mois, par l'étude attrayante des choses et des êtres animés 
dans les classes primaires, élémentaires et de grammaire, de ma- 
nière à pouvoir, dans les hautes classes, prendre des notions phy- 
siologiques sur la structure, et philosophiques sur la coordination 
des êtres animés qui concourent pour nous à l'embellissement, à 
l'utilisation du globe terrestre? 

La raison que l'on donnera sans doute, comme on l'a fait déjà 



- 104 — 

pour motiver la dernière restriction des programmes, c'est le man- 
que de temps !... 

En cas de péril, on ne jette à la mer que les objets les moins 
utiles et les plus embarrassants ; telle serait donc l'appréciation 
(jue ferait encore l'Université de ces sciences, par elle autrefois 
dénommées sciences accessoires!... 

Quand cessera-t-elle de les juger et de les traiter d'après celle 
étiquette imméritée ou tout au moins honteusement arriérée? 

C'est contre cette immutabilité universitaire, c'est contre sa 
marche rétrograde même, dans l'enseignement des sciences natu- 
relles fait aux élèves des cours classiques, que la Société d'Histoire 
naturelle de Toulouse vous a conviés, Messieurs, à réclamer 
avec elle auprès de M. le Ministre, et d'après l'exposé de la 
situation, vous apprécierez la valeur de notre opinion sur l'utilité, 
sur la nécessité môme de cette démarche. 

Quant à son opportunité, elle résultera pour nous tous de la 
présence au ministère, comme chef de bureau, dans cette spécialité, 
de M. Gandon qui a secondé M. Duruy dans la création de ren- 
seignement professionnel, dans la rédaction des programmes que 
nous avons loués sans restriction, et qui vient tout récemment de 
lire un rapport à la Société des Agriculteurs de France, pour la 
vulgarisation, pour l'extension des études d'histoire naturelle au 
milieu des populations vouées au travail éminemment naturel de 
la culture, aux soins dus à leurs auxiliaires animés et vivants. 

Enseignement supérieur. 

L'enseignement supérieur des sciences naturelles n'est repré- 
senté officiellement, en Algérie, que par les cours faits à l'Ecole 
de médecine, dont ne profite qu'un nombre d'élèves bien res- 
treint, parce que cette institution ne réalise pas le véritable but de 
son importation en Algérie. 

Il est, heureusement, dans la population, quelques natures d'élite, 
qui se vouent librement et par plaisir à ces études intéressâmes; 
la plupart comptent parmi nos collègues, sans les désigner tous, 
il nous sera permis de citer notre savant et honoré président, 
le bon cl tant dévoué M. Durando, et M. le D r Bourgeot, dont les 
travaux en Géologie, en Ichtyologie, ont fait honneur à notre 
Société et ont tant intéressé la colonie des touristes, nos hiver- 
neurs. 



— 105 - 

Avec de tels éléments, notre Société prenant à cœur son titre 
annexe, serait en mesure de constituer aux sciences naturelles un 
centre d'enseignement supérieur et libre, en organisant chaque 
année une série de conférences, d'après un plan déterminé et 
approprié aux particularités de l'Histoire naturelle algérienne. 



Mesures à prendre pour étendre et pour vulgariser l'élude des sciences naturelles 

en Algérie. 

M. Bonne, membre de la commission, nous a livré une noie à 
laquelle nous avons déjà fait plus d'un emprunt dans la première 
partie de ce rapport. 

Nous allons mettre encore à profit ces utiles indications, dans 
l'exposé des mesures à prendre, pour provoquer une plus large 
part dans l'enseignement des sciences naturelles, puis les com- 
pléter, à notre point de vue, dans l'ordre déjà suivi, pour les 
trois degrés d'instruction publique. 

Enseignement primaire. 

Exiger de tous les instituteurs, la connaissance pratique des 
éléments de l'Histoire naturelle, et plus particulièrement tout ce 
que les mœurs des animaux, et tout ce que les utilités et singula- 
rités spéciales des êtres, au milieu desquels nous vivons, offrent 
de plus frappant et de plus attrayant. 

Placer dans toutes les écoles primaires, la petite bibliothèque 
d'Histoire naturelle, qui a été éditée, selon les indications don- 
nées par M. Darru, à la librairie de de la Grave et en provoquer 
des traductions en langue arabe pour les écoles algériennes. 

Ces livres devront servir, concurremment avec ceux des autres 
matières de l'enseignement, pour la lecture en commun, être pris 
surtout, pour texte de quelques conversations familières de la 
part du maître, sur les anecdotes auxquelles donnent lieu les 
mœurs, les particularités des êtres et des animaux. 

L'instituteur devrait inciter ses élèves à s'occuper de l'éduca- 
tion de quelques animaux, chacun suivant sa propension natu- 
relle ; c'est là un goût inné chez les enfants; il importe de le 
développer et de le mettre à profit pour leur faire connaître 
l'utilité spéciale des divers animaux, même de ceux réputés 
nuisibles, et pour développer en eux les sentiments de charité et 
d'attachement envers tous les êtres animés. 



- 106 - 

Ces notions sur la Zoologie seraient le complément naturel de 
celles que l'on cherche à répandre dons ces mômes écoles, sur 
l'industrie horticole, sur les procédés les plus usuels de l'agri- 
culture. 

Enseignement secondaire. 

Cet enseignement se trouvant encore presque en entier aux 
mains de l'Université, il conviendrait de prime-abord que le 
conseil supérieur de l'instruction publique fût sollicité de rompre 
publiquement avec les errements anciens, en effaçant le qualifi- 
catif accessoire attaché à la dénomination officielle des sciences 
naturelles, et en faisant à leur étude une part convenable dans les 
épreuves probatoires des examens publics. 

Ce premier acte de réhabilitation entraînerait la nécessité de 
pourvoir tous les établissements d'instruction secondaire, des plan- 
ches et des collections matérielles, appropriées à la démonstration. 

La répartition d'un enseignement gradué de l'histoire naturelle, 
dans toute la série des années consacrées au cours classique, ren- 
draient en outre nécessaire une mesure bien désirable: le recul 
de la limite d'âge, imposée prématurément aujourd'hui pour 
l'admission aux examens des grandes écoles gouvernementales. 

Cette sage mesure répondrait à l'objection de ['insuffisance du 
temps sur laquelle on a motivé la dernière et déplorable restriction 
apportée à l'étude des sciences naturelles, dans le Cours classique. 

Elle serait, en outre, d'un heureux effet simultanément, et pour 
la santé des élèves et pour la solidité des études, toutes deux com- 
promises par la nécessité d'un labeur ardu, abstrait, à l'époque du 
développement physique. 

Les études universitaires ne sont, en France, ni assez pratiques, 
ni assez utilitaires; ia liberté d'enseignement qui est à l'ordre du 
jour, ne tardera point à les faire sortir de l'ornière classique. Il 
importe à nos gouvernants de se préparer aux conséquences de la 
libre concurrence. 

C'est par une large part faite à l'étude des sciences naturelles, 
surtout dans le Cours classique, qu'ils entreront dans les voies nou- 
velles, où nous ont déjà précédés les nations lésons affairées et les 
plus avares de leur temps. 

Kncourager par des récompenses les professeurs qui se distin- 
gueraient dans cette branche de l'enseignement, aujourd'hui si 
négligé ; 



- 107 — 

Rechercher des méthodes d'enseignement, propres à développer 
le goût, les aptitudes des élèves pour ces sciences, et, à cet effet, 
donner de temps en temps un but utile aux promenades en les diri- 
geant de manière à pouvoir étudier sur place les végétaux, les roches, 
les animaux qui se trouvent dans la zone particulière de chaque 
éiablissement d'instruction, vrai moyen de réunir et de multiplier, 
à peu de frais, la collection des objets d'Histoire naturelle, propre 
à chaque localité. 

Le programme pour l'étude de l'Histoire naturelle devrait être 
différent pour les deux Cours, si différents eux-mêmes, de l'ensei- 
gnement classique, de l'enseignement professionnel !... 

Pour le premier, études plus complètes, plus générales, plus 
théoriques ; les élèves de ce Cours étant destinés à se déplacer et à 
vivre, d'une existence plus relevée, au point de vue intellectuel. 

Pour le second, études plus pratiques, plus localisées, en quelque 
sorte, ce qui était d'ailleurs dans les prévisions de M. Duruy, 
disant, le 1 ! décembre 1865, au sein du conseil impérial de l'Ins- 
truction publique : 

« Cet enseignement ne peut prétendre à embrasser dans chaque 
y école l'étude de toutes les matières portées aux programmes. Il 
» doit rester assez flexible dans l'exécution, pour se plier aux 
» besoins des populations des diverses régions. » 

C'est à ces réformes que devraient s'appliquer les conseils dits 
de perfectionnement, si celle institution, comme tant d'autres en 
France, n'était un rouage de parade bien plus que de pratique!... 

Enseignement supérieur. 

L'enseignement supérieur des sciences naturelles est donné offi- 
ciellement, en France, par les Facultés existant dans chaque chef- 
lieu d'Académie. 

Nous reconnaissons qu'à ce degré de l'instruction publique, 
l'enseignement des sciences naturelles est libéralement organisé et 
convenablement doté. 

Mais, l'insuffisance jusqu'alors des études d'Histoire naturelle 
dans l'éducation scolaire, n'a point encore permis à ces facultés 
d'acquérir toute leur importance et de porter les fruits qu'on a le 
droit d'en attendre, car ils ne peuvent être que proportionnels à la 
quantité et à la qualité de leurs auditeurs !... 

Une mesure simple, autant qu'efficace, de relever cet enseigne- 



- 108 - 

ment, serait d'imposer l'obligation à tout étudiant dans les facultés 
de droit et autres écoles gouvernementales, d'ordinaire réunies au 
chef-lieu d'Académie, de prendre inscription et de suivre comme 
élève l'un des Cours professés dans ces facultés, soit des lettres soit 
des sciences, chacun d'eux restant libre d'opter entre les divers 
Cours, suivant son goût et ses aptitudes. 

La même obligation devrait être imposée aux jeunes surnumérai- 
res, dans les diverses administrations publiques, et la résidence de 
ces chefs-lieux devrait être accordée de préférence à ceux qui don- 
neraient des preuves de leur goût, pour cet enseignement supérieur, 
si propre à élever le niveau de l'intelligence. 

Les chefs- lieux d'Académie étant tous, villes de garnison, pour- 
quoi ne pas inciter et même récompenser les militaires qui utilise- 
raient leurs loisirs à de telles études?... 

Cet enseignement officie!, forcément théorique, essentiellement 
technique, serait utilement complété dans les chefs-lieux d'acadé- 
mie et suppléé dans les autres villes, par un enseignement libre, 
sous forme de conférences, dont les sociétés scientifiques, dont les 
ligues pour l'enseignement, dont les municipalités elles-mêmes de- 
vraient prendre l'initiative et la direction. 

Ces conférences, faites plus particulièrement le soir, s'adressant 
à toutes les classes de la société, constitueraient les cours scientifi- 
ques pour les adultes, en fait d'Histoire naturelle, appropriée sur- 
tout aux particularités de la production, soit naturelle soit artifi- 
cielle de la localité, de la région ; elles mettraient à profit dans 
l'intérêt de tous, les collections municipales, dont nous allons 
demander la formation. 

Ainsi l'avait compris M. Duruy, qui projetait la création 
de chaires d'Histoire naturelle, dans tous les chefs-lieux de dépar- 
tement, en vue d'y enseigner et d'y faire étudier surtout ce qui est 
relatif aux industries manufacturières ou agricoles, spéciales à 
chacune de ces localités. 

Le complément rationel de l'extension et de la vulgarisation 
imprimées à l'étude de l'Histoire naturelle serait l'affectation, dans 
chaque municipalité, d'un lieu de dépôt, de conservation et d'ex- 
position de tous les objets, utiles ou curieux, se rapportant aux 
sciences naturelles et aux industries qui en découlent. 

Ces collections d'intérêt local occuperaient une modeste pièce à 
la Mairie, dans les petites communes, sous la surveillance dessecré- 



- 409 - — 

taires, sous la direction d'un amateur naturaliste, s'il en existe dans 
la commune. 

Dans les communes plus importantes, dans les petites villes, ces 
collections croîtraient en étendue et en valeur, proportionnellement 
aux ressources, en personnel et en matériel, de chaque localité, et 
ces lieux de dépôt prendraient le nom de Musée, quand leur ri- 
chesse en objets naturels ou fabriqués leur en donnerait l'impor- 
tance, leur en mériterait les attributs. 

Enfin, dans les villes de premier ordre, soit au point de vue 
social, soit au point de vue scientifique ou industriel, ce Musée 
prendrait les proportions d'un établissement scientifique, d'une 
sorte d'Institut ou de Palais des Arts et des Sciences, ainsi que 
Lyon, Marseille, Toulouse et tant d'autres villes importantes en 
ont déjà donné le généreux exemple. 

Cet exemple sera suivi, à n'en pas douter, par toutes les autres 
municipalités, lorsque délivrées des lisières administratives que 
tient la centralisation gouvernementale, elles vivront chacune de 
leur vie propre, indépendante, auto-nomique ; alors une noble 
émulation créera partout la vie artistique et intellectuelle, en pro- 
portion des aptitudes et des ressources de chaque groupe communal. 

Dans les grandes villes et dans les chefs-lieux d'académie, une 
disposition importante à prendre serait de réunir dans un môme 
local tous les objets ou éléments de collections, disséminés aujour- 
d'hui dans divers établissements publics ou privés, officiels ou 
libres-, ainsi, l'on pourrait créer une installation confortable, aussi 
complète que possible, avec économie de tout genre. Dans ces Mu- 
sées d'Histoire naturelle, servant d'exposition permanente pour les 
produits de la localité, devraient se faire toutes les conférences, 
devraient se tenir toutes les réunions d'intérêt artistique ou scien- 
tifique, devraient se faire tous les Cours d'Histoire naturelle, môme 
pour les établissements d'instruction publique et privée, qui seraient 
ainsi dispensés de former des collections, et qui pourraient dès lors 
se borner à en posséder le complément auxiliaire, les planches 
et les dessins; c'est ainsi qu'en usent les lycées de Paris et de 
Versailles. 

Leurs élèves sont conduits dans les Musées et au Muséum d'His- 
toire naturelle, où les professeurs leur donnent des leçons sur les 
collections importantes qui s'y trouvent réunies dans des propor- 
tions nationales. 



— MO — 

A Alger, par exemple, quel avantage n'y aurait-il pas à réunir 
dans un même local, sous des dispositions prises, en vue d'en 
faciliter l'étude, tous les objets d'Histoire naturelle ou s'y rappor- 
tant, qui se trouvent enfouis dans les salles de l'exposition per- 
manente, accumulés dans le modeste cabinet de notre société, 
disséminés à l'école de Médecine, au collège arabe, aux mines, à 
l'École Normale, et laissés, peut-être, à l'abandon, dans l'ancien 
jardin public d'acclimatation, créé à si grands frais, avec les deniers 
de l'Etat; mais qui, depuis 18G8, se trouve livré à l'exploitation 
d'une puissante compagnie, la Société algérienne, trop peu sou- 
cieuse, nous dit-on, des réserves expressément inscrites dans le 
décret du 7 décembre 4867, en faveur des intérêts du public et des 
sciences naturelles. 

En attendant, d'ailleurs, qu'Alger soit doté de facultés des scien- 
ces et des lettres, complément de son académie, pourquoi ne pas 
créer une ou plusieurs chaires pour constituer un centre d'études 
d'Histoire naturelle de l'Algérie, selon les utiles intentions du 
Ministre Duruy, pour tous les départements de la France ? 

Pourquoi l'autorité ne se déchargerait-elle pas, sur noire Société, 
concurremment avec les Sociétés de médecine et d'agriculture, du 
soin de veiller à ce que le jardin d'acclimatation ne soit pas sous- 
trait à sa mission de jardin scientifique, conformément à l'esprit 
et à la lettre du décret qui en a cédé temporairement l'exploitation 
à l'industrie privée?... 

Si ces lignes parviennent jusqu'à M. Gandon, l'actif coo- 
pératcur de M. Duruy, dans ses tentatives de perfectionne- 
ment pour l'instruction non classique, espérons qu'il prendra en 
sérieuses considérations les vœux multiples qui ressortent de ce 
rapport : si toutefois ce rapport reçoit votre approbation, Messieurs, 
et si vous croyez utile de l'annexera la réponse qu'attend de vous 
la société d'Histoire naturelle de Toulouse ; ce rapport pouvant ser- 
vir d'appendice à la pétition par laquelle cette société se propose 
d'évoquer la baute sollicitude de Monsieur le Ministre, en faveur 
de l'enseignement des sciences naturelles , dans tout l'empire 
fiançais. 

La lutte entre les nations est aujourd'bui dans les voies de l'ins- 
truction, dans les procédés de la production, bien plus que dans les 
manœuvres de la destruction ; il est donc très-opportun que notre 
Ministre de l'Instruction publique s'empresse de solliciter la cons- 



— m - 

litution et le perfectionnement de son matériel d'action ; comme 
font depuis trop longtemps et dans de si vastes et si coûteuses pro- 
portions, hélas! les Ministres de la Guerre et de la Marine... 

Quelques canons rayés, un seul bâtiment cuirassé de moins dans 
les arsenaux de la France, ne feraient point péricliter sa puissance 
militaire et celte économie suffirait pour la création des Musées 
d'Histoire naturelle dans toutes les villes ; pour réaliser en France 
l'enseignement des sciences pratiques, à l'instar de ce qu'il est en 
Allemagne et en Angleterre. 

Parmi les nations voisines et rivales, le budget de l'instruction 
publique est richement doté ; les plus petits états de l'Allemagne 
s'imposent constamment de généreux sacrifices pour le progrès de 
leurs établissements littéraires et scientifiques ; chaque Université 
allemande coûte en moyenne cinq cent mille francs au pays qui 
l'entretient, sans compter les sommes considérables qui sont al- 
louées chaque année, en dehors du budget régulier, pour la cons- 
truction de laboratoires, de cabinets, d'amphithéâtres, pour l'achat 
de collections précieuses; tandis que, en France, l'état spécule sur 
quelques Facultés, s'y fesant un revenu avec les frais d'inscriptions 
et d'examens î... La Prusse, qui est cependant un pays relativement 
pauvre, ne refuse rien à ses savants, à ses centres d'instruction 
publique, alors qu'en France tout est misère, tout est parcimonie, 
quand il s'agit de pourvoir aux besoins d'ordre purement intellec- 
tuel ; ainsi que le démontre le promoteur de tant d'initiatives, 
l'infatigable Monsieur Guerrier de Dumast, dans la préface dont 
il a enrichi une brochure piquante, publiée par un magistrat de 
Nancy, sous ce titre : Reforme de renseignement supérieur. De 
par les progrès de la science, c/est-à-dire de la raison humaine, 
c'est désormais au développement des arts de la paix, à l'étude des 
sciences pratiques, que la France doit appliquer ses ressources; ce 
sont ses académies bien plus que ses places de guerre, qu'il lui 
importe de fortifier pour se maintenir au premier rang parmi les 
puissances du jour. 

Aux jours de la barbarie, ses vertus militaires, aidées de ses 
ressources pécuniaires, lui ont valu cette glorieuse devise : Gesta 
Dei per Francos. 

Ce n'est pas avec un budget de l'Instruction publique donnant 
un quotient de 30 centimes par individu, qu'elle pourra conquérir 
cette même devise dans le inonde nouveau, qui se constitue, sous 



— 112 — 

l'égide de la fraternisation des peuples, dans l'œuvre, productive du 
génie scientilique. 

Il y a des chiffres que le Ministre de l'Instruction publique devrait 
présenter tous les ans au Corps législatif; on finirait peut-être par 
se lasser de Y humiliation de les entendre. 

La réorganisation de notre Instruction publique se ramènera 
toujours à une question d'argent ; ce n'est qu'avec beaucoup d'ar- 
gent que la France s'est illustrée dans l'art de la guerre, que nos 
gouvernants adoptent résolument comme épigraphe de nos budgets : 
[Cédant arma scicntiis); et la France conservera sa glorieuse devise 
dans le monde nouveau. 

Elle est déjà la fille aînée de la science, qu'elle ne sacrifie pas 
aux errements du passé ce droit d'aînesse; car la gloire pure, la 
prépondérance incontestée, appartiendront dans l'avenir à la nation 
la plus libérale et la plus féconde. 

La Société entend cette lecture avec le plus vif intérêt. Plusieurs 
membres prennent la parole pour faire remarquer combien l'ac- 
cueil fait à la pétition est chaleureux, combien ces adhésions sont 
précieuses. Dès à présent on peut prévoir l'heureux résultat de 
tout ce mouvement. 

Après discussion, on décide qu'aucune hâte ne sera apportée à 
la remise de la pétition, ainsi appuyée, à M. le Ministre. On 
attendra le moment le plus favorable, mais les documents seront 
imprimés dans le Bulletin. 

M. le D r Jeanbernat communique à la Société ses récentes 
recherches Sur la période glaciaire dans les vallées de la Garonne 
et de la Pique. 

[.'auteur entre, d'abord, dans quelques considérations générales 
sur la formation, la progression et le régime des glaciers. Il passe 
rapidement en revue les diverses traces qu'ils laissent sur les 
parois encaissantes, telles que usures, stries, sillons, polissage et 
moutonnement des roches, et il donne les caractères distinctifs 
des moraines, ces amas de matériaux de transport que les glaciers 
charrient sans cesse et déposent sur tous les points où ils séjour- 
nent et dont on distingue quatre sortes principales : moraines 
profondes, lu lé rai es, médianes et frontales. 

Après ces indispensables préliminaires, M. le D»' Jeanbernat 



— M3 - 

énumère avec soin tous les faits saillants qu'il a constatés dans 
ses nombreuses courses scientifiques dans nos montagnes, et il 
décrit les innombrables accidents glaciaires qui prouvent jusqu'à 
l'évidence l'ancienne extension des glaciers dans toutes nos 
vallées, extension déjà établie d'une manière générale par Char- 
pentier, Nérée Boubée, Durocher, etc., etc. Nous nous bornerons 
à citer dans ce compte-rendu abrégé les conclusions de ce travail 
important. 

1° A une certaine époque, époque qui n'est certainement pas 
ceile de leur plus grande extension, les embryons glaciaires, au- 
jourd'hui confinés dans les cirques du Graouès, du Lys et d'Oo, à 
une altitude de 2800 mètres, s'étaient accrus au point d'envahir 
toutes les vallées luchonnaises et venaient à Cierp se jeter dans le 
pbicier descendu de la vallée d'Aran. Le grand fleuve de glace 
ainsi formé remplissait toute la vallée de la Garonne et se ter- 
minait à Montréjeau, à l'origine de la vaste plaine de Valentine. 

ii Le glacier avait une épaisseur moyenne de 700 à 800 mètres. 

3° Sa plus grande longueur, depuis le pic de Montarlo jusqu'à 
sa terminaison, n'était pas moindre de 84 kilomètres. 

4° Sa moraine frontale s'étendait transversalement et en demi 
cercle, de Saint-Bertrand de Comminges à Barbazan, formant un 
énorme barrage, aujourd'hui démantelé, large de 3 à 4 kilomètres, 
sur 200 à 300 mètres d'épaisseur. 

5° Le retrait du glacier, loin de s'opérer brusquement et par 
J'onle subite, s'est effectué, au contraire, avec lenteur et par 
oscillations de longue durée. 

(i° On retrouve les traces de ces oscillations dans les nom- 
breuses moraines frontales échelonnées à des dislances variables, 
depuis Montréjeau jusqu'aux modestes dépôts des glaciers 
lilliputiens actuels. 

7° Dans la vallée de la Pique, par exemple, trois moraines 
frontales, plus importantes que les autres, méritent d'être signalées. 
La première, située entre Cierp et Luchon, à Garan ; la deuxième, 
entre Luchon et le confluent de la Pique et du Lys, au pont de 
Lapadé ; la troisième, à un kilomètre et demi en evant de la 
cascade d'Enfer. 

8» Chacun de ces barrages a donné naissance, après le retrait 
du glacier, à un lac morainique, aujourd'hui desséché par l'af- 
fouillement des eaux qui se sont ouvert un passage facile à travers 

8 



— 144 - 

les matériaux sans cohésion de ces sortes de digues. Le petit lac 
de Barbazan est un reste encore existant de l'ancien et vaste San 
m ora inique de Labroquère. 

0° Le glacier de la vallée d'Aran remportait en puissance sur 
celui de la Pique, car il a déversé ses moraines latérales jusque 
dans le val de Burbe par le Portillon (1308 mètres), et aussi 
dans la vallée du Ger par le col de Menthe (4331 mètres). C'était 
peut-être le plus vaste glacier de toute la chaîne des Pyrénées. 

A propos de la communication précédente, M. H. Magnan, qui 
a observé avec le D r Jeanbernat quelques-uns des anciens dépôts 
glaciaires des vallées de la Garonne et du Ger (antè p. 33), prend 
la parole et dit qu'il a étudié des dépôts semblables dans plusieurs 
autres vallées pyrénéennes ; il a reconnu, en effet, en remontant 
l'Aude, l'Ariége, le Salât, le Garbet, la Neste d'Aure, l'Adour, 
le gave de Pau et ses affluents, sur le ilanc des montagnes, des 
restes de moraines latérales et profondes, et au fond des vallées 
des dépôts qui appartiennent sans doute à d'anciennes moraines 
frontales, alors que les glaciers se trouvaient dans leur période de 
retrait. De plus, il a remarqué assez loin de la grande chaîne, 
notamment dans les petites Pyrénées de V Arxèae et de la Haute- 
Garonne, l'existence de moraines latérales, profondes et frontales, 
qui ont laissé de curieux dépôts au fond et sur le flanc des 
vallées du Job, du bas Salât, du Lens, du Volp, de l'Arize et de 
la basse Ariége. 

Notre confrère ajoute qu'une ligne qui passerait par Loubières 
au nord de Foix, Balança prèV du- Mas-d'Azil, Sainte-Croix, 
Martres et Lannemezan, marquerait, à peu près, la limite nord des 
moraines frontales des anciens glaciers de la Neste, de la Garonne 
et de l'Ariége. — Cette ligne, dirigée E. 0., irait rejoindre à l'oc- 
cident les dépôts glaciaires de la vallée de l'Adour à Lescaladieu et 
Bagnères-de-Bigorre, et plus loin ceux au sud de Lourdes. 

M. Magnan s'attache à démontrer que le faciès arrondi et 
conoïde des montagnes qui constituent les petites Pyrénées est dû 
à l'agent glaciaire. En effet, on observe presque partout, dans cette 
région, des roches rabotées, polies, striées et surtout moutonnées. 

11 fait ensuite remarquer que l'étude des anciens glaciers se 
complique au pied des Pyrénées, comme partout, de phénomènes 
d'érosion et de remaniement : les agents d'érosion de la période 



— 115 

diluvienne ou quaternaire auraient enlevé et quelquefois remanié 
de puissants dépôts glaciaires préexistants, en môme temps que 
d'autres terrains, et auraient façonné le sol de nos plaines tel que 
nous le voyons aujourd'hui. C'est ce qui expliquerait pourquoi les 
vraies moraines frontales des glaciers anciens, qui étaient les 
pins étendus, ont échappé jusqu'ici aux regards des géologues. 
t\S. Alagnan signale, à l'appui de cette manière devoir, à des altitudes 
relativement élevées au-dessus des vallées, près de Miramont, de 
Saint-Girons, de Sainte-Croix, de Betchat, de Touille, des dépôts di- 
luviens formés d'argiles jaunâtres emballant des cailloux de quartzite, 
qui reposent sur des roches moraiuiques, et qui correspondent aux 
dépôts diluviens des plateaux élevés du bassin sous-pyrénéen, que 
li^s auteurs de la Carte géologique délia France ont rangés dans le 
pliocène, mais qui appartiennent en réalité au quaternaire ancien. 
M. Magnan termine en appelant l'attention de la Compagnie sur 
la ressemblance de certains dépôts moraiuiques et cénomaniens, 
(es derniers appartenant au conglomérat de Camarade, et donne 
la caractéristique des uns et des autres. Les premiers n'offrent 
jamais de dépôts nettement stratifiés, tandis que les seconds alter- 
nent avec des couches de grès, à empreintes végétales, et des 
poudingues fortement cimentés, en bancs épais. 

M. le D r Guitard communique à la Société la première partie 
d'une Notice sur le pastel, qui sera imprimée dans le Bulletin dès 
que l'auteur aura entièrement terminé le travail qui se rapporte à 
ce sujet. 



Séance du 15 juillet 4870. 

Présidence de M. le D r Guitard, président. 



La Société reçoit : 

Çà et là dans les Pyrénées, parle D r Spelœus. In-12, Toulouse. 
Bulletin de la Société d'Histoire naturelle du département de 
la Moselle, 42 e cahier. 



- 116 - 

Bulletin de Ui Société imp. zoologique et acclimatation* juin 
4870, Paris. 

Rapport sur les travaux de la Société archéologique du Midi 
de la France, par E. Cartailuac, ia-8. 

Mémoires de la Société d'émulation de Montbéliard, 2° série, 

t. il et m. 

Les adhésions suivantes : 
Société industrielle de Mulhouse. 

Le Comité d'Histoire naturelle de la Société industrielle de 
Mulhouse a pris connaissance du projctde pétition de votre savante 
Compagnie, et propose d'appuyer auprès de M. le Ministre de 
l'Instruction publique vos vœux qu'il ne peut qu'approuver. 

Toutefois, en nous demandant notre concours, vous ne nous 
dites pas en quoi il doit consister-, nous attendrons donc votre 
réponse, avant de faire aucune démarche. 

D r Penot, vice-président. 

Société Linnéenne de Normandir. 

La Société Linnéenne de Normandie a pris connaissance, dans- 
la réunion qu'elle a tenue hier soir, de la pétition en faveur 
de l'Histoire naturelle que vous avez l'intention d'adresser à Son 
Lxcellence le Ministre de l'Instruction publique. — Notre Com- 
pagnie ne peut que donner une entière approbation à ce document; 
elle partage complètement les idées de la Société d'Histoire natu- 
relle de Toulouse, et elle appelle de tous ses vœux la réforme que 
vous sollicitez. 

J. Morière, secrétaire. 

M. le D r Guitard donne lecture de la note suivante : 

Un mol sur le Sarraccnia purpurca. 

Au moment où l'on veut faire grand bruit, dans notre ville et 
peut-être ailleurs, des prétendues vertus mirifiques du Sarraccnia 
purpurca, il m'a paru opportun de vous en dire un mol et de 
vous en présenter un échantillon. 

Geite [liante herbacée, aquatique et vivace, croît spontanément 
en abondance dans les marais de l'Amérique du Nord. 



- 117 — 

Elle est, dans les Polypétales hypogynes à placentation axille, 
,e type du genre Sarracenia de la famille des Sarracéniées. 

Les feuilles sont radicales-, elles poussent toujours à l'extrémité 
d'une racine épaisse, traçante, peu enterrée qui s'allonge d'un 
côté et pourrit de l'autre. 

Ces feuilles, semi-engaînantes à leur bnse, forment un cornet 
ventru, curviligne, creux dans son intérieur, avec une crête 
membraneuse plus ou moins saillante à la face interne. 

Elles sont de couleur verte teintée de rouge sur les nervures et 
sur les bords. 

L'ouverture de ce cornet est taillée en biseau. A la partie la 
plus élevée, il y a une expression membraneuse, plus mince, 
découpée au bord libre, plus large que l'ouverture elle-même et 
qui, pouvant s'y appliquer, en devient l'opercule. 

À la partie la plus basse de ce biseau, l'extrémité de la feuille 
s'enroule en debors comme pour servir de crochet à l'opercule. 

La bouche de ce cornet, c'est-à-dire la face interne de l'oper- 
cule est veloutée, comme hérissée de fins piquants. 

Cette disposition remarquable me fait supposer que c'est la 
feuille et non la fleur, comme le veulent quelques auteurs, qui 
a fait donner à cette plante le nom de Attrape-mouches. 

La cavité de ces cornets est presque toujours remplie d'eau ; 
mais celle-ci est de mauvaise qualité à cause des quantités innom- 
brables de cousins et d'autres insectes qui viennent s'y noyer. 

C'est ainsi que cette plante a pu être appelée la Coupe, la 
Cruche ou la Tasse indienne, la Coupe du chasseur, le Bonnet du 
chasseur et les Guêtres de grenoiiilles. 

Ces cornets grands de 1/2 pied dans le S. purpurea, ont plus 
de 2 pieds dans le S. Drummondi. 

Les fleurs, isolées, poussent en été. 

Elles sont portées sur une hampe qui sort d'entre les feuilles et 
qui est 2 ou 3 fois plus grande que les feuilles. 

Le calice est à 3-5 sépales persistants. 

La corolle est à 5 pétales hypogynes, égaux en nombre, alternes 
avec eux et onguiculés. 

Les fleurs sont grandes et remarquables par leurs couleurs et 
par le vif éclat de ces dernières. 

Les étamines, hypogynes, sont en nombre indéfini ; les anthères 
sont arrondies. 



— 118 - 

L'ovaire est supérieur et arrondi, à style cylindrique et à 
stigmate très-long pelté, à o côtés et persistant. 

Une capsule arrondie, divisée intérieurement en 5 loges, s'ou- 
vre en 5 valves et contient un grand nombre de semences sur un 
placenta central et pentagone. 

La plantule, dicotylédonée, est munie à la base d'un albumen 
charnu. 

Les principales espèces de cette plante exotique sont le S. à 
Heurs rouges ou de Drummond, celle qui est représentée à h 
page 323 de la Botanique organographique et taxonomie de Le 
Maout, le S. à fleurs jaunes, le S. à fleurs purpurines en dehors 
et vertes en dedans, et le S. bec de-perroquet. 

D'après leD r Morren, les racines ou plutôt les rhyzomesde cette 
plante, sont employés par les riches Indiens pour combattre effi- 
cacement la variole et la rougeole. 

Ils boivent en 2 fois, à 3 heures d'intervalle et sans sucre, une 
décoction faite avec 30 parlies de la plante pulvérisée par 1000 
parties d'eau réduite à moitié par l'ébullition. 

En 1865, M. Stanislas Martin a trouvé l'aléaloïde de cette 
plante et lui a donné le nom de Sarracéniue. 

Celle-ci, blanche, en aiguilles prismatiques, très-sol uble et très- 
a mère, forme des sels avec des acides. 

Il serait peut-être bon de reprendre celte analyse en sous- 
œuvre. 

Aujourd'hui, après avoir été complètement délaissée, si ce n'est 
même oubliée, la Sarracénia purpurine veut reparaître et s'impo- 
ser comme spécifique de la varioje pourprée, soit comme curalif, 
soit comme préventif. 

Aussi, désireux de faire sa connaissance, j'ai prié mon ami, 
M. Th. Laforgue, pharmacien, de m'en faire expédier un échan- 
tillon de Paris. 

Plusieurs autres sont arrivés avec lui pour d'autres destina- 
tions. 

J'ai pu en confronter deux paquets pour juger de leur identité 
et pour constater leur état dans le commerce. 

Dans le paquet remis par M. Laforgue, il y avait surtout des 
feuilles avec quelques racines; le commerce ne les avait point 
travaillées. 

Dans un autre spécimen, les racines dominaient, au contraire, 






- 119 - 

avec quelques feuilles brisées, et les racines étaient coupées, 
ratissées et mondées. 

Les feuilles et les racines étaient bien les mêmes dans les deux 
échantillons. 

Les radicelles sont coupées à peu près de 10 à 20 centimètres 
de longueur; elles sont au plus de la grosseur d'un plume d'oie ; 
elles sont rougeâtres à l'extérieur, cylindriques et bosselées à 
intervalles inégaux ; leur cassure est nette et leur structure fibreuse; 
leur saveur est amère. 

Les feuilles, quelquefois entières, quelquefois déchirées, quel- 
quefois en petits fragments desséchées, sont aplaties et d'un vert 
jaunâtre, maculées de rouge pourpre, soit en plaques, soit en linéa- 
ments. 

Trempées dans l'eau, même froide, elles se déroulent et le 
cornet se forme spontanément. L'on peut alors constater la véri- 
table forme de la feuille et tous les caractères in-diqués plus haut, 
sans en omettre les impuretés et les détritus de certains insectes. 

Il estdonc bien certain que j'ai entre mes mains le Sarracenia 
purpurea, et c'est pour cela que j'ai l'honneur de vous le pré- 
senter. 

Je n'avais pas à vous dire ici que j'en ai commencé l'expérimen- 
tation dans ma salle spéciale de clinique de l'Hôtel-Dieu. 

Mais pour donner quelque utilité pratique à cette simple Note, 
je dois vous l'annoncer , tout en vous faisant part de mon 
opinion a priori. 

Je crains, en effet, et je le regretterais fort, que cette plante ne 
soit venue tout simplement grossir le nombre de ces médicaments 
qui devaient guérir une maladie avec laquelle ils avaient quelque 
ressemblance, ainsi la carote dans la jaunisse, les marrons dans la 
poche pour faire passer les hémorrhoïdes, la pulmonaire contre la 
phthisie, la patte de lièvre en frictions dans le cas de sciatique et 
tant d'autres dont la raison et l'expérience ont fait justice depuis 
longtemps. 

M. Gourdon, prenant la parole après cette lecture, rappelle que 
depuis des siècles le Sarracenia a été employé comme préservatif 
de la variole, et conclut que ses propriétés peuvent être réelles 
mais peu prononcées comparées à d'autres préservatifs, au vaccin 
par exemple, dont la découverte aurait fait abandonner l'usage de 



- 120 - 

In plante dont il s'agit ; M. Gourdon rappelle les observations de 
M. Mille, et exprime le désir que des expériences précises vien- 
nent éclairer la science sur ce sujet. 

M. A. Timbal déclare que les observations de M. Mille lui parais- 
sent demander confirmation; il s'appuie sur l'opinion des médecins 
de Bourges. 

M. Gourdon insiste sur ce point, que Ton a employé surtout le 
Sarracenia cultivé en France, et rappelle que diverses plantes dont 
les propriétés sont bien connues, n'agissent que lorsqu'on les 
prend dans leur pays natal. Il cite particulièrement le Quinquina. 
Il est certain que le climat, la composition du sol et bien d'autres 
causes influent directement sur les propriétés des plantes. 

M. Marquet fait observer que la feuille de VAtriplex hàlknus 
des baies de Toulouse, est aussi salée que celle de la même plante 
recueillie sur les rivages de la Méditerranée. 

M. Filbol dit qu'il a analysé des feuilles (ÏÂtriple.x halimus 
des bords de la Méditerranée et des environs de Toulouse, et qu'il 
a trouvé des quantités peu différentes de chlorure dans l'une et 
dans l'autre. Mais les premières contiennent du chlorure de sodium, 
tandis que celles de notre pays renferment surtout du chlorure de 
potassium. M. Filbol donnera ultérieurement un exposé complet 
de ses recherches. 



M. H. Magnan communique à la Société le travail suivant : 

Notice sur le terrain quaternaire des bords de la Montagne-Noire, 
entre Castres cl Caruawonne, et sur ï ancien lit de ï Agoni , 
par M. Henri Magnan. 

Le terrain quaternaire a été l'objet, dans ces dernières années, 
de nombreux travaux On est arrivé généralement à reconnaître : 
qu'à diverses époques les vallées, dans les pays de plaine, avaient 
été creusées par érosions et par afl'ouillemenls successifs ; qu'au- 
trefois, les fleuves charriaient des eaux puissantes-, que ces eaux 
diminuant ensuite de volume, les vallées se rétrécissaient en s'ap- 
profondissant, d'où la formation, le long de nos cours d'eaux, de 
terrasses en retrait, les unes par rapport aux autres, les plus 
élevées étant les plus anciennes, les plus basses étant les plu 



- 124 - 

modernes. Mais quelques géologues émettent des doutes sur quel- 
ques-unes de ces conclusions, et puis d'ailleurs-la science est loin 
d'avoir dit son dernier mot sur la puissance, la grandeur et la 
durée des phénomènes d'érosion pendant la période quaternaire, 
sur les lits primitifs de nos fleuves et de nos rivières. C'est ce qui 
m'engage à publier cette note, espérant qu'elle intéressera, à un 
certain point de vue , ceux qui s'occupent de nos terrains 
récents. 

Mes courses dans le Midi de la France, surtout dans les Pyré- 
nées, sur les bords du plateau central et dans la vallée du Rhône, 
m'avaient mis, bien des fois, aux prises avec les terrains de trans- 
port de la période quaternaire : j'avais souvent observé, le long 
des fleuves et des rivières, divers dépôts d'âge différent, en retrait 
1rs uns par rapport aux autres, c'est-à-dire des plateaux ou des 
terrasses qui me permettaient d'apprécier la grande largeur de 
nos anciens cours d'eau et l'importance des érosions par affouille- 
ment, puisque certains dépôts diluviens se trouvaient comme 
ceux de la petite montagne de Crussol, vis-a-vis Valence, à plus 
de 200 mètres au-dessus du Rhône, comme ceux de Pujaudran, 
à 170 mètres au-dessus de la Garonne, comme ceux des Landes 
du Pont-Long, à 60 mètres au-dessus du gave de Pau ; mais ces 
observations , je les avais faites en suivant les cours d'eau 
actuels dont je pouvais facilement reconstituer les anciens lits ; 
tandis qu'il y a trois ou quatre ans, — alors que j'étais chargé 
avec M. Leymerie de dresser la Carte géologique du département 
deiÂude, — je fus assez étonné d'observer, presque à la limite 
de ce département et de celui de la Haute-Garonne, sur la ligne 
défaite, des bassins de l'Océan et de la Méditerranée, à 2i8 mètres 
au-dessus du niveau de la mer, loin de tout cours d'eau impor- 
tant à l'Enmaurel, — est de Saint-Félix deCaraman, — des dépôts 
diluviens sous forme de terrasses. Comment ces dépôts avaient-ils 
pu se former? D'où venaient les eaux qui les avaient amenés là ? 
C'était un problème à résoudre, problème que le travail de 
de Boucheporn n'effleurait môme pas. — Ce savant, dans Y Expli- 
cation de la carte géologique du département du Tarn, avait d'ail- 
leurs, sur l'âge et le mode de dépôt des terrains diluviens, des 
théories qui ne sont plus admissibles aujourd'hui et sur lesquelles 
je reviendrai plus loin. — Plus tard, un séjour à Champlis, près 
de Saïx, chez un de mes amis, M. J. de Lacger, me permit d'ob- 



— \%% — 

server des cailloux roulés ru sommet du Mont de Saix, à 140 
mètres au-dessus du lit actuel de l'Agout, ou si Ton veut à 292 
mètres au-dessus du niveau de la mer, Enfin, dans ces derniers 
temps, une exploration géologique faite à Saint-Félix de Cara- 
man, me donna l'explication du fait, me fit voir, grâce au 
relief et à la configuration générale du pays, que je pus embras- 
ser d'un coup-d'œil, que le dépôt diluvien que j'avais observé sur 
la ligne de faite des bassins Océanien et Méditerranéen avait été 
amené là par l'Agout, qui autrefois, presque au début de la période 
quaternaire, se déversait dans la Méditerranée, au lieu de se jeter 
<'omme aujourd'hui dans l'Océan. 

I 

L'observateur qui se rendra à Saint-Félix de Caraman (Haute- 
Garonne), jouira d'une des plus splendides vues que je sache. 
Après avoir admiré au loin, sur près de 300 kilomètres de lon- 
gueur, les sommets des Pyrénées, depuis les montagnes de la* 
haute vallée du Bastan jusqu'au Ganigou, ce dominateur des 
régions orientales, débrouillé le chaos des Corbières, reconnu le 
pic de Bugarach, qui ressemble d'ici à un lion couché, et remar- 
qué les croupes arrondies du terrain de transition de la Montagne- 
Noire et des régions granitiques du Sidobre et de Lacaun^ qui 
appartiennent au plateau central de la France, il pourra recon- 
naître, presque à ses pieds, une dépression ou plutôt un large sillon 
de plusieurs kilomètres de largeur, qui borde le massif ancien de 
la Montagne-Noire dont je viens de parler. Cette dépression, qui 
est très visible dans les environs de Castres et de Saïx, se conti- 
nue par Soual, Revel, Soupex, Airous et Caste! naudary jusqu'à 
Carcassonne-, elle est indiquée sur la carte jointe à ce travail 
(pi. Il, fig. 4) par un léger pointillé, affecté aux parties recou- 
vertes autrefois par les dépôts diluviens, et qui représente l'ancien 
lit de l'Agout, alors que cette rivière se déversait dans l'Aude et 
de là dans la Méditerranée. 

Le sillon en question est assez nettement indiqué sur les cartes 
du dépôt de la guerre (feuilles de Castres, de Toulouse, de Pamiers 
et de Carcassonne). Les rivières et les ruisseaux qui l'arrosent 
sont élevés de d50 mètres à 200 mètres au-dessus du niveau de la 
mer, entre Castres et l'Engranot (ligne de faîte) et de 210 à 100 



métrés entre ce dernier point et Carcassonne ; il entoure, en for- 
mant presque un angle droit, le massif primordial de la Montagne- 
Noire, dont le point culminant atteint, au signa! de Nore, 1210 
mètres au-dessus du niveau de la mer; et il est limité à l'ouest et 
au sud, du côté de la plaine tertiaire, par les hauteurs d'Entounty, 
à l'ouest de Soual (350 mètres) -, de Saint-Félix de Caramnn 
(320 mètres) ; de Montferran, à l'ouest de l'Obélisque de Naurouso 
(284 mètres); du Mas-Saintes-Puelles (320 mètres) ; de Fanjeaux 
(317 mètres) et de Montréal (280 mètres). 

C'est dans ce large sillon que se trouve placé le chemin de fer 
qui fait communiquer Castres avec Castelnaudary et que coule la 
rigole qui alimente le canal du Midi, entre Sainl-Ferréol et Nau- 
îouse, point de partage des eaux. Vu de Saint-Félix de Caraman, 
il a l'air de former une dépression aux flancs adoucis, légèrement en 
pente; mais si on l'étudié de près, — ainsi que nous le ferons tout 
à l'heure, — on voit qu'il est constitué par des terrasses diluvien- 
nes en retrait et par des coteaux plus ou moins mamelonnés à 
la suite d'érosions, coteaux sur lesquels on constate des témoins 
de l'action diluvienne. 

Sur la carte de la pi. II, fig. 4, certaines cotes de hauteur, pri- 
ses dans la dépression dont il s'agit, ont été indiquées, là où 
existent d'anciennes terrasses diluviennes, afin que le lecteur 
puisse faire une sorte de profil en long, qui lui permette de 
rétablir facilement le cours et on peut presque dire aussi la pente 
de l'ancien lit de l'Agout. Ainsi, on voit qu'à Puech-Auriol, nord 
de ('astres, la cote qui représente la hauteur en mètres du dilu- 
vium ancien de la terrasse la plus élevée, indique le chiffre de 
298 mètres, et qu'en se dirigeant vers le sud, ou mieux vers la mer 
Méditerranée, cette cote diminue . on trouve, en effet, au Mont 
de Saïx, sud de Castres, 292 mètres ; à les Escudiés, sud de Saint- 
Affrique, 270 mètres; à Cahuzac, nord de Sorèze, 262 mètres ; à 
l'Embreoussou, entre Saint-Félix de Caraman et la Pomarède, point 
de partage des eaux de l'Océan et de la Méditerranée , 2i8 
mètres. Plus lein, le lit actuel du Fresque!, qui se jette dans 
l'Aude et de là dans la Méditerranée, représente l'ancien cours 
de l'Agout : certains dépôts diluviens anciens se retrouvent sur 
les bords de la Montagne-Noire, près du château de Castelet, à 
230 mètres; non loin d'Issel à 220 mètres; à Sainte-Catherine, 
près de Castelnaudary, à 209 mètres ; à En-Dreuille, près de Saint- 



- 124 - 

Martin-Lalande, à 177 mètres ; à Sauzens, au 8. E. de Villepinte, 
à 1 48 mètres; à la Trivalle, faubourg de Garcassonne, à 124 
mètres. 

Cette carte montre aussi que l'ancien lit de l'Agout, entre Cas- 
tres et Carcassonne, avait 7 à 8 kilomètres de largeur en moyenne 
et en certains points plus de 15 kilomètres, notamment sous le 
parallèle de l'ancien confluent du Thoré, tandis qu'entre Vielmur, 
Saint-Paul-Cap-de-Joux et la Pointc-Saint-Sulpice , la vallée 
actuelle de l'Agout ne dépasse pas deux ou trois kilomètres, si bien 
que, sur la Carte géologique de la France, les dépôts diluviens le 
long de celte rivière, entre les points que je viens de désigner, n'y 
sont même pas indiqués. 

Pour démontrer certains de ces dires, les plus importants, je 
m'élaierai sur plusieurs coupes, que j'ai relevées dans la région 
comprise entre Castres et Casielnaudary 5 mais auparavant on me 
permettra de parler des recherches faites par de Boucheporn dans 
le département du Tarn, à propos du terrain quaternaire. 

II 

De Boucheporn, dans Y Explication de la carte géologique du 
département du Tarn (1), consacre un chapitre de son livre au 
terrain qui nous occupe, chapitre qu'il intitule : Second étage ter- 
tiaire, allumons (p. 96). Après avoir dit qu'on trouve à la fois 
sur le sommet des plateaux élevés et sur le sol des plaines, un 
terrain formé de couches de gros galets et de bancs d'alluvion, 
qu'il croit contemporain de la molasse marine et qu'il range par 
suite dans le tertiaire moyen, ce savant émet l'opinion « que tou- 
tes les grandes vallées du département l'ont traversé déchiré, 
affaissé. C'est de là, — ajoute-t-il, — que nous avons tiré la preuve 
principale de la formation récente de ces vallées. » 

De Boucheporn croyait que les dépôts caillouteux des vallées, 
désignés par les auteurs sous les noms à'alluvions anciennes, que 
ceux que l'on observe à des hauteurs moyennes sur les flancs des 
coteaux et que ceux que l'on remarque encore plus haut jusqu'au 
faîte des plateaux tertiaires, étaient exactement identiques : «Ce 
sont, — disait-il, — différents lambeaux d'une même nappe d'al- 

(1) Imprimerie nationale, Paris ; 184-8. 



- 125 - 

luvion, occupant autrefois le niveau le plus élevé, mais abaissée 
maintenant en divers points par les grands affaissements qui ont 
produit les vallées et les plaines basses» (p. 98). Pour cet ingénieur, 
les alternances de dépôts et d'érosions ne répondaient pas à la 
grandeur des phénomènes observés : l'affaissement du sol des 
vallées donnait seul, — d'après lui, — « la solution la plus simple 
et la plus naturelle.» 

Plus loin (p. 99), recherchant l'origine et l'âge de la nappe 
aîluvienne et de galets, — comme il l'appelle, — il dit que « celle 
alluvion est contemporaine du grand mouvement qui a donné aux 
Pyrénées leur relief caractéristique, » et il confond les dépôts dilu- 
viens des plateaux avec les grès sableux et les poudingues de 
Puylaurens, c'est-à-dire avec le terrain éocène proprement dit, ce 
qui le conduit à ajouter (p. 404 ) : « Qu'on doit admettre sans 
aucun doute, que -ces deux terrains ont été formés en quelque 
sorte dans les mêmes eauœ, à deux époques contiguës. » 

Plus loin encore, nous le voyons « disposé à joindre » au ter- 
rain d'alluvion, le conglomérat éocène de Tonnac et de Cordes 
qui appartient en réalité, ainsi que je l'ai démontré , à l'éo- 
cène (4). 

Il parait surprenant , au premier abord, qu'un observateur 
aussi distingué que de Boucheporn, soit arrivé à des conclu- 
sions semblables ; mais n'oublions pas que cet ingénieur tenait 
peu compte des fossiles ; ainsi, il émettait l'opinion que le ter- 
rain tertiaire du bassin sous-pyrénéen devait être rangé dans 
l'étage inférieur et non dans le moyen, comme le voulaient d'une 
manière beaucoup trop exclusive, il faut le dire, MM. Dufrénoy et 
Klie de Beaumont. C'était simple, mais ce n'était pas exact. Notre 
savant paléontologiste, M. le D r Noulet, l'a prouvé; il a fait 
voir dans divers travaux importants (2) que les terrains d'eau 

(1) H. Magnan, Elude des formations secondaires des bords S.-O. du plateau 
central de la France entre les vallées de la Vère et du Lot, — Bulletin de la 
Société d'Histoire naturelle de Toulouse, t. III, p. 17 5 186^. 

(2) J. B. Noulet, Mémoires sur les coquilles fossiles des terrains d'eau douce 
du Sud-ouest de la France, Paris ; 1854. — Bulletin de la Société d'Histoire 
naturelle de Toulouse, t. I, p. 108 ; 1867. — Fossiles de la molasse et du 
calcaire d'eau douce (éocène sup.) de Briatexte (Tarn). Mémoires de l'Académie 
des Sciences de Toulouse, 5 fi série,, t. IV, p. 405 ; 1860. — Etude sur les fossiles 
du terrain supérieur du bassin de l'Agout (Tarn), Mémoires de l'Académie des 
Sciences de Toulouse, 6e série, t. I, p. 181. • 



— 126 — 

douce du Sud-ouest rie la France étaient constitués par des couches 
renfermant les unes, des fossiles de l'époque miocène, les autres 
des corps organisés de l'éocène, puis que les dépôts quaternaires ou 
pleistoccnes, — comme il les désigne, — contenaient dans le bas- 
sin du Tarn de nombreux débris tfElephas (machelière, fémur, 
défense] , une molaire de Rhinocéros à narines cloisonnées, 
,•.<-. (I). 

Ce qui se comprend moins facilement, c'est que de Boucheporn, 
pour expliquer la formation des vallées et des terrasses, ait invo- 
que des affaissements et des brisures qui n'existent pas, affaisse- 
ments et brisures purement imaginaires, que l'on ne voit d'ailleurs 
pas indiqués sur les cinq grandes coupes qui accompagnent sa 
Carte géologique du département du Tarn. Quoi qu'il en soit, la 
science doit à ce géologue, d'avoir observé, en divers points de 
ce département, de vastes dépôts diluviens à- diverses hauteurs, 
observations qui, ajoutées à celles que j'ai faites, nous serviront 
à faire quelques remarques sur la manière dont se son!, formés 
ces dépôts et sur le rôle considérable qu'ont joué les agents d'éro- 
sion pendant la période quaternaire. 

lîi 

.le vais maintenant décrire, d'une manière aussi concise que 
possible, trois coupes que j'ai prises dans la région comprise entre 
(Castres et Castelnaudary, et qui sont ligurées dans la pi. Il, qui 
accompagne ce travail. 

La première a été relevée dans le bassin Océanien, entre Engo- 
lis, près de Mazamet, le Mont de Saïx, sud de Castres, et les 
Ormeaux, près d'Entounty (Tarn). 

La seconde, sur la ligne de faîte des bassins Océanien et Médi- 
terranéen, entre le massif au sud de Vaudreuille, Armengaud 
(Tarn) et Saint-Félix de Caraman (Haute-Garonne). 

La troisième, dans le bassin Méditerranéen, entre le Moulin- 
d'Escande, près' de Labécède, Castelnaudary et le massif de Ville- 
neuve-la-Comptal (Aude). 



(1) J. B. ÎSoulet, Note sur les dépôts pleistocènes des vallées sous-pyrénéennes 
et sur les f'ofsiles qui eu ont été retirés, Mémoires de l'Académie des Sciences 
de Toulouse, 4« ^rie, t. IV, p. 125,; 1854. 



— 127 - 

Ces trois coupes sont toutes plus ou moins perpendiculaires au 
large sillon dont j'ai parlé. En d'autres termes, telles sont trans- 
versales par rapport à l'ancien lit de l'Agout ; elles ont été cons- 
truitesavec le plus grand soin, à l'échelle de -jôtJ-ôô • Eu égard à la 
faiblesse des altitudes, j'ai cru devoir doubler les hauteurs, ce qui 
n'empêche pas ces coupes de rendre aussi bien compte qu'il est 
possible de le faire, à une aussi petite échelle, de l'orographie de 
la région qu'elles sont destinées a représenter. 

Coupe d'Engelis au Mont de Saïx et aux Ormeaux, près 
d'Entounty, pi. II, fig. 1. 

Cette coupe est dirigée S.E.-N.O, entre Engelis et le Mont- 
de-Saïx, et E.O., entre ce mont et les Ormeaux. Sa longueur est 
de 20 kilomètres. La partie orientale, à partir du Mont-de Saïx, a 
été en partie construite sur l'ancien lit du Thoré, rivière qui se 
jette dans l'Agout, non loin de Saïx. C'est ce qui explique pourquoi 
le terrain diluvien se développe beaucoup plus en surface ici qu'ail- 
leurs. Un coup-d'œil jeté sur la carte (pi. II, fig. 4) fera comprendre 
ce que je viens de dire. 

A Engelis (ouest de Mazamet), sur les gneiss à mica noir, du 
terrain primordial, qui constitue les premières croupes de la 
Montagne-Noire (y de la coupe) et sur les calcaires à Planorbis 
castrensis, Nouletet pseudammonius, Voltz, de l'éocène d'eau douce 
(e 1 ) qui forment le substralum entre La Cartayrié, Prades et la Borie- 
Basse (carte du dépôt de la guerre), on voit reposer une singulière 
formation : c'est un dépôt (d. g.) formé de roches généralement 
granitiques et gneissiques, quelquefois calcaires, — d'un volume 
variant entre un petitcaillou et une tête de bœuf, et plus encore, -- 
qu'emballent des argiles grumeiées, jaunâtres. Ces roches sont 
presque toujours décomposées ou aréneuses ; elles paraissent plus 
ou moins roulées-, quelques-unes cependant sont à arêtes vives et 
entourées d'argile sableuse et de terres ayant l'apparence de boues 
glaciaires (I). Ce terrain de transport me rappelle de tous points 
celui que j'ai observé entre Lannemezan et Labarthe-de-Neste, au 



(1) Je n'ai pu y rencontrer les cailloux striés caractéristiques: mais il con- 
vient d'ajouter que les roches tendres qui reçoivent d'ordinaire l'empreinte des 
rayures ou des stries ne s'y montrent guère. 



- 428 -. 

pied dos Pyrénées, et que l'on croit généralement appartenir à 
une ancienne moraine. Je puis dire, en outre, qu'il est entière- 
ment différent des terrains diluviens proprement dits. 

Si celte manière de voir se confirmait, nous aurions ici des 
traces d'une ancienne moraine profonde ou peut-être frontale, 
.qui aurait été ultérieurement démantelée par les phénomènes 
d'érosion de l'époque diluvienne, ce qui expliquerait pourquoi 
elle est restée jusqu'ici cachée aux yeux des géologues. 

Quoiqu'il en soit, et en continuant à marcher vers leN.O., 
nous remarquerons entre la Borie-Basse, Labruguière et Salle- 
picussou, un dépôt franchement diluvien (d*) — principalement 
formé de petitscailloux.de quartz blanchâtres, laiteux, vitreux, à 
éclat gras, perdus au milieu de limons noirâtres, — dont l'altitude 
(190 mètres) est à environ 20 mètres au-dessus du lit actuel du 
Thoié. Ce dépôt représente un lit relativement récent de cette 
rivière, à l'époque où celle-ci se jetait dans l'Agout, par Saint 
Affnque et Viviers-lès -Montagnes. 

Plus loin, de Sallepieussou à Gâches, apparaît le terrain éocène 
supérieur (e 2 ), qui est formé de grès et d'argiles plus ou moins 
colorées, jaunâtres, rougeâtres ou orangées, en couches presque 
horizontales etqui constitue des mamelons plus ou moins arrondis, 
dont l'altitude ne dépasse pas 224- mètres, lesquels sont dominés 
par une terrasse élevée, sorte de plateau, dont la hauteur atteint 
près des Aguls 254 mètres. Cette terrasse, qui s'étend sur 4 kilo- 
mètres de longueur, entre Gâches et les Gayrauds, et sur laquelle 
les métairies des Aguls, de Lacalm, du Pioch, etc., se trouvent 
assises, est formée de cailloux pugilaires et céphalaires empruntés 
aux roches primordiales et de transition de la Montagne-Noire, 
surtout aux filons de quartz (quartz blanchâtre, vitreux, laiteux, a 
éclat gras), qui lardent ces terrains. 11 y a aussi, mais ils ne 
jouent qu'un rôle accessoire, des cailloux de gneiss, des schistes 
micacés durs, des sortes de quartzites, des schistes amphiboliques. 
Ces cailloux, dont la forme est souvent assez irrégulièrement 
arrondie, sont plus gros que ceux que nous avons observés près de 
Labruguière. La terre qui les entoure est jaunâtre. Il devient donc 
impossible, en laissant même de côté la différence d'altitude, de 
confondre les deux dépôts. C'est sur le terrain de transport de la 
lerrasse des Aguls (d' 2 ) que croissent, grâce à la perméabilité du 
sol, de nombreuses vignes. Cette terrasse, nettement indiquée sur 



— 429 — 

ma coupe, est dominée à son tour, au nord-est, par des hauteurs 
bien connues des habitants de la région de Castres, par le Mont de 
Saïx que j'ai esquissé à l'arrière-plan, petite montagne remar-? 
quable, en ce sens, que sur les grès et argiles de l'éocène supérieur 
qui la constituent, reposent à 292 mètresd'altitude ou à 140 mètres 
environ au-dessus de l'Agout, d'anciens témoins de la période 
diluvienne (1). Ces témoins consistent en quelques cailloux géné- 
ralement quarlzeux, — ressemblant à ceux de la terrasse des 
Aguls, — qui indiquent ici l'existence d'une ancienne terrasse, la 
plus élevée de la coupe (d l ), qui a été en majeure partie érodée, 
et qui correspond à celle que je signalerai hientôt aux Ormeaux. 

En descendant des Aguls et du Pioch, vers Cambounet, dans la 
vallée du Sor, on trouvera, un peu en contre-bas, deux autres 
terrasses inférieures : l'une d'elles,' qui fait suite et qui se lie 
insensiblement à celle du Pioch et des Aguls, porte sur ma coupe 
la lettre d 3 ; elle est composée de cailloux roulés ressemblant à 
ceux que je viens de décrire; l'autre, celle indiquée par la lettre 
d 4 , et sur laquelle les hameaux de Longuegineste et d'En-Bouisse 
sont situés, a des cailloux plus petits. Plus bas entin, dans la vallée 
proprement dite, où se trouve établi le chemin de fer de Castres à 
Castelnaudary, on observe des dépôts diluviens (d 5 ) composés 
aussi de cailloux de petite dimension (2). 

Des rives du Sor aux Ormeaux, nous passerons en revue les 
divers horizons diluviens déjà indiqués (voir la coupe). Cambou- 
net nous laissera voir, grâce aux affouillements de la rivière, les 
couches horizontales ou très peu inclinées de l'éocène supérieur (e 2 ), 
formé de grès sableux et d'argiles peu colorées. Le village est assis 
sur le terrain diluvien (d 4 ). La montée, vers le château de la 
Serre nous permettra de reconnaître : des dépôts caillouteux à une 

(1) De cette petite montagne on jouit d'un très-beau coup-d'œil sur ie bassin 
de Castres, et sur les régions du Sidobre et de la Montagne-Noire. On voit 
auss» et surtout se dessiner nettement la vaste dépression qui longe cette der- 
nière montagne dans la direction de Revel, et qui représente, — ai-je dit, — 
l'ancien lit de l'Agout. Cette dépression, due aux érosions de la période qua- 
ternaire, permet de voir, de loin., quand le temps est favorable, quelques-uns 
des sommets des Pyrénées. Je ne saurais assez recommander l'ascension du 
Mont de Saïx, par le plateau des Aguls, à ceux qui voudront avoir une idée de 
la grandeur des pbénomènes diluviens au début de la période quaternaire. 

(2) Quelques ossements fossiles encore indéterminés ont été trouvés à ce 
niveau près de Castres. 

9 



— 130 - 

altitude d'environ 200 à 2I0 mètres, qui correspondent à ceux de 
la terrasse marquée cP ; plus haut, à l'ouest de la Métairie-Haute, 
à 255 mètres de hauteur, des cailloux rouies qui forment une 
sorte de plaine élevée, — l'équivalent de celle du Pioch et des 
Aguls (<Z 2 ), — cailloux qui ressemblent de tous points à ceux que 
j'ai signalés à cette altitude; enfin, plus haut encore, à la métairie 
des Ormeaux et à 500 mètres au-dessus du niveau de la mer, des 
dépôts diluviens qui constituent la terrasse la plus élevée de toutes, 
dépôts correspondant à ceux du sommet du Mont de Saïx, que 
j'ai désignés par la lettre d 1 et qui sont formés, ici comme là, 
par des cailloux ordinairement quartzeux. 

Je ferai remarquer que le terrain tertiaire — éocène supérieur — 
affleure en divers points sous les dépôts quaternaires, notamment 
près de Maraval, où les grès de l'éocène passent à un poudingue 
formé de cailloux ordinairement calcaires, de petite dimension, 
toujours impressionnés, c'est-à-dire montrant des parties convexes 
s'emboîtant dans des parties en creux ou concaves. C'est ce pou- 
dingue que de Boucheporn a confondu en divers lieux, surtout à 
Puylaurens {antè p. 125), avec le terrain diluvien. Nous le retrou- 
vons à l'ouest des Ormeaux et à un niveau plus élevé que la ter- 
rassse la plus haute, c'est -à-dire à 550 mètres d'altitude. Il constitue 
là une petite région plane, couverte de petits cailloux calcaires, 
qui pourraient facilement en imposer à un observateur qui ne 
serait pas familiarisé avec la lithologie du terrain tertiaire. 

Pour résumer la coupe que nous venons de passer en revue, 
je dirai qu'on trouve, entre Engeîis et les Ormeaux, des dépôts 
diluviens à cinq niveaux différents: 

Ceux de la terrasse la plus élevée, du Mont de Saïx et des 
Ormeaux [d 1 ), à 292 et 500 mètres u'altitude; 

Ceux de la terrasse des Aguls et de la Métairie-Haute (d 2 ), à 254 
et 255 mètres ; 

Ceux de la terrasse, au bas de celle des Aguls et du château de 
la Serre (d 3 ), à 220 et 230 mètres ; 

Ceux des environs de Labruguière, de Longuegineste et de 
Cambounet (d' k \ à 180 et 190 mètres; 

Ceux de la vallée du Sor, proprement dite(d 5 ), à 160 mètres. 

J'ajouterai : que les dépôts des terrasses les plus élevées sont 
constitués pardes cailloux roulés d'un volume plus considérable que 
ceux des basses vallées, les uns, d'ailleurs, sont entourés de terres 



— 431 — 

argileuses jaunâtres, les autres de limons noirâtres; qu'indépen- 
damment de ces dépôts, il en existe un antre qui pourrait peut- 
être appartenir à l'époque glaciaire [d. g.) ; et qu'en dehors de mes 
coupes, il existe aussi des terrains caillouteux — indiqués depuis 
longtemps sur la Carte géologique de la France, par MM. Dufrénoy 
et Elie de Beaumont, — qui apparaissent notamment sur les hau- 
teurs, entre Puylaurens et Toulouse. 

Je crois devoir dire, d'ores et déjà, que les terrasses supérieures, 
d l et d 2 , que nous venons d'étudier, représentent l'ancien lit de 
l'Agout, à l'époque où cette rivière se déversait dans la Méditer- 
ranée. Nous retrouverons, en effet, ces terrasses dons la coupe 
suivante, sur la ligne de faîte des bassins Océanien et Méditerra- 
néen, et à un niveau un peu inférieur à celui que nous avons 
observé ici, par suite de la pente de l'ancien lit. 

D'un autre côté, je ferai remarquer que le terrain constitutif du 
pays Castrais, l'éocène supérieur, n'est pas faille et que ses couches 
sont légèrement inclinées, vues en grand, vers l'ouest. Cetteabsence 
de brisures nous conduit à admettre que les vallées se sont formées 
par voie d'érosion et d'affouillement successifs : les terrasses les 
plus élevées étant les plus anciennes; mais je reviendrai plus loin 
sur cette question, dès que j'aurai terminé la description des 
coupes qui accompagnent celte notice. 

Coupe entre le massif de Vaudreuille, Armengaud, VEnmaurel 
et Saint- Félix de Car aman, pi. Il, fig. 2. 

La direction de cette coupe est E.S.E. à O.N.O. 5 sa longueur 
ne dépasse pas 40 kilomètres. 

Des hauteurs situées à 2 kilomètres au sud de Vaudreuille — 
et indiquées sur la carte du dépôt de la guerre (feuille de Castres) 
par la cote 436, — à Armengaud, on remarque des granites-gneiss, 
avec filons de quartz, vitreux, blanchâtre (y). Ces roches primor- 
diales, qui constituent les premiers ressauts de la Montagne-Noire, 
sont, ainsi que l'indique la coupe de la pi. 11, fig. 2, en bancs 
très-relevés. Sur elles reposent, près d'Armengaud, des sables et 
des argiles, en couches presque horizontales, qui appartiennent à 
l'éocène supérieur (e 2 ). A leur tour, ces couches tertiaires sont 
recouvertes, entre Armengaud, Perairol et i'Enmaurel, par un 
terrain de transport de l'époque diluvienne (d 1 ), qui rappelle celui 



- 432 — 

que nous avons reconnu dans la coupe précédente, aux Ormeaux 
et au Mont de Saïx ; il est formé de cailloux roulés, ordinairement 
céphalaires, généralement quartzeux, avec terres jaunâtres. Ce 
terrain constitue un plateau — en certain? points raviné laissant 
par suite affleurer, çà et là, les marnes de l'éocène, — dont la hau- 
teur au-dessus du niveau de la mer varie entre 239 et 248 mè- 
tres et dont la largeur peut être évaluée en moyenne à 3 kilo- 
mètres. 

Si les érosions de la période quaternaire n'avaient pas façonné 
le sol poslérieurement au dépôt du terrain que nous venons de 
reconnaître à Perairol et à l'Enmaurel, nous aurions pu suivre ce 
terrain, sans solution de continuité, depuis là jusqu'au plateau des 
Ormeaux ou jusqu'au Mont de Saïx, où nous l'avons signalé; 
mais des ruisseaux le Laudot, le Sor et beaucoup d'autres qui 
naissent dans le massif ancien d'Arfons, l'ont découpé de mille 
manières, l'ont enlevé en certains lieux. 11 en reste, néanmoins, de 
nombreux témoins, notamment entre Cahuzac, Lagardiolle et 
Saint-Affrique. Du côté opposé, en descendant le Fresquel, qui se 
jette dans la Méditerranée, ce môme dépôt se reconnaît dans le 
plateau sur lequel se trouve assis le château de Gastelet et sur les 
bords du massif ancien, dans les environs de Peyrens et de Labé- 
cède ; mais ici, il a été encore plus érodé que partout ailleurs, et 
il devient souvent difficile d'en suivre les traces. 

Revenons à notre coupe, et nous verrons que non loin de l'En- 
maurel, le plateau en question est interrompu. Un ressaut de 20 à 
25 mètres existe, et une terrasse diluvienne rudimentaire id 2 ) 
beaucoup mieux développée au sud, se montre en contre-bas. 
C'est sur cette sorte de terrasse, ou plutôt de méplat diluvien, que 
coule la rigole qui alimente le canal du Midi, et qu'est assise la 
métairie d'Enraban. Un peu plus bas, et sur des alluvions de cou- 
leur noirâtre, qui s'étendent sur un kilomètre et demi de largeur, 
et auxquelles sont mélangés des cailloux quartzeux de petite 
dimension, le chemin de fer de Castelnaudary à Castres se trouve 
établi. 

En continuant cette coupe vers Saint-Félix de Caraman, on 
trouvera, avant de gravir les hauteurs sur lesquelles ce village 
s'étend, un dépôt de lehm jaunâtre avec concrétions calcaires, 
dépôt que nous reconnaîtrons aussi à un niveau un peu plus bas, 
à Sainte-Catherine, près de Cristelnaudary. Ici ce lehm se trouve 



— 133 — 

à 220 mètres d'altitude-, il doit recouvrir le terrain caillouteux 
proprement dit (d 2 ). La montée de Saint-Félix de Caraman, nous 
permettra d'observer le terrain tertiaire en couches presque hori- 
zontales non faillées. Ce sont des argiles colorées, des poudingues 
à cailloux de petite dimension, ordinairement calcaires et impres- 
sionnés, et de petites couches de calcaire argileux et noduleux qui 
entrent dans la composition de l'éocène supérieur (e 2 ). — Les éro- 
sions ont façonné ces couches d'une manière toute particulière, et 
la présence de l'assise calcaréo-argileuse s'affirme de loin par une 
sorte de plateau, qui est dû à la résistance relative de cette roche. 
C'est la surface plane que l'on voit sur ma coupe entre le Crucifix 
et Saint-Félix de Caraman, et qui porte la cote 286. 

La coupe d'Armengaud à Saint-Félix de Caraman nous permet 
de dire que l'Agout, au commencement de l'époque quaternaire, 
avait au moins une largeur de (5 à 7 kilomètres. Cette largeur 
paraît, au premier abord, beaucoup moindre que celle que nous 
avons reconnue à ce cours d'eau, sous le parallèle du plateau des 
Aguls (pi. II, fig. '!) ; mais n'oublions pas ce fait important, 
c'est que la coupe fig. 4 , a été relevée presque dans l'axe de 
l'affluent principal de cette rivière, c'est-à-dire dans l'axe du 
Thoré. 

Je crois devoir faire remarquer de nouveau, que la coupe fig. 2, 
que nous venons rapidement de décrire, a été construite sur la 
ligne de faîte, ou en d'autres termes, sur la ligne de partage des 
eaux de l'Océan et de la Méditerranée, c'est-à-dire loin de tout 
cours d'eau actuel important. 

Coupe entre Labécède , Castelnaudary (Sainte- Catherine) et 
Villeneuve-la- Comptai, pi. II, fig. 3. 

La coupe dont il s'agit a 45 kilomètres de longueur ; sa direction 
est N. 10° E. à S. 40° 0. Transversale aux vallées actuelles du 
Fresquel et du Tréhoul, — ruisseaux qui ont creusé leur lit 
depuis que l'Agout ne coule plus sur le versant méridional de la 
Montagne-Noire, — cette coupe est très-intéressante, en ce sens 
qu'elle montre, sur le versant Méditerranéen, le large sillon qui 
a été creusé par les affouillements de l'Agout, sillon de 40 à 42 
kilomètres de largeur, qui ne s'expliquerait pas si on invoquait 
seulement l'action érosive produite par les ruisseaux — le Fres- 



- 134 — 

quel et le Tréboul — dont je viens de parler, lesquels prennent 
naissance à quelques kilomètres de distance, près de Saint-Félix 
de Caraman et de Naurouse. J'ajouterai que ce sillon se poursuit 
jusqu'à Garcassonne et au-delà, c'est-à-dire jusqu'à la Méditer- 
ranée; la carte du dépôt de la guerre le dessine, du reste, 
assez bien. 

Je dois dire, une fois de plus, que les érosions qui se sont pro- 
duites pendant la période quaternaire, ont joué ici un rôle con- 
sidérable. Le plus ancien lit de l'Agoul a été, sinon totalement, 
du moins en majeure partie, enlevé à la suite d'affouillements 
successifs; il n'en reste que quelques traces — quelquefois même 
discutables, — du côté de la Montagne-Noire ; mais le second lit 
de cette rivière, celui que nous avons observé à 2M et à 255 
mètres d'altitude aux Agulsetà la Métairie- Haute et signalé au sud 
d'Enraban et près de Saint-Félix, à 220 mètres environ, se voit 
très-bien à Sainte-Catherine, près deCastelnaudary, où il constitue 
un plateau élevé de 60 mètres au-dessus du niveau des petites 
vallées actuelles du Treboul et du Fresquel, plateau qui s'étend 
jusques auprès de Naurouse (1) et qui supporte les villages de 
Souilbanel, de Ricaud, d'Airous, de Labastide-d'Anjou. C'est sur 
lui que la grande route de Toulouse à Narbonne se trouve 
assise. 

Si maintenant nous étudions la coupe pi. II, fig. 3, nous ver- 
rons que sur les roches calcareuses et amphiboliques, que sur les 
schistes micacés, xyloïdes, que sur les pegmatites et les gneiss for- 
tement relevés, du terrain primordial, qui se montrent dans les 
environs du Moulin d'Escande et de Labécède, reposent des 
roches de détritus, des cailloux roulés quartzeux, qui sans doute 
appartiennent à la période diluvienne (d 1 ); je dis sans doute, 
parce que le terrain éocéne [e l ) formé à la base d'argiles rougeâtres, 
vineuses, jaune-orangées, quelquefois blanchâtres, paraît aussi 
contenir des cailloux roulés et des sables jaunâtres. A ces argiles 
diversement colorées, succèdent des sables, des grès friables, légè- 



(1) Des témoins à invoquer, pour prouver la réalité des érosions, sont les 
bancs de poudingue sur lesquels on a établi l'obélisque de Naurouse, au point 
de partage des eaux du canal du Midi. Ce petit affleurement pierreux devait 
former autrefois une île ou une presqu'île au milieu de l'ancien lit de 
l'Agout. 



- 135 - 

renient, inclinés au sud, qui renferment à Issel de nombreux 
fossiles de l'éoeène (Lophiodon, Tortues, etc.) et qui sont suivis 
jusqu'au Fresqucl, par des marnes avec bancs sableux et poches 
sableuses. Ces roches étaient autrefois recouvertes par ie terrain 
diluvien. C'est donc à la suite d'érosions qu'elles apparais- 
sent là. 

Sur les bords du ruisseau du Fresquel, — ainsi que l'indique 
la coupe fig. 3, — on peut reconnaître des alluvions récentes 
(d 4 ou 5 ) noirâtres, avec cailloux roulés, généralement quartzeux, 
de très petite dimension. 

La montée vers Sainte-Catherine ou vers Casteïnaudary, laissera 
voir de nouveau les roches de l'éoeène supérieur, - marnes, 
argiles, sables et grès peu résislants, — qui sont surmontées par 
un dépôt diluvien qui les cachait autrefois (d 2 ). Ce dépôt qui a, 
en certains endroits, six mètres d'épaisseur, forme l'assiette du 
plateau dont j'ai déjà parlé dans la page précédente, lequel, nous 
l'avons vu, s'étend jusque vers Naurouse. On y remarque des 
cailloux roulés, ordinairement quartzeux, vitreux, laiteux, jaunâ- 
tres, à éclat gras, ressemblant a ceux que nous avons étudiés et 
désignés dans les coupes précédentes sous la lettre d 2 ; mais ici 
les cailloux sont plus petits, ce qui est dû sans doute à l'éloigne- 
ment des montagnes d'où ils proviennent. Les limons qui les 
entourent paraissent noirâtres et sont recouverts en quelques 
points par un terrain de lelim jaunâtre, qui a les caractères 
de celui précédemment reconnu au-dessous de Saint-Félix de 
Caraman. 

La descente vers le ruisseau du Treboul, ou si l'on veut, dans la 
vallée du canal, nous permettra d'étudier de nouveau les couches 
de l'éoeène supérieur (Y 2 ), toujours un peu inclinées au sud et 
qui apparaissent ici, comme près du Fresquel, à la suite d'éro- 
sions relativement très-récentes. Plus à l'ouest, à partir du canal 
du Midi et jusqu'à Villeneuve-la-Comptal, nous pourrons observer 
le terrain diluvien de la vallée actuelle (d i ou 5 ). Ce terrain 
qui recouvre les couches gypseuses du Mas-Saintes-Puelles, un 
peu au nord de ma coupe, est formé de très-petits cailloux roulés, 
quartzeux. et de limons noirâtres. 

Dans les coteaux auprès de Villeneuve-la-Comptal, se dévelop- 
pent des couches calcaires et argileuses, de couleur généralement 
blanchâtre ou jaunâtre, ça et là rosâtres et verdâtres, exploitées 



— 136 - 

pour alimenter des fours à chaux (1). Ces couches sont recouver, 
tes par des poudingues à cailloux de petit volume, ordinairement 
calcaires, 'impressionnés, que j'ai signalés [antèip. 130 cl 133) dans 
le terrain éocène supérieur, notamment à Saint-Félix de Caraman 
et à l'ouest des Ormeaux. 

J'insisterai, en terminant la description de cette coupe, sur le 
fait stratigraphique suivant : C'est que les bancs du terrain ter- 
tiaire des environs d'Issel, de Castelnaudary et de Villeneuve-la- 
Comptai sont légèrement inclinés au sud, mais nullement failles, 
nouvelle preuve de la formation des vallées actuelles par voie 
d'érosion. 

Je crois devoir dire que j'ai observé les phénomènes diluviens 
sur le pourtour de la Montagne-Noire, en des points nombreux, 
assez éloignés de ceux que j'ai décrits. Mais, pour ne pas m'expo- 
ser à des redites continuelles, j'ai du choisir quelques exemples, 
c'est-à-dire les coupes que nous venons de passer en revue. J'ajou- 
terai que, partout, les faits principaux que j'ai indiqués se retrou- 
vent : ainsi, au nord et à l'ouest de Castres, tous les mamelons 
tertiaires sont recouverts de témoins diluviens ; il en est de 
même, en bien d'autres lieux, notamment entre Castelnaudary et 
Carcassonne. 

IV 

Les travaux de nos devanciers nous amènent tout d'abord à 
reconnaître qu'il existe à un niveau élevé au-dessus des vallées, 
des témoins d'une action diluvienne générale ; — ces témoins, 
MM. Dufrénoy et Elie de Beaumont les ont signalés depuis longtemps 
sur les hauteurs entre Puylaurens et Toulouse, et de Boucheporn 
en a figuré quelques-uns sur ses coupes d'ensemble dans le Tarn -, — 
puis, que des terrasses diluviennes ta divers niveaux, c'est-à-dire 



(1) Ce sont daus ces calcaires, supérieurs aux sables et aux grès d'Issel à 
Lophiodon, que l'on trouve de nombreux Palœolheriums (P. magnurrij médium 
et minus de Cuvier) ; le Chœropotamus parisiemis, Cuv. ; le Dichobune 
leporinum, id. : le Pterodon, dasyuroïdes, de Blainville ; etc., associés à des 
coquilles fossiles terrestres et d'eau douce d'une conservation parfaite, coquilles 
qu'ont fait connaître Boubée, Marcel de Serres et M. le D> Noulet. . 



- 437 — 

des nappes en retrait, les unes par rapport aux autres, s'observent 
le long des cours d'eaux. 

D'un autre côté, les coupes qui accompagnent ce travail, nous 
ont montré : que Page de ces terrasses peut être, jusqu'à un certain 
point, reconnu de diverses manières, par leur altitude, par le 
volume des cailloux, par la couleur des limons ou des terres plus 
ou moins sableuses ou argileuses qui les emballent; que les ter- 
rains constitutifs du sous-sol, c'est-à-dire les formations infra-dilu- 
viennes n'ont pas été l'aillées, ainsi que le supposait de Bouche- 
porn, et que par suite, les vallées et les terrasses ne sont pas dues, 
comme le pensait ce savant, à des affaissements et à des brisures, 
mais bien à des érosions ou à des affouillemenls successifs suivis 
de dépôts caillouteux. 

Enfin, ces mômes coupes et la carte de la pi. II, nous ont aussi 
fait voir, grâce aux cotes de hauteur, qus certaines terrasses les 
plus élevées, — celles qui sont marquées d l et d 2 , — ont dû se 
former alors que l'Agout se déversait dans la Méditerranée. 

De ces faits qui se rapportent d'ailleurs, pour certains d'entre eux, 
à ceux qui ont été étudiés dans les bassins delà Seine, du Rhin, 
du Rhône et de la Garonne, il ressort des considérations générales 
et des remarques que je vais indiquer. 

Je dirai en commençant, et quoique ceci ait l'air de sortir un 
peu de mon cadre, que des glaciers immenses, dont ceux des Alpes 
ne nous donnent qu'une faible idée, s'étendaient autrefois sur 
toutes nos montagnes du Midi. Ainsi, les Pyrénées avaient des 
glaciers qui recouvraient, on peut le dire, toute cette chaîne (1). 
Sur le plateau central de la France, les anciens glaciers devaient 

(1) Depuis M. Fargeaud, qui paraît être ie premier qui ait signalé, en 1839, 
des phénomènes de l'époque glaciaire dans les Pyrénées, divers savants, — 
MM. Angelot, de Charpentier, Boubée, Durocher, de Boucheporn, Max Braun, 
Garrigou, — ont fait connaître, en divers points, des roches polies, striées, 
moutonnées et des moraines; mais on doit surtout' à MM. Ch. Martins et Ed. 
Collomb des travaux importants sur le sujet. (Bulletin de la Société géologique 
de France, 2e série, t. XI, p. 442 ; 1854. — Idem, t. XXV, p. 141 ; 1867.) 

A mon tour j'ai remarqué dans les Pyrénées et à leur base, de nombreux 
témoins de la période glaciaire : le long des vallées et sur le flanc des mon- 
tagnes, des restes de moraines latérales et profondes ; dans la plaine ou presque 
dans la plaine, des traces de moraines frontales ; partout des roches polies, 
striées et surtout moutonnées. (Voir à ce propos certaines observations relatées 
dans le Bull, de la Société d'Histoire naturelle de Toulouse, t. IV, p. 33 et 114), 



- 138 - 

jouer un rôle tout aussi considérable, à eu juger par certains tra 
vaux récemment publiés (I). 

Les moraines des glaciers les plus anciens furent remaniées et 
érodées vers la fin de la période pliocène, je le crois du moins. 
C'est ce qui expliquerait, peut-être, h» formation singulière que Tou 
remarque à la base des Pyrénées, surtout dans le plateau de Lan- 
nemczan et dans certaines parties des Petites-Pyrénées de l'Ariége 
et de la Haute-Garonne, au contact de la plaine, et que j'ai cru 
retrouver entre Engelis, La Cartayrié et la Borie-Basse, au pied de 
la Montagne-Noire (antè p. 127), et c'est ce qui expliquerait en 
même temps, pourquoi on ne rencontre pas, à la ba.se de nos 
grandes montagnes pyrénéennes, les immenses moraines frontales 
que l'on devrait y trouver, si l'on considère l'altitude considérable 
qu'atteignent au-dessus des vallées, près de la ]>laine, certaines 
moraines latérales et certaines roches moutonnées. 

A ces glaciers, on peut dire presque pliocènes, succédèrent des 
glaciers de la période quaternaire, proprement dite, mais ceux-ci 
furent beaucoup moins étendus que les précédents. Leurs moraines, 
plus ou moins entamées par des érosions postérieures et que l'on 
commence à étudier dans les vallées des Pyrénées (2), seront un 
jour, je n'en doute qas, signalées sur bien des points du plateau 
central de la France. 

Quoi qu'il en soit, et pour en revenir au sujet qui m'occupe 
plus spécialement, il n'en est pas moins certain qu'au commence - 



(1) Voyez : Ch. Martins, Sur l'ancienne existence, durant la période qua- 
ternaire, d'un glacier de second ordre occupait T. le cirque du haut de la vallée 
de Palhères dans la partie orientale du massif granitique de la Lozère, 
Comptes rendus de l'Institut, t. LXVÏI, p. 933 ; 18G8. — A. Julien, Phénomènes 
glaciaires dans le plateau central de la France et en particulier dans le Puy- 
de-Dôme et le Cantal^ Paris; 1809. — J. Martin, Les glaciers du Morvan, 
Bulletin de la Société géologique de France, 2« série, t. XXVII, p. 225 ; 1809. 
— J. Marcou, Notes pour servir à l'histoire des anciens glaciers de l'Auvergne, 
Bulletin de la Société géologique de Fraace,, 2<' série, t. XXVII, p. 361 ; 1870. — 
Tardy, Noie sur les glaciers du Velay, Bulletin de la Société géologique de 
France, 2« série, t. XXVI, p. 1 178 ; 1809. — Sur les traces d'anciens glaciers 
dans la vallée de la Cèze, idem t. XXVlIj p. i88 ; 1870. 

(2) Noire confrère le D 1- Jeanbernat vient d'appeler l'attention sur de nom- 
breuses moraines qu'il a observées dans les vallées de la (jaronne et de la 
Pique. (Bulletin de la Société d'Histoire naturelle de Toulouse, t. IV, p. 112). 



— 439 - 

nient de la période quaternaire, de puissantes eaux, qui provenaient, 
sans aucun doute, de la fonte des neiges et des glaces accumulées 
sur nos montagnes, déposèrent à leur pied, un manteau diluvien 
composé de cailloux roulés et d'argile jaunâtre ou rougeatre. Les 
rivières de nos plaines n'étaient pas encore ébauchées; aussi ce 
dépôt se répandit-il en nappe presque horizontale sur les couches 
tertiaires ou d'âge différent, et, fait très-mportant, sur les moraines 
des glaciers anciens ou de la fin de la période pliocène (1). C'est là 
la première phase, la grande phase, on peut dire, de l'action dilu- 
vienne proprement dite. Ce sont ces premiers dépôts quaternaires 
qui constituent ce que plusieurs géologues désignent sous le nom de 
diluvium des plateaux ou depléistocène ancien. On les trouve dans 
nos régions, au pied des Pyrénées comme autour du plateau cen- 
tral, à une altitude généralement élevée, constituant des parties 
planes, à environ 400 ou 200 mètres au-dessus des vallées 
actuelles (2). MM. Dufrénoy et Elie de Beaumont les ont rangés 
dans le midi de la France dans le terrain pliocène, ce qui n'est 
pas admissible, puisque les couches réellement pliocènes de l'Aude 
et des Pyrénées-Orientales, qui se lient intimement avec les mar- 
nes du miocène à Ostrea crassissima ont été relevées et disloquées 
comme celles-ci, tandis que les dépôts diluviens des plateaux dans 
lej mêmes régions, — dépôts synchroniques de ceux du bassin 
sous-pyrénéen, — sont demeurés horhontaux. 

Plus tard le volume des eaux descendu des montagnes diminua ; 
— la cause doit en être sans doute attribuée à une moins grande 
abondance des neiges et des glaces ; — les rivières commencèrent 
à se former et aifouillèrent les premiers dépôts diluviens, c'est-à- 
dire le diluvium des plateaux. Ce fut là la deuxième phase du 
phénomène qui nous occupe, et sur les parties creusées ou affouil- 
Ijesse déposèrent, à plusieurs reprises, des cailloux roulés et des 
argiles. C'est alors que l'Agout suivait les bords du plateau central 
et de la Montagne-Noire pour se jeter dans la Méditerranée, par 



Cl) J'ai remarqué, notamment, ce fait dans les petites montagnes connues des 
géologues sous le nom de petites Pyrénées de la Haute-Garonne et de l'Ariége. 

(2) Je dois dire que les dépôts diluviens des plateaux, d'origine pyrénéenne, 
se lient à ceux du plateau central de la France, non loin d'une ligne qui pas- 
serait par Toulouse et la vallée de l'Ariége jusqu'à Saverdun. Au-delà, celte 
limite n'est encore qu'ébauchée. 



- 440 - 

Saix, Revel, Soupex, Castelnaudary, Alzonne et Carcassonne, et 
c'est alors aussi que se formèrent ces terrasses élevées (d* et d 2 de 
mes coupes) des Ormeaux, du Mont de Saïx, des Aguls, delà 
Métairie-Haute (pi. II, fig. \), d'Enmaurel et d'Enraban (pi. Il, 
fig. 2), de Labécède et de Sainte-Catherine (pi. II, fig. 3) que nous 
avons observées. 

Après un temps plus ou moins long, le volume des eaux dimi- 
nua encore, sans doute d'une manière brusque, et à leur tour 
les dépôts d l et d 2 , dont nous venons de parler, furent érodés, 
afTouillés. En certains autres points, le diluvium des plateaux le 
fut aussi. Cette période correspond à la troisième phase diluvienne. 
Certaines rivières modifièrent leur cours ou le changèrent même 
complètement. Ce fut à cette époque que l'Agout,aulieu de longer la 
Montagne-Noire, suivit la direction d'un de ses affluents principaux, 
le Thoré, et qu'au lieu de courir S. S. 0. marcha dans la direction 
E. 0. pour se déverser dans le Tarn, à la Pointe-Saint-Sulpice, et 
de là dans l'Océan. Ce fut immédiatement après que se formèrent 
les terrasses que l'on trouve le long de la vallée actuelle de l'Agout, 
entre Vielmur et le confluent de cette rivière. 

Plus tard, — et les effets intermittents que nous avons invoqués, 
et dont la cause reste encore dans l'ombre, se continuant, — de 
nouveaux afïouillements eurent lieu, de nouvelles érosions se pro- 
duisirent, de nouveaux dépôts caillouteux se formèrent et les val- 
lées actuelles prirent leur dernière forme. Ceci représente la qua- 
trième phase diluvienne. Dans les parties abandonnées par l'Agout 
coulèrent des ruisseaux, le Sor, le Fresquel, etc., qui se conformè- 
rent, on peut le dire, à la loi des grands cours d'eau et qui, eux 
aussi, eurent leurs petites terrasses et leurs récents dépôts alluviens 
(d 3 , d A et ci 5 de mes coupes). 

Ce qui surtout — au premier abord, — dans l'interprétation des 
faits étonne et surprend l'observateur, ce sont les diverses érosions 
qui se sont produites pendant l'époque quaternaire. Nous avons pu, 
en effet, reconstituer les anciens plateaux diluviens, grâce à certains 
témoins, et voir que des centaines de mètres de couches ont été 
enlevées. Mais qu'est-ce que cette ablation en présence de celle des 
terrains de transition secondaires et tertiaires, dont l'imagination 
demeure, on peut le dire, confondue? N'a-t-on pris prouvé que des 
milliers de mètres de couches ont été érodés à diverses reprises. Ne 
se rappelle-t-on pas les coupes du Buet à Chamonix et du massif du 






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- 444 — 

Mont-Blanc, par M. Favre (i) ; celles des Alpes du Dauphiné, par 
M. Lory (2) ; celles de M. Ebray, à travers le Nivernais et le Mor- 
van (3). N'ai-je pas indiqué l'énorme puissance des terrains détri 
tiques des Pyrénées, provenant de l'ablation de formations entiè- 
res (4) ; ne se souvient-on pas que j'ai démontré que sur les bords 
S. 0. du plateau central de la France, divers étages jurassiques 
triasiques et permiens, dont l'épaisseur peut être évaluée à 1G30 
mètres, ont été enlevés par dénudation (5); et mon ami, M le 
Dr Bleicher, ne vient-il pas de faire voir que dans les Vosges et au 
pied de ces montagnes- des agents d'érosion avaient fait disparaître 
plusieurs termes des séries de transition et secondaire (6). 

Mais ces agents, qui façonnent d'une manière si grandiose nos 
montagnes, nos vallées et nos plaines, quels sont-ils? Aux époques 
anciennes, l'eau, l'atmosphère elle temps, associés aux déplace- 
ments alternatifs de la mer, à la suite d'affaissements et de brisure* 
gigantesques de la croûte terrestre ; aux époques relativement 
récentes, l'eau et l'atmosphère seuls, mais aidés comme auparavant 
par le temps avec lequel la nature ne compte pas ; Lyell et d'au- 
tres géologues n'ont-ils pas calculé que les alluvions du delta du 
Mississipi avaient mis plus de 100,000 ans à se former ! (7). 

(1) Bulletin de la Société géologique de France, 2e série, t. V p 263 • 1848 
Recherches géologiques dans les -parties de la Savoie, du Piémont et de la Suisse 

i voisines du mont Blanc, Paris; 1867. 

(2) Description géologique du Dauphiné, p. 173, Paris; 1860-64 —Bulletin 
de la Société géologique de France, 2e série, t. XX, p 233 ni TV • irrq 
Idem, t. XXIII, p. 480, pi. X ; 1866. ' ' ' ~~ 

(3) Bulletin de la Société géologique de France, 2e série, t. XVI p 46 47 • 
1858. _ idem, t. XIX, p. 38-43 ; 1861. - Idem, t. XXI, p. 350 \ 1864. ' 

{^{Bulletin de la Société géologique de France, 2e série, t. XXV, p. 718 • 1868. 

(5) Bulletin de la Société d'Histoire naturelle de Toulouse, t. III, p. 77 • i 8 69. 

(G) Essai de géologie comparée des Pyrénées, du Plateau central et des Vosges 
p. 102, Colmar ; 1870. y ; 

(7) In d'Archiac, Géologie et Paléontologie, p. 745. Paris; 1866. 



— 1 42 - 

Le Président donne lecture du Mémoire suivant que M. le 
D 1 ' Joly a adressé de Saint-Germain-en-Laye. 

Contributions pour servi)- à V histoire naturelle des Ephémérines, 
par M. le D r Emile Joly. 

INTRODUCTION. 

M. le professeur Pictet, dans la remarquable Monographie des 
Kphémérines qu'il a publiée à Genève *mi 1 843-1 545, admet 
comme devant être distingués dans ce groupe de Névroptères les 
sept genres suivants : 

1° Ephcmera (Linné). 

2° Paiingcnia (Burmeisler). 

3° Baëtis (Leacll). 

4° Fotamantfims (Pictet). 

5° Cioë (Burmeistcr). 

«o Cœnis (Stephcns). 

Vo Oligoncuria (Pictet). 

Grâce aux travaux de' Swammerdam, de Réî.umur, de Geer, 
de Schefïer, de Cornélius, de Letzner, etc., les cinq premiers 
de ces genres ont été étudiés, de telle sorte qu'il y a peu à ajouter 
à leur histoire, tant à I'état parfait [subimago et imago) qu'à 
l'état de vers (larves et nymphes) (1). 

Il n'en est pas de même des genres Cœnis et Oligoneuria, dont 
on ne connaît aujourd'hui encore que l'état parfait : leurs méta- 
morphoses restaient à découvrir. 



(1) La dénomination de Vers aujourd'hui bannie <Su langage de la Science 
relativement aux Insectes proprement dits, me paraît cependant mériter, pu 
égard à la commodité du langage, d'être remise en circulation, pour désigner 
l'état correspondant à !a période entière pendant laquelle les Ephémérines vivent 
dans l'eau, sans qu'il soit besoin d'indiquer si c'est la larve ou la nymphe qu\ui 
a spécialement en vue Dans le cours de mes recherches, j'ai souvent senti 
l'utilité d'un terme à acception plus large que ceux de larve ou de nymphe/ 
pouvais-je mieux l'aire <;ue d'adopter le mot caratéristique dont se sont unique- 
ment servis mes illustres devanciers Swammerdam, Réaumnr, ue Ueer ? 



— U3 — 

De nombreuses explorations que j'ei faites à Toulouse, pendant 
trois années consécutives (4867, 1868, 4869), en différents 
endroits du lit et des bords de la Garonne, m'ont amené, entre 
auires résultats, et pour ne citer que les plus saillants : 

4° A constater dans la Faune toulousaine la présence de tous 
les genres d'Éphémérines admis par M. Pictet -, 

< 2° A combler en partie, et le premier j'ai tout lieu de le croire, 
les lacunes, jusqu'ici absolues, delà science touchant les premiers 
âges (vie aquatique) des genres Cœnis et Oligoneuria (i) ; 

3° A établir dans cette curieuse famille des Éphémérines un 
nouveau genre que je désigne sous le nom à'Eucharis ; 

4° A ramener à sa véritable place, c'est-à-dire à distance de la 
classe des Crustacés (!), pour le joindre au groupe des larves 
d'Éphémérines, le singulier articulé dont Latreille a fait le genre 
Prosopistoma ; 

5° Enfin, à ajouter aux espèces d'Ephémérines actuellement 
connues les suivantes : 

Eïïcîaaris I&eaismurii ; 
PalîngeEiïa folosana ; 
Oligoneuria garnmnica. 

Je consacrerai la première partie de ce Mémoire à faire connaître 
dans quelles circonstances il m'a été donné de découvrir le ver du 
genre Cœnis. Dans la seconde partie, je décrirai la nymphe de la 
plus grande des deux espèces que j'ai été à même d'observer. 

Quant aux divers autres points dont je me borne, pour le 
moment, à donner ci-dessus le bref énoncé, je me propose de les 
traiter successivement, dans des publications ultérieures, avec tous 
les développements qu'ils comportent. 

PREMIÈRE PARTIE. 

Le 42 février 1808, au retour d'une pêche aux vers d'Éphé- 

(1) M. Pictet, donnant les caractères des Éphémérines qui constituent le 
groupe générique établi par Stéphens sous le nom de Cœnis, dit p. 273 de son 
ouvrage : « Je ne connais pas leurs métamorphoses, » On retrouve ces mêmes 
mots, p. 289 de l'ouvrage cité (Voir notre Index bibliographique), a propos du 
genre nouveau que le professeur de Genève a introduit sous le nom à'Oliyoneuria. 



— 144 — 

mérines, faite dans le bassin de la Garonne, à hauteur du quai 
de Tounis, près du Pont-Neuf, examinant au microscope diverses 
larves encore vivantes d'insectes de cette famille (Daëtis, Cloë, 
Potamanthus), j'en remarquai spécialement une, excessivement 
petite, quasi-hyaline, très poilue dans toutes ses parties. Cette 
larve me frappa, d'une part, à cause de la difficulté que j'éprouvai 
à la débarrasser de la couche de particules vaseuses qu'elle faisait 
adhérer avec une singulière ténacité à la surface de son corps ; 
et elle attira, d'autre part, mon attention eu égard au jeu et à la 
disposition de ses organes respiratoires externes. Les mouvements 
de ces appendices me rappelaient très bien ceux que j'avais déjà 
eu occasion d'étudier sur les fausses branchies de la larve de 
YEphemera vulgata ; mais ils étaient en partie masqués par deux 
organes protecteurs que je comparai aussitôt, à cause de leur 
analogie de situation et de fonctions, aux opercules qui recouvrent 
latéralement les branchies des Poissons. C'est en vain que je 
cherchai dans la Monographie de M. Pictct, ainsi que dans les 
auteurs qui ont écrit depuis sur la matière, soit une figure, soit 
quelques lignes qui se rapportassent à ce petit animal ; je ne 
trouvai rien (I) Je pris en conséquence bonne note de l'ob- 
servation, et je dessinai ma larve à opercules. 

Quelques jours après, je trouvai dans les interstices d'un ais de 
bois en décomposition, péché sur mes indications par mon batelier 
tout contre la chaussée du moulin du Bazacle, au point où la 
digue touche l'Hôlel-Dieu, trois grosses larves noirâtres semblables 
à la précédente. Il me fut facile de reconnaître à l'œil nu qu'elles 
appartenaient au môme genre (certè), peut-être aussi à la même 
espèce (c'était encore une question), mais alors beaucoup plus 
avancée en âge, que celle qui, depuis le 42 février, me préoccupait 
à si juste titre, comme on le verra par la suite. 

Vivement intrigué, je me mis à élever ces bestioles dans l'espoir 
d'arriver à obtenir leur état parfait. 

Sur ces entrefaites arriva l'époque de la réunion annuelle des 



(1; La proximité de Paris de la ville de Saint-Germain où je me trouve au- 
jourd'hui en garnison, m'imposait le devoir de compléter, au milieu dos riches 
bibliothèques de la capitale, mes premiers renseignements hihliograpluques : or 
je n'ai là non plus absolument rien rencontré qui eût trait, de près on de loin, 
au singulier petit animal dont il est question dans ce Mémoire. 



— 445 — 

Sociétés savantes à Paris. Mon père, délégué comme membre de 
l'Académie impériale des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres 
de Toulouse, voulut bien emporter vivante une de ces larves, 
pour la soumettre à l'appréciation d'un entomologiste autorisé. Le 
frêle animal mourut en roule ; mais, soigneusement mis aussitôt 
dans l'alcool, il fut montré, bien conservé, à M. Emile Blanchard, 
de l'Institut. Ce savant naturaliste déclara cette larve entièrement 
inédite, et m'encouragea à persévérer dans mes recherches, et à 
les compléter, si possible (1). 

Par malheur les deux seuls individus que je possédais dans 
mon laboratoire ne tardèrent pas à succomber à leur tour, et je 
restai assez longtemps sans avoir la chance de rencontrer d'autres 
individus de cette bizarre espèce. Néanmoins je continuai à pour- 
suivre avec ardeur la solution du problème scientifique proposé à 
mes efforts, et quelques mois après, j'avais la bonne fortune, 
j'ajouterai même, on le comprendra, la vive satisfaction de saisir 
enfin la Nature sur le fait. 

Nous étions au 31 août 4868 : il était environ six heures dn soir; 
la journée était chaude, et le soleil déclinait sensiblement à l'hori- 
zon. La Garonne, à cette époque de l'année, ordinairement très 
basse, était presque guéable le long de la chaussée qui joint l'île 
des Grands-Ramiers au Moulin-Vivent. Posté au milieu de l'eau, 
dans le simple appareil du nageur, à égale distance des Kamiers 
et du Moulin, assez commodément assis sur une grosse pierre, 
j'eus, une heure durant, un spectacle vraiment ravissant, et dont 
je ne pouvais me lasser. Sous le niveau de l'eau très transparente 
en cet endroit, et de dessous les grosses pierres et les divers 
objets qui m'environnaient (énormes blocs de maçonnerie déta- 
chés de la chaussée, plantes aquatiques éparses çà et là, feuilles 
de peuplier submergées, etc., etc.), je vis surgir de mille côtés, 
et lout-à-fait à la manière de ludions fantastiques, une multitude 
de nymphes excessivement petites, munies des opercules caracté- 
ristiques dont j'ai parlé, et qui se transformèrent sous mes yeux 



(1) J'avais remis à mon père, et uniquement pour son usage personnel, en 
même temps que ma larve, une note forcément incomplète, et d'ailleurs rédigée 
à la hâte. M. le professeur Blanchard l'a jugée cependant assez intéressante 
pour la faire insérer, telle quelle, dans la Revue des Sociétés savantes, année 
18G9. 

40 



— 146 — 

émerveillés en insectes parfaits. Je recueillis en quantité nymphes 
et dépouilles de nymphes, ainsi qu'un certain nombre d'insectes 
parfaits sur le point d'être engloutis au moment même où, mal- 
adroitement, ils quittaient leur frêle esquif, je veux dire leur 
enveloppe de nymphe; enfin, je pus même prendre au vol plu- 
sieurs insectes parfaits. L'un de ces derniers, mis immédiatement 
dans un flacon bien sec, passa à l'instant de l'état de subimago à 
l'état d'imago : le fait qui, cette métamorphose ultime opérée, me 
frappa le plus, fut le retrait rapide, le ratatinement soudain de 
l'enveloppe épidermique qui, à l'état de subimago, dissimule en 
partie la transparence propre aux ailes de l'imago. 

Rentré chez moi, j'étudiai les caractères de l'insecte parfait, et 
je trouvai : 

« Tête courte et large, yeux simples dans les deux sexes et 
toujours séparés par un intervalle considérable. Ailes au nombre 
de deux, très arrondies au bord interne, en éventail et presque 
dépourvues de nervures transversales. Corps court et large. 
Crochets des tarses terminés par deux lametles. Trois soies cau- 
dales égales, très longues dans le mâle et très courtes dans la 
femelle. » Voy. Pictet, op. cit., p. 273. 

Il n'y avait pas à en douter : j'étais en présence du genre 
Cœnis, et c'était la larve, jusqu'ici inconnue, d'une des espèces 
de ce genre, que j'avais rencontrée pour la première fois, sans le 
savoir alors, six mois auparavant. 

Quant à l'espèce que j'avais sous les yeux, c'était la Cœnis 
grisea (Pict.). 

Voici la caractéristique de cette espèce, telle que la donne le 
professeur de Genève. 

Cœnis grisea. 

PI. XLV, Fig. 1-2. 

Dimensions. 

Mâle imago. Mâle subimago. Femelle subimago. 

Longueur du corps.. . 3 1/2 4 1/2 5 millimètres. 

Envergure 7 8 10 — . 

Soies caudales 9 3 2 — 

Description. — Maie imago (PL XLV, Fig. 2). La tête et le 
thorax sont d'un gris un peu violacé, avec quelques légers traits 



- 4 47 - 

noirs longitudinaux. L'abdomen est blanchâtre, avec une nuance 
de gris; les soies caudales sont blanches. Les pattes antérieures sont 
grises, les autres blanches. Les ailes sont transparentes, incolores, 
avec les nervures blanches, sauf la. costale et les sous-costales 
qui sont violettes et entourées d'une teinte de même couleur. 

A l'état de subimago (Fig. 4), les soies caudales sont beaucoup 
plus courtes, comme on le voit par les dessins ci-dessus indiqués. 
Les ailes sont un peu. opaques, d'un gris violacé. 

Rapports et différences. — 

Habitation. — J'ai trouvé cet insecte au mois de juin, dans 
un petit marais situé au pied du mont Salève. Voy. Pictet, 
op. cit., p. 1*78. 

Pour compléter l'histoire de cette espèce, il ne me reste plus 
qu'à donner les dimensions de la nymphe : 

Dimensions de la nymphe de la Cœnis grisea (Pic t.). 

Longueur du corps 5 millimètres 

Longueur des soies caudales 3 — 

Largeur ducorps(dans son plus grand diamètre). 4 4/4 — 

SECONDE PARTIE. 

Au mois de juin 4869, explorant attentivement deux autres 
points favorables de la Garonne : 4° le bassin de la Daurade, 
près des Ecoles de natation et des bateaux des laveuses; 2» ce 
bras du fleuve qui, sillonnant l'île des Grands-Ramiers, passe sous 
le petit pont en briques, récemment construit non loin de l'an- 
cienne papeterie Rochefort, je rencontrai quantité de grandes 
nymphes d'une certaine espèce du genre qui nous occupe. Cette 
espèce ne me paraît pas avoir encore été déterminée, et je n'ai pu, 
jusqu'à présent, être témoin de ses métamorphoses ; mais, à en 
juger par les dimensions de la nymphe, elle doit être surtout 
remarquable par sa taille (4). 



(1) La démonstration de ce fait, qu'un des membres résidants de notre 
Société pourrait aujourd'hui aisément fournir, viendra naturellement infirmer 
l'assertion de M. Pictet qui dit. p. 174 de sa Monographie : « Tontes les espè- 
ces qui composent le genre Cœnis sont petites. » 



- 148 - 

Quoi qu'il en soit, la nymphe de cette espèce diffère si peu de la 
Cœnis yrisea, et peut être facilement rencontrée à Toulouse en si 
grande abondance que, à raison même de ses dimensions relative- 
ment considérables, j'ai cru devoir la faire représenter de préférence 
à l'autre, et la prendre pour type de la description qui va suivre : 
qu'il me soit permis, jusqu'à plus ample informé, de désigner cette 
espèce, non encore décrite, que je sache du moins, sous le nom 
de Cœnis maœima (1). 

Dimensions de la nymphe de la Cœnis maxima (?). 

Longueur du corps (tète, thorax et abdomen). . 9 millimètres 

Longueur des soies caudales 6 — 

Largeur du corps (dans son plus grand diamètre). 21/2 — 

Description de la nymphe. — La coloration générale est d'un 
brun verdâtre. La tête, triangulaire, est plus large que longue. 
Le prothorax est très distinct de la tête et du reste du thorax. Sur 
l'ensemble du mésothorax et du métathorax, on voit deux sortes 
de carquois de forme subtriangulaire, et qui ne sont autre chose 
que les fourreaux des ailes dont, par transparence, on peut, avec 
un faible grossissement, apercevoir les délicats replis. Les pattes, 
très poilues, principalement à la partie interne, et près du crochet 
terminal, vont en augmentant de longueur de la première paire à 
la dernière. A la partie ventrale de chacun des neuf anneaux 
dont se compose l'abdomen, on remarque deux petites taches 
noirâtres latérales; et, à leur bord postérieur, ces segments 
abdominaux présentent deux prolongements épineux dont la 
longueur va en augmentant du premier anneau au neuvième ; à 
ce dernier se trouvent fixées les trois soies caudales propres à 
toutes les larves et nymphes d'Ephémérines : elles sont ici d'égale 
longueur et munies, comme chez la larve du Potamanthus 
erythrophlalmus (Schrank), de poils verticillés. 

Caractère spécial. — Les organes respiratoires externes sont 
protégés et entièrement recouverts par deux lamelles quadrangu- 



(1) Cest M. À. -G. Poujade, artiste dessinateur aussi consciencieux qu'habile, 
et spécialement attaché au Muséum d'Histoire naturelle de Paris, qui a bien 
voulu se charger de reproduire, d'après nature, sur mes indications, la nymphe 
de notre Cœnis maœima. Je suis heureux de pouvoir le remercier ici de l'utile 
concours qu'il a bien voulu me prêter. 



Buil.de la Société d'Histoire Naturelle de Toulouse, t. IV. PI. 1.11 



NYAPHE DE CŒNIS. 

, (C.Maxima?) 




& 






A.Poujade e nature del et Pinx. Lith Cassan. 



- 149 - 

laires, véritables opercules, convexes supérieurement, unis à 
charnière par leur bord supérieur au bord correspondant du second 
anneau abdominal, libres par leurs bords latéraux et inférieur. 
On ne peut mieux comparer la forme de ces opercules qu'à celle 
des basques de la veste de nos artilleurs. 

Qu'on élève a la fois les cuvettes de deux montres symétrique- 
ment placées l'une à côté de l'autre dans un même plan horizon- 
tal, puis qu'on les abaisse encore à la fois, et qu'on répète alterna- 
tivement un certain nombre de fois ces deux petites manœuvres, 
et on aura une très bonne idée des mouvements de ces lamelles 
protectrices. 

Ces opercules que l'animal peut à volonté, mais d'un mouvement 
synergique, alternativement soulever et abaisser, recouvrent cha- 
cun quatre fausses branchies ramenées à la surface dorsnle du 
corps à la manière de celles des vers de VEphemera vulgata. La 
forme de ces organes respiratoires externes est celle d'une feuille 
irrégulièrement ovale, à pourtour élégamment cilié de cœcum 
trachéens s'entrecroisant, et comme enchevêtrés, à l'état de vie, avec 
ceux du côté opposé. On n'a qu'à se rappeler les mouvements des 
cils vibratiles de certaines muqueuses de l'économie animale, 
pour avoir une bonne idée de la manière dont la nymphe fait 
fonctionner ces délicats organes de respiration aquatique. 

Cette nymphe est essentiellement rampante: je l'ai rencontrée, 
en compagnie de larves de Potamanthus : 1° au milieu delà 
couche de vase qui garnit en certains points ces faisceaux de 
plantes aquatiques ou ces grosses pierres que l'on trouve généra- 
lement au fond des fleuves et des ruisseaux de nos pays ; 2° dans 
les excavations de ces résidus de la distillation de la houille, que 
l'on peut, aisément, retirer de l'eau en si grande abondance, si 
l'on suit les bords de la Garonne parallèlement aux quais de 
Brienne et de la Daurade (1 ). 



Je terminerai ce travail en rappelant que M. Pictet a mis en 

(1) Que l'on mette quelques-unes de ces larves dans une assiette à soupe, par 
exemple, pleine d'eau, et on les verra toutes avec curiosité relever leurs soies 
caudales à la manière du paon lorsqu'il fait la roue, mais ici moins pour se 
faire admirer probablement, que pour se donner une attitude menaçante qui 
peut quelquefois réussir à éloigner certains de leurs ennemis. 



150 — 



évidence, dans deux tableaux fort commodes, d'après des carac- 
tères tirés de l'état parfait, les différences des sept genres d'Ephé- 
mërines qu'il a admis. (Voy. Pictet, op. cit., p. 444-445). Dans 
un troisième tableau, ce savant naturaliste a cherché a confirmer 
parles larves ses premiers résultats; mais il n'a pu le faire qu'in- 
complètement : car il avoue lui-môme, en divers endroits de son 
beau livre (Voy. Pictet, op. cit., p. 444, 273, 289), son igno- 
rance absolue des métamorphoses des genres Cœnis et Oligoneuria. 
Je m'estime heureux d'avoir pu, à ce sujet, faire faire, pour ma 
faible part, un pas de plus à la science. On peut donc aujourd'hui, 
ce me semble, essayer de combler une des lacunes de ce cadre en 
le complétant de la manière suivante (4 ) : 



ORGANES 

RESPIRATOIRES EXTERNES 

COMPLÈTEMENT 

NUS. 



ORGANES 
«ISPIRATOIRES EXTERNES) 
PROTÉGÉS j 

PAR DEUX OPERCULES. ' 



Larves 
fouisseuses 



Larves 
non 

fouisseuses. 



/ Organes respiratoires en forme 

^ de houppes Ephemera. 

Organes respiratoires en forme 

de feuilles frangées. . . . Palingenia. 

Marcheuses j corps très aplati. Bai-lis. 
" P ( corps non api. Potamanlhus 



Nageuses, à queue ciliée 
très grands poils . . . 



de 



Cloi 



Larve rampante Cœnis. 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

F.-J. Pictet. — Histoire naturelle générale et particulière 
des Insectes Névroptêres. — Famille des Èphémérines. Genève, 
1843-4845 (avec Atlas.) 

H. Milne- Edwards. — Leçons sur la Physiologie et VAnatomie 
comparée de l'Homme et des Animaux. Paris (en cours de publi- 
cation). 

H. -A. Hagen. — Bibliotheca entomologica. Leipzig, 4863. 

H. Troschel. — Archiv. fur Naturgeschichte, 4840-4870. 



(1) Tout ce qui est en petites lettres capitales, ainsi que le mol souligné 
Cœnis, indique les additions que j'ai faites au tableau primitif de M. Pictet. 
(Voy. Pictet, op. cit., p. 115.) 



- 151 - 

ADDENDUM. 

Comme preuves à l'appui des faits consignés dans ce Mémoire, 
j'ai l'honneur d'offrir en don au Muséum d'Histoire naturelle de 
Toulouse trois petits tubes renfermant : 

Le n° 1, quatre nymphes de la Garnis grisea ; 

Le n° 2, une femelle subimago de la Cœnis grisea; 

Le n° 3, une nymphe de la Cœnis maxima ? 

EXPLICATION DE LA PLANCHE III. 

i. Nymphe de Cœnis maxima ? grossie trois fois. 

2. Face ventrale de l'ahdomen de cette nymphe, pour montrer 
les taches latérales des anneaux abdominaux. 

a. Ligne représentant la grandeur naturelle de la nymphe (abs- 
traction faite des soies caudales). 



Séance <1m S9 juillet 18*0. 

Présidence de M. le D r Filhol, président honoraire. 

La Société reçoit : 

Journal d'Agriculture pratique, 3 e série, t. XXI, juillet 1870, 
Toulouse. 

L'adhésion suivante : 

Société havraise d'Etudes diverses. 

J'ai l'honneur de porter à votre connaissance que la Société 
havraise d'Études diverses vient d'écrire à M. le Ministre de l'Ins- 
truction publique la lettre dont voici la teneur : 

« Monsieur le Ministre, 
» La Société d'Histoire naturelle de Toulouse nous a commu- 



— 152 — 

nique le texte d'une pétition qu'elle a adressée à Votre Excellence 
afin d'appeler son attention sur l'exiguïté de la place occupée par 
l'étude des sciences naturelles dans les programmes de l'instruction 
secondaire, et cette Société nous invitait à vous faire connaître 
notre opinion sur la question qu'elle soulève. 

» En conséquence, nous avons l'honneur de vous déclarer, 
Monsieur le Ministre, que les raisons invoquées par la Société 
d'Histoire naturelle de Toulouse nous paraissent très-judicieuses, 
et que nous applaudissons à la sol.icitude qui a inspiré à ses 
membres l'initiative de soumettre cet objet à l'examen éclairé do 
Votre Excellence. Nous sommes persuadés qu'il en résultera des 
mesures capables d'inspirer aux jeunes intelligences le goût d'un 
genre d'études dont la propagation serait de la plus grande utilité. » 

J. Bailliard, secrétaire-général. 

M. le professeur E. Filhol donne lecture de la Note suivante : 

Note sur la composition des ossements fossiles trouvés dans la 
caverne de Lherm (Ariége). 

Dans une série de Mémoires qu'il a publiés dans ces derniers 
temps, M. Scbeurer-Kœstner a signalé l'altération remarquable 
qu'a subie l'osséine des ossements fossiles. Cette matière, qu'on 
peut isoler des os frais en les traitant par l'acide chlorhydrique 
étendu, se présente sous la forme d'une substance solide, trans- 
parente, ayant la consistance d'une gelée, et pouvant se tranformer 
en gélatine par une ébullition prolongée avec l'eau. Les ossements 
fossiles contiennent encore de l'osséine normale, mais la majeure 
partie de cette substance a subi une transformation remarquable, 
et est devenue soluble dans l'acide chlorhydrique étendu. 

M. Scbeurer-Kœstner pense que l'on peut juger de l'ancienneté 
relative des os fossiles, d'après leur richesse plus ou moins grande 
en osséine modifiée. 

Les analyses de ce savant montrent d'ailleurs que la quantité 
d'osséinc contenue dans les os fossiles, soit à l'état normal, soit à 
l'état soluble, est très-variable. 

Il m'a paru intéressant de rechercher si les os fossiles de l'époque 
quaternaire qu'on trouve dans les cavernes de l'Ariégc renferment 



- 153 - 

encore de l'osséine, soit soluble, soit insoluble, et de rechercher 
surtout, s'il est possible, d'arriver à des conclusions bien posi- 
tives touchant l'âge relatif des os , en se fondant sur leur 
richesse absolue en matière azotée , ou sur les modifications 
qu'a subies cette matière. 

Avant de rapporter les résultats des analyses que j'ai exécutées, 
je vais donner, au sujet des ossements fossiles que j'ai trouvés 
dans la caverne de Lherm, quelques détails qui me semblent n'être 
pas dépourvus d'intérêt. 

L'aspect des os que j'ai recueillis dans les diverses parties de 
cette caverne varie beaucoup. Ceux qui ont été trouvés sous des 
couches épaisses d'une stalagmite dure et cristalline sont blancs, 
absolument comme les os calcinés qu'on destine à la préparation 
du phosphore. Ces os happent fortement à la langue ; ils sont 
très -fragiles. Soumis à la calcination, ils ne répandent pas la 
plus légère odeur de matière animale qui brûle. Calcinés en vase 
clos, ils se colorent à peine en gris très-clair. 

Les os qu'on rencontre au milieu des couches de terre offrent 
un tout autre aspect -, leur couleur est brune, leur fragilité est 
moindre ; soumis à la calcination, ils répandent une odeur très- 
forte de matière animale qui brûle, et si la calcination a lieu en 
vase clos, ils donnent du noir animal. 

J'ai à peine besoin d'ajouter que les os blancs qu'on trouve 
au-dessous des couches de stalagmites, et souvent entre deux cou- 
ches de stalagmite, n'ont pu subir aucune calcination. Il est aisé 
de s'en convaincre en considérant les maxillaires munies de leurs 
dents. Ces dernières sont dans un état de conservation qui exclut 
toute idée de l'action du feu. Il est donc facile de constater, sans 
avoir recours à l'analyse, que des os fossiles appartenant à une 
même espèce et provenant d'une même caverne, présentent, au 
point de vue de leur richesse en matière organique, des différences 
considérables. 

Voici quelques-uns de mes résultats : 

1° Un maxillaire à'Ursus spelœus, très-blanc, trouvé entre 
deux couches de stalagmites très-épaisses et cristallines, a donné, 
pour cent parties, 0,668 d'osséine soluble, et n'a pas fourni la 
moindre trace d'osséine insoluble. 

Ce maxillaire a pris à peine une légère teinte grise par la cal- 



— 154 — 

cination à l'abri de l'air, et n'a répandu aucune odeur pendant la 
durée de l'opération. 

Un fragment d'un deuxième maxillaire d'ours des cavernes, 
recueilli dans une autre salle de la caverne de Lherm, au milieu 
d'une terre argileuse mêlée à du sable grossier et de nombreux 
fragments d'une roche calcaire, a été soumis à l'analyse. Cet os 
était coloré en brun rougeâtre. Soumis à la calcination, il a pro- 
duit des fumées abondantes, dont l'odeur désagréable rappelait 
celle des matières animales qui brûlent. Calciné à l'abri du 
contact de l'air, il s'est transformé en noir animal. Soumis à 
l'analyse, il a donné une quantité d'azote correspondant à 16,62 
pour cent d'osséine, dont 4,85 étaient insolubles dans l'acide 
chlorhydrique étendu, et 11,77 étaient solubles dans cet acide. 

Un métacarpien d'ours des cavernes, moins blanc que le premier 
maxillaire, a donné une quantité d'azote correspondant à 8,72 
d'osséine, dont 5,36 soluble dans l'acide chlorhydrique étendu, et 
3,36 d'osséine insoluble ou normale. 

Un métacarpien d'ours des cavernes presque blanc, happant à 
la langue, mais moins fort que le premier maxillaire, a donné 
à l'analyse une quantité d'azote correspondant à 3,64 d'osséine, 
dont 3,06 d'osséine insoluble, et 0,58 d'osséine soluble. Cet os 
a pris une teinte brune-grisâtre par la calcination en vase clos, et 
n'a produit qu'une très-légère odeur de matière animale brûlée. 

Enfin, un fragment d'os humain (métacarpien), provenant de 
la grotte d'Arbas (Haute-Garonne), a donné une quantité d'azote 
représentant 18,30 pour cent d'osséine, dont 13,50 a l'état 
insoluble, et 4,80 soluble. 

Ces résultats s'accordent sur plusieurs points avec ceux qu'a 
obtenus M. Scheurer-Kœstner ; ils confirment l'existence de 
l'osséine modifiée et son abondance relative dans les os fossiles ; 
mais ils nous montrent qu'on peut trouver dans la même caverne 
des ossements appartenant à des animaux de la même espèce, 
dont les uns contiennent une quantité notable d'osséine, tandis 
que les autres n'en contiennent que des traces ; d'où l'on peut 
conclure, à mon avis, qu'il n'est pas possible de se fonder sur la 
quantité d'osséine, soit normale, soit modifiée, qui existe dans 
des ossements solubles, pour établir leur ancienneté plus ou moins 
grande. 

Les circonstances qui déterminent l'altération ou même la 



— 155 — 

destruction complète de la matière organique dans les os, me 
paraissent faciles à reconnaître : ce sont le contact simultané de 
l'air et de l'eau. 

Pour préparer des squelettes, on fait macérer les os pendant un 
temps plus ou moins long, et une bonne partie de la matière 
organique disparaît. Or, des os fossiles qu'on trouve entre deux 
couches de stalagmite très-épaisse et cristalline ont été, selon toute 
apparence, soumis à une macération très-prolongée ; peut-être 
cette macération a-t-elle duré pendant des siècles, et il ne faut 
pas s'étonner si la matière organique a disparu d'une manière 
presque complète dans la plupart d'entre eux. 

Si les idées que je viens de développer sont vraies, des os 
fossiles, qui ont subi pendant un temps très-considérable l'action 
d'une eau calcaire, doivent être riches eux-mêmes en car- 
bonate de chaux, et l'être d'autant plus qu'ils ont subi plus 
longtemps l'action du liquide. Tout autorise, d'ailleurs, à prévoir 
que la richesse des os en matière organique sera d'aulant moindre, 
que ceux-ci seront plus riches en carbonate de chaux. C'est ce 
qui a lieu pour ceux qu'on trouve dans les diverses parties de la 
caverne de Lherm. Cependant, il pourrait se faire que des os fussent 
appauvris en matière organique par une eau qui ne serait pas 
calcaire ; dans ce dernier cas, le rapport que je viens de signaler 
n'existerait pas. 

Voici les résultats que j'ai obtenus en examinant des os prove- 
nant de la caverne de Lherm : 

1° Maxillaire blanc d'ours des cavernes, contenant à peine des 
traces de matière organique. Carbonate de chaux 4 2,40 pour cent. 

2° Métacarpien blanc d'ours des cavernes. Carbonate de chaux 
25,80 pour cent. 

3° Métatarsien de felis spelœa, presque dépourvu de matière 
organique. Carbonate de chaux 19 pour cent. 

4° Maxillaire brun d'ours de caverne. Carbonate de chaux 
9 pour cent. 

5° Métacarpien brun d'ours des cavernes. Carbonate de chaux 
11,20 pour cent. 

6° Péroné blanc d'ours des cavernes. Carbonate de chaux 
46,8 pour cent. 

7° Péroné brun d'ours des cavernes. Carbonate de chaux 
11,90 pour cent. 



— 156 — 

Je conclus des faits précédents : 

1°Que l'altération ou la destruction de l'osséine dans les os 
fossiles n'est pas nécessairement en rapport avec leur ancienneté, 
et que des os provenant d'animaux de la môme époque peuvent 
présenter des différences énormes au point de vue de leur richesse 
en matière organique •-, 

2° Que le contact prolongé de l'eau est l'une des causes les plus 
efficaces d'altération de la matière organique. 

M. Timbal-Lagrave communique à la Société le Mémoire 
suivant : 

Précis des herborisations faites par la Société d'Histoire naturelle 
de Toulouse pendant Vannée 4870, par M. Ed. Timbal-Lagrave, 
pharmacien. 

La Société d'Histoire naturelle de Toulouse avait, comme pré- 
cédemment, organisé, pour l'année 1870, une série de courses, 
qui n'ont pu s'effectuer à cause des événements malheureux qui 
sont venus accabler notre chère patrie. Un grand nombre de nos 
confrères, dispersés sur les champs de bataille ou dans les ambu- 
lances ont dû abandonner leurs paisibles travaux, pour consacrer 
tout leur temps à la défense nationale; la Société, devant le deuil 
général, a même suspendu ses séances jusques après la paix. 

Notre compte-rendu devra nécessairement se ressentir de ce 
fâcheux état de choses, et présentera même quelques lacunes 
regrettables-, cependant, dès les premiers jours du printemps jus- 
qu'à l'époque où la guerre a été déclarée, plusieurs de nos con- 
frères avaient fait des course?, d'où ils ont rapporté des plantes 
très intéressantes. Pour notre part, nous avons peu herborisé cette 
année, mais nous avons dû continuer nos études dans notre jardin 
d'essai ; ces observations et les quelques recherches faites dans la 
campagne par nos collègues, permettront cependant, je l'espère, de 
fixer l'attention de ceux qui s'intéressent aux progrès de la bota- 
nique dans notre pays. 

Aquilegia vulgaris, L. et auct. 

La plupart des auteurs réunissent sous le nom d' Aquilegia 
vulgaris, non seulement les A. atrata, Koch. , et A. viscosa, 



— 157 — 

Gouan, des Cévennes, mais encore une fouie d'espèces que 
M. Jordan a décrites avec le plus grand soin. Afin d'appeler sur 
ces plantes critiques l'attention de nos collègues, nous allons 
désigner celles que nous avons récoltées dans nos courses et que 
nous avons soumises à des essais de culture depuis plusieurs 
années, sans en avoir vu changer les caractères. 

\° Aquilegia nemoralis, 'Jord., diag. 83. Se distingue facilement 
à ses pédoncules pubescents, à poils mous non glanduleux, par ses 
fleurs courtes, par ses pétales tronqués, en cornet obtus, à base 
en crochet, par ses étamines exertes, par ses capsules pubes- 
centes sans poils glanduleux, terminées par un style grêle, flexueux, 
recourbé à son extrémité ; par les feuilles bilernées glabrescentes, 
un peu glauques en dessous, les supérieures entières. 

Cette plante est rare dans nos bois-, nous l'avons vue cependant 
souvent au bois de Bouconne ; elle représente V Aquilegia vulgaris 
de la Flore du bassin sous-pyrénéen ; 

2° Aquilegia collina,i or ô., diag. 8b. A. alpicola, Noh.,olimad 
amie. Celui-ci se distingue du Nemoralis, Jord. par ses pédoncules 
pubescents aussi, mais glanduleux, un peu visqueux même; par 
ses fleurs plus grandes, ses pétales non tronqués, en cornet plus 
obtus, par ses capsules plus grandes à styles persistants plus dressés, 
par ses feuilles plus grandes, plus vertes, Internées, à lobes bien 
plus arrondis. 

Cette plante abonde dans la région alpine inférieure de nos 
montagnes ; de Bagnères-de-Luchon, elle descend dans le bas des 
vallées, à Montréjeau, Saint-Gaudens, Cagire, etc. 

3° Aquilegia prœcox., Jord., diag. 85. V Aquilegia prœcox, 
Jord., se distingue de Y Aquilegia nemoralis par ses fleurs plus 
petites et d'un bleu plus foncé; par ses feuilles d'un vert glauque, 
même en dessus ; par ses pédoncules velus, glanduleux, visqueux ; 
par ses capsules plus courtes à style plus divergent, plus court et 
plus large à la base. 

De Y Aquilegia collina, Jord., par ses fleurs beaucoup plus petites, 
plus foncées ; ses pédoncules rouges, visqueux; par ses capsules 
plus courtes, à style plus étalé ; par ses feuilles glaucescentes en 
dessus, à pétiolules plus courts. Celui-ci vient dans le bassin du 
Tarn et la Montagne-Noire : Larnpy, la Louvatière, etc. 

On peut encore, comme l'indique M. Jordan, distinguer ces 
trois plantes d'après les graines, L'Âquilegia nemoralis, Jord., a 



— 1 58 — 

les graines ovales et courtes; YAquilegia collina, Jord., ovales 
aussi, mais plus grosses et plus longues ; Y Aquilegia prœcox, Jord., 
a ces mômes organes lancéolés. 

La floraison de ces trois plantes est aussi caractérisée. VA. prœcoœ 
fleurit le premier dans mon jardin vers le commencement de mai. 
Huit à dix jours après vient le collina. Enfin, à la mi-mai ou juin, 
le nernoralis est en fleur. 

Outre nés trois Âquilegia, assez répandus dans notre région, 
nous avons trouvé dans le massif d'Arbas une quatrième forme 
parfaitement distincte des trois premières. Pour pouvoir être facile- 
ment distinguée, nous lui donnons le nom de : 

4° Aquilegia speciosa, Nob. Elle se distingue de toutes celles que 
M. Jordan a décrites par la grande proportion de tous ses organes. 
Quoiqu'elle soit de la même taille, ses fleurs sont très-grandes? 
d'un lilas azuré, ses sépales sont ovales, atténués au sommet et 
obtus, terminés par un mucron noir; ses pétales sont arrondis au 
sommet et terminés par un cornet moins contourné que dans les 
autres formes, et terminé à son tour par une callosité noire, cornée 
et dure ; ses capsules sont très-grandes et longues, d'abord très- 
resserrées à la base, puis les styles sont larges à la base et divergents 
au sommet, très-fins, étalés; les graines sont ovales, très grosses, 
un peu écourtées ; les liges sont vertes, velues, un peu hérissées au 
sommet et sur les pédoncules ; les feuilles sont grandes, biternées, 
à divisions peu profondes, obtuses, inégales, vert-pâle, un peu 
glaucescentes en dessous. 

Cette plante, très-répandue dans les prairies d'Arbas (Haute- 
Garonne), fleurit vers le milieu ou la fin de juin ; elle est très- 
commune dans cette région. Nous l'avons vue encore dans la forêt 
de Barricaudo, dans le bois qui domine l'hospice d'Artigue-Telin, 
et dans la vallée d'Aran, où elle était en pleine fleur en juillet 
4869. Elle paraît très-répandue dans cette région, mais elle man- 
que à Luchon, où nous n'avons vu que VA. collina, Jord. 

Papuvcr Rheas y L. et auct. 

D'après les botanistes les plus autorisés, le Papaver Rheas des 
auteurs serait une plante étrangère à l'Europe, elle aurait été 
introduite sur le continent avec le cortège des plantes messi- 
coles que nous a apportées la culture des céréales. 

Al. Alph. D^candolle, dans son bel ouvrage sur la géographie 



- 159 - 

botanique, donne la Grèce pour patrie au Papaver Rheas, d'après 
Dioscoride, liv. IV, drap. LX1V, mais toujours dans les champs. 
Il en est de même en Crimée, d'après Bieberstein -, cependant 
Maryot et Reut l'indiquent à Zante, in campis et pratis ; Visiani, 
dans les endroits herbeux, en Dalmatie. Enfin Gussonne, FI. 
sicula, p. 8, indique cette plante, in cultis et collibus apricis 
herbosis ubique ; M. Boissier, FI. orient., p. 4 43, in collibus, et 
pratis Grœciœ, Asiœ Minoris omnis et Shjriœ Maritimœ et inte- 
7*ioris. 

Devant ces faits, M. Alph. Decandolle, dans le livre remarquable 
que j'ai cité et auquel j'emprunte la plupart de ces citations, se 
demande, si le Papaver Rheas L., le Centaurea cyanus L., et 
d'autres espèces messicoles sont naturalisées en Sicile, ou si, au 
contraire, elles y étaient originairement à l'état sauvage. Il pense 
que cette dernière alternative est plus probable, parce que, dit-il : 

4° « Ces espèces ne se naturalisent pas facilement dans des pays 
» assez analogues à la Sicile ; 2° la Sicile est un des premiers 
» pays où les peuples gréco-latins aient cultivé les céréales, et 
» l'on sait que Rome en tirait habituellement du blé. » 

Quoi qu'il en soit, une lacune regrettable se fait maintenant sen- 
tir pour donner à ces renseignements toute la précision désirable, 
parce que ces auteurs, obéissant à l'idée réductrice, ont malheu- 
reusement confondu sous le même nom de Papaver Rheas plu- 
sieurs espèces distinctes, d'où est venue une grande confusion 
que l'on ne pourra éclaircir que par de nouvelles recherches. 

Quelques auteurs anciens, tels que Fuschius, Dodoneus, avaient 
cependant donné des indications et des figures qui prouvaient 
jusqu'à l'évidence que leur Papaver erraticum contenait plusieurs 
formes distinctes que Linné, d'après son système, réunit en une 
seule. Depuis cet illustre botaniste , ceux qui n'ont pas suivi sa 
méthode réductrice, se sont bornés à voir dans les différentes 
formes au Papaver Rheas des auteurs des variétés; cependant 
M. Viguier, de Montpellier, fit aux dépens du P. Rheas un Papa- 
ver Roubiœi, qui est très-répandu aux environs de Montpellier et 
de Perpignan, que MM. Grenier et Godron s'empressèrent de ranger 
aussi parmi les variétés. M. Boissier a suivi le même système. 
Après avoir fait un Papaver syriacum très-distinct, selon nous, 
du Rheas, il le réunit dans la Flore d'Qrient à ce dernier, en se 
fondant sur le caractère lire de la forme de la capsule et des 



— 160 — 

anthères; le premier de ces caractères est sans doute très-variable, 
mais le second est du premier mérite ainsi que la coloration du 
pollen. Ce qui entraîne, selon moi, un peu de confusion, quand 
on veut prendre les caractères spécifiques sur la forme de la capsule 
et sur la grandeur relative du disque sligmatique, c'est qu'il arrive 
le plus souvent que des insectes viennent déposer des larves dans 
les loges de l'ovaire, ces larves épaississent les tissus, les grossissent 
outre mesure, la paroi extérieure de la capsule ou ovaire grossi se 
moule sur ces espèces de concression osseuse, et alors la capsule 
est toute déformée ; ainsi que le disque stygmatique, qui ne suivant 
pas le même accroissement se trouve déplacé, souvent plus court 
que la capsule, quand il est normalement plus grand, ou bien c'est 
l'inverse qui se produit. La même chose arrive aux formes du 
P. dubium ; mais chose étrange beaucoup plus rarement. 

Pour ma part, je considère aussi comme variable, la présence 
ou l'absence de taches à la base des pétales. Les sujets vigoureux 
en possèdent le plus souvent, tandis que dans les individus 
chetifs elles manquent ou sont simplement indiquées; mais si 
elles existent, leur forme est constante, tantôt toutes noires, ou 
noires et bordées de blanc, ou noires et bordées de pourpre ; 
enfin, les feuilles prises dans leur ensemble ont un caractère qui 
ne varie pas, comme ces plantes foisonnent dans nos moissons. 
Il est nécessaire, pour bien les déterminer, de prendre des sujets 
très vigoureux et de grande taille, pour bien saisir leurs caractères 
distinctifs. 

Parmi les caractères spécifiques, je dois une mention spéciale 
à la forme du bouton avant l'épanouissement de la fleur; cette 
forme est constante, quelle que soit la taille de la plante et la gran- 
deur des fleurs. Globuleux dans le Pimiatifida Moris du midi; 
ovoïde obtus dans le Dodonei, Nob. ; ovoïde aigu dans le Fuschii, 
Nob. 

M. Jordan, dans ces dernières années, a publié plusieurs espèces 
dédoublées du Papaver Bheas, qu'il a rencontrées dans les 
moissons des environs de Lyon. Nous n'avons pas adopté ses 
déterminations, parce qu'il nous a semblé que les espèces ne sont 
pas aussi nombreuses que l'indique ce savant botaniste. Nos cul- 
tures, commencées en 48GO et continuées jusqu'à ce jour sur des 
individus nombreux, nous forcent à réunir quelques formes que 
M. Jordan distingue. Ne comprenant pas comme lui les diverses 



— 4 G 1 — 

espèces confondues dans le Rheas, nous n'avons pas pu adopter 
les noms qu'il leur a donnés ; nous avons préféré, d'ailleurs, les 
emprunter aux auteurs qui les ont les premiers signalés ou 
figurés, afin de rattacher les études des anciens aux nôtres. 

J'ai le projet de revenir avec de longs détails sur les formes du 
Papaver Rheas auct. dans mon travail, qui a pour titre : Des 
variations que présentent quelques plantes de la Haute- Garonne. 
En attendant, je vais signaler les principales espèces qui ont été le 
sujet de mes études depuis dix à onze ans, et que j'ai toutes sou- 
mises à des essais de culture. 

4° Papaver Dodonei, Nob. 

Fleurs très-grandes, boutons ovoïdes elliptiques, obtus; sépales 
hérissés de gros poils appliqués ; pétales extérieurs uniformes, sans 
onglet, les intérieurs plus atténués, mais toujours plus larges que 
longs, avec une tache noire à la base, bordée de blanc ou sans 
tache dans les sujets peu vigoureux; dans les deux cas, la base des 
pétales est plus colorée 5 étamines à filets pourpre noir, anthères 
ovales obtuses de même couleur, pollen cendré ; capsules ovoïdes a 
disque stygmatique dépassant la capsule; stygmates pourpre-noir ; 
feuilles inférieures très-grandes, bipinnatifiies à lobes dentés, dents 
unies très-profondes non surdentées; les supérieures sont aussi 
pinnatifides, mais les lobes n'atteignent jamais la nervure mé- 
diane ; les lobes sont à leur tour dentés, à dents alternes écourtées, 
et le lobe terminal est conforme aux lobes latéraux. Cette dispo- 
sition de dents est caractéristique. 

Le Papaver Dodonei,ie\ que nous le comprenons, est très-carac. 
térisé, mais il offre une foule de variétés dans la taille, dans la 
forme et la grandeur des feuilles, la disposition de leurs dents, et 
dans la grandeur des fleurs, que l'on croirait avoir sous les yeux des 
espèces différentes. Je crois qu'il comprend le P. céréale, Jord. et 
arvaticum, Jord. ; la figure du Papaver erralicum de Dodoneus 
lui convient parfaitement. (Dod. pemp., p. 437, ch. XVII.) 

2° Papaver erraticum, Nob ; Papaver erralicum primum, Fusch., 
Hist. stirp., p. 515. 

Fleurs moyennes, boutons elliptiques un peu atténués au 
sommet; sépales couverts de poils longs et appliqués, plus fins 
que dans le P. Dodonei; pétale.* extérieurs un peu onguiculés non 

M 



— '162 — 

réniformes, les intérieurs atténués en onglet plus larges que longs, 
sans taches à la base, sur les individus faibles et chélifs, ou 
avec une légère tâche noire, sans bordure grise sur les sujets 
vigoureux ; étamines à tilets noirs, pourpres; pollen jaunâtre ou 
gris-jaunâtre -, capsules ovales, très aplaties; stigmates d'un gris 
foncé ou jaune un peu brunâtre; feuilles plus courtes, ovales dans 
leur pourtour: les inférieures pinnalifides à dents plus courtes, 
plus obtuses et plus arrondies dans leur ensemble que dans les 
autres; les supérieures, au contraire, ont les dents plus nombreu- 
ses, plus aiguës et un peu courbées aux bords, toujours réunies 
quatre à cinq, sous les ramifications supérieures de la tige. 

Le Papaver erraticum, Nob., par la forme de ses feuilles, 
pourrait prendre un autre nom qui caractériserait mieux cette 
plante. Mais j'ai voulu, en lui donnant le nom de P. erraticum., 
rattacher, autant que nos nomenclatures le permettent, le nom le 
plus ancien à notre plante, afin de conserver la tradition que l'on 
néglige, il nous semble, trop aujourd'hui dans les travaux phyto- 
graphiques de l'école moderne. 

Celte plante est très commune dans nos cultures, où elle donne 
une foule de variations remarquables dont la plus curieuse est une 
variété à fleurs ponceau, due sans doute à l'influence chimique 
du sol ou à la culture. 

3° Papaver Fuschii, Nob.; Papaver erraticum m tencm, F usch., 
Uist. stirp. y 156 ; P. trilobum, Wallr? 

Fleurs de taille moyenne, comparées aux deux précédentes ; 
boutons elliptiques et atténués au sommet, surtout dans les indi- 
vidus faibles et chélifs ; sépales couverts de poils, plus fins, moins 
appliqués ; pétales inférieurs réniformes, les intérieurs, presque 
de môme forme et presque aussi grands, ce qui n'a pas lieu dans 
les autres, atténués en onglets assez longs, avec ou sans tache 
violacée, plus foncés en forme de coin ; étamines à filets jaunes 
livides, à anthères brunes-jaunâtres, obtuses aux deux bouts, mais 
plus longues que dans les deux précédents ; pollen cendré-jau- 
nâtre; les feuilles, dans cette espèce, sont tout-à-fait différentes, 
comme on peut s'en convaincre d'après la figure 156, de Fusch., 
qui représente un petit échantillon de notre plante. Dans celte 
espèce, il faut considérer les feuilles inférieures, qui sont en rosette, 
pinnnliparlites, à lobes tantôt très écartés, tantôt au contraire très 



— 163 — 

rapprochés, inégalement dentés. Le lobe terminal très grand, régu- 
lièrement denté par des dents écartées, aiguës à la base du limbe 
et obtuses ensuite. Après les feuilles radicales, la tige se bifurque 
en plusieurs rameaux qui ont chacun à leur base de grandes ou 
petites feuilles, selon la vigueur du sujet 5 elles sont d'une forme 
différente, quoiqu'on puisse cependant les rapporter aux feuilles 
radicales ; celles-ci se divisent en trois ou quatre folioles opposées, 
mais alors la terminale prend un très grand développement, elle 
est ovale ou mieux obovale, atténuée fortement à la base et dentée 
à dents de scie sur tout leur pourtour. Les supérieures affectent 
la même forme et sont réduites à trois folioles, deux qui com- 
mencent dès l'insertion de la feuille sur la tige, inégalement 
dentées par des dents aiguës écartées. La terminale est toujours 
très grande, avec deux ou quatre dents à la base, à limbe prin- 
cipal lancéolé, plus ou moins denté, ou même entier, selon la 
vigueur des sujets. 

Cette plante, très connue dans nos cultures, est essentiellement 
variable. On trouve des individus exigus, tels que Fusch le 
représente, mais souvent dans les lieux gras on rencontre des 
échantillons tellement robustes, à grandes fleurs et à feuilles, à 
lobes presque entiers, ce qui donne à cette forme l'aspect le plus 
étrange. 

4° Papaver caudatifolius, Nob. 

Fleurs grandes, boutons globuleux, ovoïdes, obtus ; sépales 
couverts de poils jaunâtres très decidus ; pétales extérieurs très 
grands, avec un onglet prononcé; les intérieurs de même forme, 
largement arrondis, sans tache à la base ; élamines à filets noirs 
pourpre ; anthères noires, pollen cendré, comme dans le Dodoneï -, 
capsules ovoïdes, très élargies à la base ; disque stïgmalique, attei- 
gnant les bords, et dépassant la capsule ; stigmate brun foncé, à dix 
ou douze rayons ; feuilles inférieures réunissant dans leur ensemble 
la forme que présente le Papaver Dodoneï, avec le bbe terminal 
très allongé du Fuschii ; elles sont dentées, à dents profondes, 
inégales et écartées. Les feuilles supérieures sont aussi très carac- 
téristiques; elles ont trois lobes principaux, comme le Fuschii, 
mais avec des dents inégales et profondes comme dans le Dodonei, 
seulement le lobe terminal est très-allongé en une espèce de queue 
hérissée de dents profondes et inégales. 



- -164 - 

Cette espèce est très commune dans nos cultures, elle semble 
intermédiaire entre le P. Dodoneï et Fuschii , ce qui d'abord me 
l'avait fait prendre pour une bybride entre ces deux plantes ; mais 
ayant observé qu'elle est encore plus commune dans nos cultures 
que les précédentes, je l'ai semée pendant dix ans sans trouver un 
seul individu qui ait abandonné ces caractères pour prendre ceux 
de ses parents présumés. 

5° Papaver syriacum, Boissier et Blan. 

Fleurs de taille moyenne, boutons globuleux légèrement ovoïdes, 
couverts de poils étalés, non appliqués ; sépales non decidus ; 
pétales extérieurs réniformes sans onglets, les extérieurs de même 
l'orme avec un onglet peu sensible, sans tacbe à la base ou avec 
une tache purpurine peu élargie ; filets des étamines purpurins, 
noirâtres, ainsi que l'anthère ; pollen cendré bleuâtre; capsules 
allongées pyriformes, atténuées à la base ; disque stigmatique coni- 
que, à six ou sept rayons 5 stigmates noirs purpurins ; feuilles ovales 
dans leur pourtour, semblables en petit au P. erraticum, mais à 
dents moins profondes, un peu roncinées, à lobes terminés par 
un long poil roux, avec le lobe terminal conforme aux latéraux, 
les supérieures de même forme que les inférieures, à lobes peu 
profonds, tous terminés par un poil. Toutes sont en outre couvertes 
sur les nervures de poils épars ; les pédoncules sont grêles, cou- 
verts de poils étalés, comme dans les autres espèces , ses tiges 
sont nombreuses, étalées, ascendantes et beaucoup plus courtes 
que les autres, d'un à deux décimètres au plus. 

Cette espèce, que M. Boissier a, comme nous l'avons déjà dit, 
d'abord distinguée comme type, a été réunie par le même auteur 
dans le Flora orient., p. 113, en variété au Rheas, elle est assez 
répandue dans le bassin sous-pyrénéen. Mais elle croît de préfé- 
rence dans les vignes, à l'Ardenne, Saint-Simon, où elle fleurit 
avant les autres espèces. Elle est très-distincte des précédentes, 
même de leur forme exiguë et élancée. 

Il aurait été très intéressant de connaître à quelle espèce se rap- 
portent les Papaver Rheas du Caucase, de Bieberstein et celui de 
Sicile de Gussonne, ou bien encore, celui que signale M. de 
Visiani en Dalmatie. Mais, en province, nous manquons de col- 
lections suffisantes et ne pouvons jamais compléter nos observa- 
lions. Ce n'est que par hasard que nous possédons un échantillon 



— 165 - 

du P. sxjriacum, Boissier, récolté par Blanche en Syrie, ce qui 
nous a permis ce rapprochement. 

Nous recommandons à nos collègues ces plantes communes et 
les prions de nous adresser leurs observations ; il est probable que 
nous reviendrons sur ces déterminations. 

Anacampseros J. Bauhin, Jord. et Fourr. Brev. 1, page 7. 
MM. Jordan et Fourreau ont proposé de rétablir le genre Ana- 
campseros de Bauhin (non Linné), pour placer plusieurs espèces 
confondues dans le Sedum maximum,, Krock. Sedum purpuras- 
cens, Koch . Sedum fabaria, Koch. Sedum telephium, Linné, qui, 
d'après ces savants botanistes, représentent des groupes d'espèces 
affines, qu'ils proposent de distinguer entr'elles par des caractères 
trèt> sérieux. 

En suivant les règles que nous nous sommes imposées, dans le 
précis de l'an passé, et après plusieurs années de culture dans 
notre jardin du boulevard Saint-Pierre, nous allons signaler les 
espèces qui peuvent, selon nous, être facilement distinguées par 
des caractères tranchés et offrant une permanence irrécusable. 

1 er Groupe. — Sedum maximum, Krock. et Aut. (1). 
Anacampseros ternata, Jord. et Fourr. Brev. 1, p. 21. Icon. 
LXXXVII. 

Trouvé par la Société, à Najac (Aveyron) , juin 1869. 
. 2. Anacampseros cebenmnsis, Jord. et Fourr. Brev. 1, p. 18. 
Icon., tab. LXXXII. 

Trouvé par M. Peyre, au pont de Guittard, près Aîzonne (Aude). 

3 Anacampseros prœruptorum, Jord. et Fourr. Brev. p. 20, 
Icon. tab. LXXXIV. 

Trouvé par M. Baillet, à Conques (Aude), sur le calcaire. 

ht. Anacampseros pachyphylla, Jord. et Fourr. Brev. 1, p. 17, 
Icon. LXXXII. 

Sur les rochers et les murs de Gazaril, près Bagnères-de- 
Luchon (Haute-Garonne). 



(t) Nous ne décrirons pas avec détail, les espèces publiées et figurées par 
MM. Jordan et Fourreau, quand il n'y aura pas de doute sur leur détermi- 
nation ; nous renverrons au texte et aux figures citées par ces auteurs, pour de 
plus grands détails. On consultera aussi avec fruit, la note de M. Boreau, 
Mérn. soc. Acad. d'Angers, tom. XX, qui, le premier, a appelé sur ces plantes 
l'attention des botanistes. 



— 166 — 

5. Anacampseros collina, Jord. et Fonrr. Brev. 1, p. 23, Icon. 
tab. LXXX1X. 

1 1 a b . dans les broussailles, les vieux murs, sous le village de 
Cazaril, Trëbons, près Luchon (Haute-Garonne). 

6. Anacampseros assurgens, Jord. el Fourr. Brev. I, page 24 
Icon. XC1I. 

Habite le massif d'Arbas, sur le calcaire, à la grotte de la 
Bourrusse , Penne-Blanque, près le village d'Arbas (Haute- 
Garonne). 

2 e Groupe. — Sedum telephium, Auct. 

7. Anacampseros Rhodanensis, Jord. el Fourr. Brev. I, page 24, 
Icon. XGll. 

Habite les environs de Ludion, à Saint- Aventin, Cazaux, vallée 
du Lys, dans la fente des murs et des rocbers (Haute Garonne). 
MM. Filhol et Meilhés l'ont trouvée aussi à Carcanières, Pyrénées 
de l'Aude. 

3 e Groupe. — Sedum fabaria, Auct. 

8. Anacampseros Lugdunensis , Jord. et Fourr., Brev. I, p. 28, 
Icon. XCIV. 

Habite Avignonet (Haute-Garonne), dans les vignes. M. Des- 
jardins a trouvé aussi celte espèce à Arreau (Hautes-Pyrénées). 

9. Anacampseros Julliana, B or eau monogr. Sedum. Tirage à 
part. Page 10, Icon. Jord. et Fourr. XCVII. 

Hab. très-abondante dans les Pyrénées de la Haute-Garonne, 
dans la région sous-alpine à l'ombre, dans les rochers humides, 
près des cascades, etc. 

Notre plante semble être un intermédiaire, entre les Anacamp- 
seros conferta, Bor. eijulliana. Bor. Les fleurs sont en corymbe, 
moins fournies et moins déveluppées que nous le présente la figure 
que nous donnent MM. Jordan et Fourreau; les fleurs sont roses 
comme dans ce dernier, mais les carpelles sont tous jaunes, 
comme dans le Julliana, dont il a aussi les feuilles et le port, ce 
qui nous a déterminés à adopter ce dernier nom. 

10. Anacampseros aurigerana, Jord. et Fourr. Brev. I, p. 30. 

Habite, en grande quantité, dans la Haute-Garonne, aux envi- 
rons de Toulouse, au Touch, Saint-Geniés, etc. 

Cette plante est très-commune dans notre région et se distingue 
facilement par ses feuilles étalées, ses grandes fleurs purpurines, 
ses tiges vertes, toujours ascendantes. 






- 167 - 

M. Anacampseros Borderi, Jord. et Fourr. Brev. 1, page 50, 
Icon. tab. XCVI. 

Très répandue dans la vallée de la Garonne, jusqu'à Montréjeau 
où elle abonde au Picon, devant la Gare. 

12. Anacampseros rubella, Jord. et Fourr. Brev. I, p. 50, Icon. 
tab. XGVIII. 

Très-commun à Saint-Béat, Saint-Aventin, Portillon de Burbe 
(Haute-Garonne). 

Observations. — Cette plante perd, dans nos jardins, la teinte 
rouge vif, qu'offrent les feuilles à l'état sauvage. Il en est de môme 
du ternata et Cebennensis ; sans cependant devenir complètement 
glauques ni vertes, les tiges et la nervure des feuilles conservent 
plus longtemps ce caractère. Notre plante n'est peut-être pas exac- 
tement la plante des Ardennes ; d'après la figure que nous avons 
sous les yeux, le port est bien le même, les fleurs sont cependant 
plus purpurines, et notamment les anthères, qui sont un peu pâles, 
tirant sur l'orange, tandis que, dans notre plante, elles sont pour- 
pre, très-vif. Ses feuilles sont aussi plus larges, moins profondé- 
ment dentées, et plus épaisses. Nous croyons cependant devo:r lui 
donner le nom énoncé en attendant de nouvelles recherches. 

13. Anacampseros repens, Jord. et Fourr., Brev. î, p. 31 , Icon , 
Jord. et Fourr., tab. XCIX, 

Habite le massif d'Arbas, sur le calcaire, à Coumovère, Pennc- 
Nère et Penne-Blanque, à Bagnères-de-Luchon, àGouron, etc. 

Outre ces espèces, qui nous paraissent assez bien déterminées, 
nous avons rencontré d'autres formes qui méritent, au même titre 
que les précédentes, de constituer des espèces distinctes. Nous 
nous bornerons à signaler aujourd'hui les suivantes, que nous 
avons longtemps cultivées, nous réservant, pour l'an prochain, de 
nouvelles observations. 

Anacampseros Silvatica, Nob. Sedum Brunfelsii, Bor, ? 

Fleurs roses, en corymbe aplati, pédicelles non condensés, 
dressés, glauques-, calices verts ; pétales roses, grands, renversés; 
étamines à filets pourpre, ainsi que l'anthère, insérés aux trois 
quarts inférieurs des pétales ; carpelles grands, roses ; stigmates 
roses, divergents ; tiges de deux à trois décimètres, ascendantes, 
roses pâle d'un côté, peu rameuses au sommet ; feuilles étalées, 
arquées, ovales, inégalement dentées au sommet, à partir du milieu 
du limbe, sessiles non cordées, atténuées en pétioles courts, glau- 



- 168 - 

ques en dessus et en dessous, à méri thaïes espacées, les inférieures 
un peu plus grandes, et plus longuement atténuées en pétioles. 

Cette plante, avec VAnacampseros aurigerana,est commune aux 
environs de Toulouse, mais au lieu de croître dans les bois humi- 
des et suivre le cours des rivières, elle se trouve toujours dans 
les bois secs, et les vignes qui les entourent, comme à Bouconne, 
Larramette, l'Ardenne et Saint-Simon. 

A nacampseros formosa, Nob. 

Fleurs en corymbe, très-large et très-long, portant de 15 à 20 
rameaux très-condensés, et formant ainsi un immense corymbe 
formé de 3 à 4 rameaux principaux , se subdivise en une 
foule d'autres, en nombre indéterminé. Les fleurs compa- 
rées aux espèces voisines sont de petite taille, très-nombreuses; 
calice vert, lancéolé , triangulaire ; pétales roses au sommet, 
blanc mat à la base, étalés, ovales, lancéolés, aigus, concolores 
et rouge vineux en dessous ; étamines insérées un peu au-dessus 
de la base des pétales, à filets roses-, anthères roses, mais tirant 
sur l'orangé; carpelles rouges vineux sur le dos, stigmates rouges 
aussi. 

Tiges de 5 à 4 décimètres, couchées, ascendantes, grosses comme 
le doigt, vertes ou vert jaunâtre, à mérithalles très-rapprochés, 
feuillées également jusqu'au sommet, sessiles excessivement nom- 
breuses, glaucescentes ou jaunâtres, ovales, lancéolées, obtures au 
sommet, dentées ; dents très prononeées à partir de la moitié du 
limbe, obtuses, atténuées en courts pétioles. Sessiles non en cœur 
ni embrassantes. 

Cette plante est très-abondante dans le massif d'Arbas, notam - 
ment à la grotte de la Bourrusse. Les jeunes sujets ont les premiè- 
res feuilles entières. Les boutons sont glauques, très-imbriqués, 
VA. formosa a un port très-singulier. Ses grosses tiges, le nombre 
immense de ses feuilles, et la grandeur considérable du corymbe, 
la distinguent de toutes les autres. 

Anacampseros angustifolia, Nob. 

Fleurs en corymbe, aplati, à rameaux étalés, dressés, r.ourts 
fleurs roses, à sépales triangulaires lancéolées ; pétales roses, avec 
une tache blanche à la base, renversés ; étamines à filets roses, 
anthères purpurines ; carpelles et styles entièrement roses ; tiges 
dressées ascendantes blanc jaunâtre. Feuilles vertes, glauques, très, 
étroites; longuement atténuées en pétioles, lancéolées, dentées; 



; 



- 169 - 

dents nombreuses, inégales, l'une courte, l'autre longue, comme 
surdentées. 

Cette plante fleurit en*juillet. Elle est commune dans le massif 
d'Arbas; elle a été trouvée à Chein-Dessus (Haute-Garonne), par 
M. Desjardins. 

Ânacampseros pïjramidalis , Nob. 

Fleurs en corymbes globuleux, peu développés ; rameaux courts, 
rougeâtres ; sépales verts, triangulaires ; pétales roses à peine 
blanchâtres à la base, étalés ; étamines à filets roses ; anthères pour- 
pres ; tiges dressées, ascendantes, un peu roses d'un côté seule- 
ment ; feuilles obovales, atténuées en pétioles sessiles non embras- 
santes, alternes, assez rapprochées et toutes appliquées contre la 
tige, diminuant insensiblement de grandeur, de la base au som- 
met, ce qui, avec leur position appliquée, donne à cette espèce une 
forme pyramidale, bien caractéristique. 

Elle est très-répandue dans les Pyrénées de la Haute-Garonne. 
Nous l'avons vue à Cagire, Saint-Gaudens, Bagnères-de-Luchon, 
où elle est cependant plus rare; mais sa véritable région paraît 
être les basses montagnes. 

Ânacampseros subpyrenaïca, Nob. 

Fleurs en corymbe aplati, assez fournies ; rameaux de 5 à 8, 
alternes, dressés, serrés non étalés ; fleurs de grande taille, roses ; 
sépales triangulaires, aigus; pétales roses et blanc mat à la base, 
un peu sur les bords et légèrement canaliculés en dessus, plus 
pâles en dessous ; étamines à filets blancs, ou à peine rosés -, anthè- 
res rouge vineux, très obtuses, insérées sur les tiers inférieurs 
des pétales ; carpelles vert jaunâtre, avec une teinte vineuse sur 
le dos ; styles roses, mais blancs sous le stigmate ; tiges de 5 à 4 
décimètres, grosses, vert jaunâtre, glaucescentes ; feuilles glau- 
ques, très rapprochées, étalées, ovales, lancéolées, obtuses, inéga- 
lement dentées; dents peu profondes. Toutes les feuilles sont, en 
outre, atténuées en pétioles, sessiles non embrassantes, si ce n'est 
celles placées à la base des rameaux. 

Fleurit un des premiers en juillet et août. Il est très-commun 
sur les bords du Touch et dans les parties humides du vallon de 
Prcssac, près de Saint-Geniès. 

On donne dans le pays Toulousain le nom d'herbe de Notre- 
Dame, à tous les Anacampseros à fleurs roses et à feuilles glau- 
ques. 



- 170 - 

Polentilla verna auct., Plerum. 

Dans le Bulletin de la société, nous avons signalé trois formes 
remarquables que présente cette espèce Linnéenne dans les envi- 
rons de Toulouse. Les Polentilla australis, Nob., agrivagua, 
Nob., et œerophila, Jord., qu'on peut nommer aussi Dynamidium 
australis, agrivagum et œerophilum, si à l'exemple du savant 
botaniste de Lyon on adopte ce dernier genre. Ces trois espèces 
appartiennent au bassin sous-pyrénéen. Vaustralis marque sa 
limite vers le midi, où il devient très-commun, comme M. Bail- 
let l'a constaté à Segala (Aude) ; le Chaubardiana, plante de 
l'extrême Sud-Ouest, ne croît pas dans le pays toulousain, il cesse 
à Agen. Leœerophilum et Yagrivagum sont au contraire très-com- 
muns dans les bassins de la Garonne et du Tarn. On peut les dis- 
tinguer très aisément : le P. agrivagum a les feuilles inférieures 
à 5 folioles aiguës, le P. œerophila a 7 folioles obtuses ; le pre- 
mier vient dans les champs et les pelouses herbeuses et fleurit en 
avril, tandis que le second préfère les bois et les bruyères élevés 
et fleurit quinze jours après. 

Pour compléter ces renseignements, nous avons cherché depuis 
notre première publication si ces mêmes espèces remontent 
les vallées Pyrénéennes ou si, dans ces localités spéciales, 
elles sent représentées par d'autres. H résulte de nos nouveaux 
(rnvaux que le œerophila se trouve encore dans les bois de Mira- 
mont et du Puy à St-Gaudens. Mais dès qu'on monte vers Cagire, 
Paloumère, Pic-de-Gard et Luchon, il est remplacé par une autre 
espèce, très-répandue dans toute la région alpine inférieure, et 
que nous nommons Dynamidium montanum. Il se dislingue des 
autres par ses feuilles, très petites, arrondies, à 5 folioles, se 
recouvrant par les bords, à dents aiguës, mucronées par un long- 
poil; par ses* tiges grêles, filiformes, très-allongées, très-peu héris- 
sées; 'par ses petites fleurs, à pétales en cœur, avec une tache 
orangée «à la base; il fleurit en juin. Ainsi que nous l'avons dit, 
cette plante est très-commune dans toutes les Pyrénées. Elle 
monte jusqu'au sommet de Cagire, à Super-Bagnères, Mail du 
Cric, etc. 

Au-dessus de la région Alpine, on trouve une autre espèce qui 
se dislingue de cette dernière, par des racines peu profondes, don- 
nant des tiges vertes assez grosses, glabrescentes et peu fouillées. 
Celle-ci a 5 folioles, à dents obtuses, à mérithales, très-allongées, 



— 171 - 

les feuilles supérieures, à pétioles très-courts, mais avec de grandes 
stipules qui la caractérisent. Les fleurs sont très-grandes, à péta- 
les, se recouvrant par les bords. Elle est très- répandue à Super- 
Bagnères, près Ludion, où elle fleurit en juillet. Cette espèce 
pourrait bien être le Polentilla filiformis de Lapeyrouse, mais non 
celui de Villar ou bien encore le P. salisburgensis des auteurs 
Pyrénéens. Nous lui donnons le nom de Dynamidium stipula- 
ceum, nom qui rappelle un de ces caractères importants. 

Nous recommandons à nos confrères ce groupe de Potentilles, 
qui, mieux étudié, pourra encore fournir quelque forme remar- 
quable. 

Genre ROSA, Auct. 

Le genre Rosa est, sans contredit, malgré les nombreux travaux 
dont il a été l'objet depuis ces dernières années, l'un des plus diffi- 
ciles de la Flore française. Abandonné par Linné et ses disciples, 
ce ne fut qu'en 1813, que Decandole le divisa en deux groupes, 
prenant pour base les styles libres ou soudés. Depuis, on a proposé 
différentes manières de distinguer les espèces de ce genre, selon 
qu'on prend pour base tel ou tel caractère. On arrive à faire des 
groupes qu'on a fractionnés en espèces et en variétés. Malheu- 
reusement, dans ce système , tel caractère spécifique dans une 
classification n'a aucune signification dans une autre $ il résulte 
de ce système des doutes et même souvent de la confusion, ce 
qui a fait dire que, malgré vingt classifications proposées, il y a 
encore beaucoup à faire , pour terminer l'étude du genre Rosa 
et en déterminer surtout les espèces, les variétés et les hybrides. 

Il semble a priori, qu'en bornant ses recherches à une contrée 
ou un espace limité de terrain, comme le pays dont Toulouse est 
le centre, on puisse éviter toutes ces difficultés, ou au moins une 
partie. Cela n'est pas possible. 11 faut, au contraire, connaître les 
travaux qui se sont faits ailleurs pour se fixer sûrement sur les 
quelques espèces, qui habitent nos haies et nos bois. Aussi, dès 
1850, avec M. Arrondeau, avons-nous cherché à déterminer les 
rosiers de nos environs. M. Arrondeau, à cette époque, s'inspirant 
de la Flore du centre de la France et des conseils de son illustre 
auteur, publia ses recherches sous le titre de Monographie du genre 
Rosa, des environs de Toulouse. Ce travail , avec quelques addi- 
tions et corrections, fut réimprimé dans la Flore toulousaine 



— 172 — 

du même auteur. Presque en même temps, notre savant professeur 
publia à son tour la Flore analytique de Toulouse. Dans ce 
travail , supplément de la Flore du bassin sous-pyrénéen , M. 
Noulet, qui avait aussi beaucoup étudié les Rosa de nos environs, 
signala quelques espèces nouvelles, et corrigea même quelques 
déterminations hasardées. 

Depuis cette époque, on a beaucoup étudié les Rosa } en France, 
en Suisse, en Belgique et en Angleterre, mais personne n'a cherché 
dans notre pays à élucider nos espèces litigieuses. Je dis personne, 
quoique je sache, d'une manière certaine, que mon ami Bailletde 
l'Ecole vétérinaire de Toulouse, avait entrepris cette étude, qu'il 
fut bientôt obligé d'abandouner en changeant de résidence. Ayant 
été remplacé par des professeurs de botanique ne faisant pas de 
phytographie, ces messieurs négligèrent les essais de culture déjà 
faits dans le jardin de l'établissement qui furent ainsi perdus pour 
la Flore toulousaine. 

Resté seul , j'ai dû reprendre ces travaux et poursuivre les 
recherches commencées. Je me suis mis en rapport avec MM. Dcse- 
glise etCrépin, afin de concourir de mon mieux au travail com- 
mencé, c'est-à-dire, à un ouvrage d'ensemble sur ce genre trop 
délaissé dans notre pays et dans nos Pyrénées centrales. 

J'espère donner un jour un catalogue raisonné de ce genre ; en 
attendant, je crois devoir appeler l'attention de nos confrères sur 
quelques espèces nouvelles, adoptées provisoirement par M. Crépin, 
qui, avec M. Deseglise, me paraissent être les botanistes les plus 
compétents pour continuer l'étude de ce genre critique. 

1<> Rosa Clotildea, Nob. 

Le Rosa Clotildea est peu répandu dans nos environs-, il est 
cependant commun à Bouconne, du côté de Brax, prés la métairie 
dite du Bégué. Il appartient à la section stylosœ par ses styles un 
peu en colonnes agglutinés. Les fleurs sont grandes et roses ; les 
feuilles grandes, vertes en dessus et glauques en dessous avec des 
glandes sur les pétioles et les nervures. Le fruit est bleuâtre avant 
la maturité, puis rouge globuleux -, les sépales tombent quand 
le fruit devient rouge. 

J'incline à penser que cette plante est le R. suavis de M. Arron- 
deau, mais non le suaxis Willd , comme le croit d'ailleurs 
M. Noulet. 



— 4 73 rrr 

2° /?os« Tolosana, Nob. 

Cette Rose est très abondante dans nos bois ; à Saint-Geniès, 
Monlrabe,Lurramet et ailleurs. Elle est indiquée dans nos Flores, 
sous le nom de Rosa Junzilliana, mais ce n'est ni la plante de 
Besser ni celle publiée par M. Dèseglise sous ce nom. Elle est voi- 
sine du R. Pujeti, Bor. et du Terebenthinacea-, c'est un rosier de 
petite taille en buisson, d'une odeur suave; non-seulement la 
fleur, mais toute la plante a une odeur résineuse, sentant la 
rose. Les fleurs sont rose pâle, à pétales très grands ; sépales très 
pinnatifîdes et glanduleux ; pédoncules glanduleux, couverts de 
soies raides, ou de piquants fins, très nombreux ; les feuilles sont 
vertes en dessus, pâles en dessous, très glanduleuses sur les ner- 
vures principales et secondaires, bidentées très glanduleuses, odo- 
rantes ; aiguillons fins, droits, ou un peu crochus. 

3° Rosa Ladanifera, Nob. 

Le Rosa Ladanifera est très répandu à Balma, au bois de Las- 
serre, et à Saint-Jean-de-1'Union. Il semble appartenir à la section 
Tomentosa ; il a les fleurs roses très petites-, les sépales glanduleux 
et chargés de soies raides, ainsi que le tube du calice ; ses pétales 
sont très petits, échancrés fortement au sommet ; les pédoncules 
sont chargés de soies glanduleuses; les feuilles à folioles petites , 
obovales, très atténuées à la base, sont dentées ; à dents surden- 
tées, très glanduleuses. Arbrisseau de petite taille à aiguillons 
crochus, le calice tombe avant la maturité du fruit; celui-ci est 
rouge orangé, gros, ovoïde, et a souvent les soies raides du tube 
du calice qui ne sont pas tombées à la maturité. 

Ce Rosier mérite d'être encore étudié, ainsi qu'une forme que 
nous supposons hybride et qui croît en société avec lui. Outre ces 
trois Rosiers, très intéressants pour notre Flore, nous signalerons 
le Rosa mollissirna, de Fries, qui a été trouvé à |Bouconne, du 
côté de Brax, et à Larramette. 

Enfin, parmi les nombreux types que j'ai adressés à M. Crépin, 
qui a bien voulu me fournir de très-utiles renseignements, il a 
cru reconnaître dans le Rosier récolté, avec le docteur Jeanbernat , 
au bois de Fonsorbes, le Rosa Boreythiana Bess qui n'a pas encore 
été signalé en France, et qui diffère du R. Collina, par ses styles 



— 4 74 — 

moins velus et la présence sur les rameaux florifères de soies 
glanduleuses. 

Encore : Rosa Gaudini, Pujet, haie devant la gare de Manne 
(Haute Garonne). 

Rosa permiœta Desegl., au bois de Larramet. 

— trichoneura, Ripart, — — 

— senUcosa, Desegl., — — 

— cladoleia, K\\}&rl, — — 

— dumalis, Desegl., bois de Pressac. 

— inodora, Fries, bois de Balma. 

— dumetorum, Desegl., en montant à Cagire. 
Heracleum, L. et auct. 

Sous le nom à'Heracleum spondylinm L. et Panaces L., les 
botanistes confondant, depuis longtemps, une foule de types que 
les savantes et judicieuses observations de M. Jordan ont pour but 
de séparer (Jord , in. Billot, archives, pag. 14), ce savant explora- 
teur de la flore européenne a distingué dans ce groupe plusieurs 
espèces, qu'il décrit avec soin et qu'il propose comme autant de 
types distincts. 

Dès la publication de ces recherches, préoccupé comme lui des 
différences notables que les espèces de ce genre présentent dans 
notre région, nous avons cherché à mettre en lumière les diffé- 
rences que nous avons à notre tour observées. Comme M. Jordan 
nous avons constaté plusieurs types bien tranchés ; mais nous ne 
pouvons partager son avis ni celui de notre ami M. Boreau, pour 
quelques espèces comme les H. stenophyllum J., et angnstanum 
Bor., qui ne sont pour nous que des variétés. A notre avis, 
toutes ces plantes présentent, quelquefois dans les mômes lieux, 
une forme à feuilles plus profondément découpées, à lobes plus 
étroits, plus allongés, à dentelure plus fine, plus aiguë. Ainsi, 
Ylleracleum panaces L., qui est à mon sens le même que YH. 
montanum Gaud., H. œstivum Jord., a une forme à feuilles étroi- 
tes, représentée par YH. angusti foliumV'iU . , H '. stenophyllum Jord., 
177. occidentale Boreau, a une variété semblable, Y II, angustanum 
Bor., que j'ai eu la satisfaction de récolter avec son auteur aux 
sources de l'Yonne en Morvan -, Y H. pyrenaicum Lamk., a aussi 
sa forme étroite, qui est YH. setosum Lap., elles viennent toutes 
deux ensemble dans nos Pyrénées; 17/. pyrenaicum offre encore 
dansées mômes montagnes une variété que l'on peut dire opposée. 



- 175 — 

c'est-à-dire à immenses feuilles, à lobes profonds, mais dont les 
bords se recouvrent un peu de manière à ne pas laisser de vides 
entre eux; c'est alors YHeracleum ampli folium Lap. Pareille chose 
arrive aussi à Yœstivum, à Y occidentale, comme nous l'avons vu au 
Morvan et dans le Jura, à la Dole, dans les lieux toujours humides. 
Nous avons vu aussi YH. Lecoqii, Gren. et God., présenter trois 
formes pareilles aux précédentes. 

Toutefois, nous faisons des réserves pour deux espèces que nous 
avons dans nos cultures et qui devront, à notre avis, être distin- 
guées : la première a été trouvée à Conques (Aude), par mon ami 
Baillet ; et la seconde à Léguevin, par M. Filhol et par moi. Celle- 
ci se rapproche un peu du Lecoqii, mais elle est encore dans des 
localités trop limitées pour porter sur elle un jugement définitif. 
Nous en parlerons plus tard, dans nos prochains travaux. 

Galium silvivagum, Baill. et Timbal, Mem. acad., TouL, 
sér. VI, vol. V. 

M. Thièlens, zélé botaniste de Belgique, a écrit que notre 
G. silvivagum toulousain lui paraissait représenter une simple 
forme du G. commutation Jord. Nous ne pouvons accepter cette 
détermination, à moins que M. Thièlens ne réunisse toutes ces for- 
mes sous le nom de Silvestre Poil., ou mieux G. montanum Vill., 
comme on le faisait avant le dénombrement proposé par M. Jordan 
et par moi. 

Le G. silvivagum a les feuilles bordées de cils raides, qui ren- 
dent la plante très-rude au toucher ; les inférieures, chargées de 
papilles fines, des pédoncules longs à trois fleurs ; le G. commuta- 
tum est glabre dans toutes ses parties. Les feuilles sont plus lar- 
ges, douces au toucher, sans papilles, le pédoncule plus court et 
plus pauciflores. Ces caractères rapprochent beaucoup le commuta- 
tum du G. lœve. Tbuill. Je crains que M. Thièlens ne se soit pas 
rendu un compte bien exact de ce petit groupe de Galium papïl- 
leux et qu'il ne les ait confondus avec ceux du groupe montanum, 
et silvestre. Ce qui semble le prouver, c'est que ce botaniste, dans 
le Kickxia, herbier excicata qu'il publie avec M. Devos, a donné 
le nom de G. nitidulum, Tbuill. au G. commutatum, Jord. 
Le nitidulum est une forme à feuilles et tiges inférieures pubes- 
centes du G. silvestre Poil., tandis qu'il donne à ce même G. silves- 
tre Poil, le nom de G. saxatile, Koch (G. hercynicum Weigg.), 



- 176 - 

qui est certainement une plante différente, et à l'abri de toute 
critique. 

Je profite de celte occasion pour dire un mot du Galium supi- 
num Lamk. signalé par M. Boreau, à Cfiâteau-Chinon, c'est une 
des espèces les plus rares de la Flore française. Le G. supinum 
marque le passage entre les Galium du groupe papilleuœ etmon- 
tanum, il n'a pas de papilles comme le premier, mais il est cespi- 
teux, il thaïe un peu comme eux. Les feuilles sont chargés d'as- 
pérités moins longues et moins rudes. Le vrai montanum a les 
tiges réunies et terminées par une racine qui permet de l'arracher 
facilement; tandis que, pour le G. supinum, qui est cespiteux, il 
faut fouiller profondément le sol à cause de ces racines ram- 
pantes. 

Le Galium supinum, quoique plus voisin du groupe Montanum, 
par Vobsence de papilles et de poils à la base des feuilles, se rap- 
proche par ses pedicelles courts, ses fleurs petites et son feuillage 
jaunâtre de notre G. chlorophyllum. Mais ce dernier, outre ses 
papilles et ses feuilles plus rudes, les a plus courtes et plus larges, 
il est en outre plus cespiteux encore et à fleurs plus petites et plus 
ramassées. 

M. Boreau et moi l'avons cueilli sur les ruines du château, à 
Château-Chinon (Nièvre), en 1870. 

Inula dubia, Pourr. mem.Acad. Toul. sér. 1, tom. 5. 

J'avais, dans une note sur les synonymes de Pourret, rapporté, 
en synonyme, cette plante à Y Inula montana, L. Me fondant, à 
défaut de description suffisante, sur ce que cet Inula est très- 
commun dans la Gaule Narbonnaise, ayant fait de nouvelles 
recherches, je me suis convaincu que Y Inula helenioïdes Dec. est 
aussi, si ce n'est plus, abondant dans ces mêmes lieux. Il vient à 
Conques et dans tout le Minervois; localités que Pourret a parcou- 
rues, puisqu'il y signale plusieurs plantes, notamment YAlthea 
narbonnensis, que nous y avons retrouvée. Je crois aujourd'hui 
que c'est Ylnula heleinoïdes, que Pourret a voulu indiquer dans 
son Ch loris narbonnensis ; ce nom étant plus ancien que celui 
de Decandolle, doit avoir la priorité. Celui de Dubia lui avait été 
donné sans doute, par Pourret, pour marquer son hésitation à le 
distinguer de 17. Helcnium, L., et Oculus ehristi, Jacq. entre 
lesquels on peut le placer. Lapeyrouse (Hist. abr., FI. pyr., p. 
Y)'2~2, sup. page 457) n'hésite pas môme, après les justes observa- 






- 177 — 

tions de Decandolle, à nommer ainsi YHelenioïdes; mais il ne 
parle pas du dubia Pourret, qui, d'après les localités et le rap- 
prochement qu'il fait de YOculus christi de Jacq., dont l'un et 
l'autre connaissaient la figure, doit être la plante de Decandolle 
et non le Montana, comme je l'avais dit d'abord. 

J'ajoute que mon ami M. Grenier m'a prévenu de mon erreur, 
enm'assurant qu'il avait vu dans l'herbier Pourret, à Paris, Ylnula 
helenioïdes sous le nom û'Inula dubia Pourr. C'est donc au 
savant botaniste de Besançon que revient la découverte de ce syno- 
nyme et la restitution qu'on devra en faire au botaniste de la Gaule 
Narbonnaise. 

Vfnula dubia ne se trouve pas sur la liste des plantes de Pourret, 
que me donna autrefois le docteur Bubani, et qu'il avait étudiée 
à Madrid, dans l'herbier Salvador. Cette liste m'a beaucoup servi 
dans mes recherches sur mes synonymes du ChlorisNarbonensis. 

Bellis perennis, L. auct. 

Le Bellis de nos Flores appartient incontestablement au Bellis 
hybrida Tenore. Bellis minor hortensis. Fusch. hist. t. 146. Nous 
avons aussi le Bellis, auquel les auteurs italiens conservent le 
nom de perennis. Bellis minor Silvestre. Fusch. hist. t. 447. 
Celui ci est plus rare et semble appartenir exclusivement aux 
prairies sèches. Ces faits constatés, il reste à savoir s'il y a deux 
espèces ou bien un seul type constituant deux variétés dues aux 
influences chimiques et physiques du sol. Si nous consultons nos 
auteurs Allemands, représentés par Koch, synopsis, éd. 2, p. 387 
et les botanistes français, tels que : Decandolle, Duby, Grenier 
et Godron, il n'y en a qu'une seule ; car ils ne font pas mention 
du Bellis hybrida de Tenore. Duby cite la figure 677 des illustra- 
tions de Lamk, qui nous donne celle du Bellis perennis ; il ne se 
doutait pas qu'on pût établir deux espèces sur la plante qu'il 
foulait tous les jours sous ses pieds. 

MM. Grenier et Godron, qui citent encore cette même figure 
de Lamark, partagent l'opinion de Duby et perpétuent ainsi la 
confusion qui existe dans l'opinion des auteurs, sur le Bellis 
perennis. Si on consulte les botanistes italiens, le doute cesse. 
Tenore d'abord et Gussonne ensuite dans le Sijnopsis, FI. sicula, 
quvrage très-répandu, n'hésitent pas à reconnaître deux espèces 
que ce dernier auteur caractérise ainsi : 

B. Hybrida. Radiée fibrosa caulibus ascendentibus diffusisque, 

12 



- 178 — 

ramosis, foliosis, pedonculis elongatis, foliis spatulato-obovatis, 
crcnato dentatis villoso-hirsutis, anthodii foliolis hirsuto obtus- 
iusculis. 

Et il ajoute : Habitus subsequens aqua prœter caulem ramo- 
sum, et foliosum recedit; habita robustiore, et pubescentia majore 
omnium par tium. 

Il cite encore la figure 146 de Fuschius, comme représentant le 
B. hybrida, Ten. 

B. perennis, L., sp., pi. 1248, Guss., syn. FI. sicula 2, p 507. 
Radiée sub repente, scaponudo-unifloro foliis spathulato-obovatis 
crenato-dentatis glabris pubescentibusque, anthodii foliolis hir- 
suto ciliatis obtusis. 

Gussonne, comme Duby, et MM. Grenier et Godron, citent la 
figure 140, des illustrationes, de Lamark, dont nous avons déjà 
parlé, et il ajoute comme caractère différentiel de la précédente : 
Folia, lœte viridia crassiuscula, obtusa, aliquando intégra, supra 
venosa subtus absolete nervosa ; ligulœ sœpe subtus rubentis ; scapi 
foliis subœqualis, non duplo triploque longiores ut in Bellis 
hybrida. 

D'après Gussonne, le Bellis perennis fleurit en mai et novem- 
bre, et Yhybrida en janvier et juin. Le Bellis perennis vient in 
jxtscuis apricis montosis, raro in demissis ; Y Hybrida t au contraire, 
in pascuis herbosis apricis et ad vias in submaritimis, passim in 
Sicilia. 

En présence de ces faits contradictoires, nous avons longtemps 
cherché à étudier cette question, ayant journellement sous les 
yeux des BeHis qui représentent chacune de ces formes. Nous 
nous demandons si, réellement, il fallait établir dans le Bellis 
perennis des auteurs, deux espèces ou deux variétés. 

Devant l'autorité de Gussonne et de Tenore, nous avons long- 
temps hésité. Mais examinant avec soin les caractères des plantes, 
que M. deNotaris nous a communiquées d'Italie, après avoir étudié 
les figures citées de Lamarket de Fuschius, et avoir soumis ces 
plantes à la culture, nous pouvons affirmer qu'il n'y a qu'une seule 
et môme espèce. 

Pour arriver à une démonstration complète, nous n'aurions qu'à 
discuter les diagnoses «de Gussonne, d'où les différences peuvent 
très-bien s'expliquer par l'action combinée des influences physi- 
ques du sol. Mais les figures citées par cet auteur prouvent, d'une 



- 179 — 

manière évidente, que ces deux plantes doivent être réunies. Nous 
avons dit que la figure 146 de Lamark convient aux deux espèces, 
mieux au Bellis perennis qu'à Yhybrida qui serait la plante 
luxuriante et cultivée ; mais les deux figures de Fuschius 
citées comme très-exactes, l'une fig. 147 représente la plante sau- 
vage Bellis minor silvestris, et l'autre 146 Bellis minor hortensis, 
n'est autre que la plante luxuriante et cultivée, telle qu'on la 
trouve encore dans nos parterres, plus ou moins simple ou doublée 
par la transformation des fleurs sexuées en fleurs neutres ligu- 
lées. 

Il n'y a donc, à mon avis, qu'une seule espèce sauvage et une 
autre luxuriante et cultivée, et le Bellis hybrida Tenore, nom 
déjà tout-à-fait impropre, doit disparaître. Opinion déjà formulée 
par tous les Aoristes français et allemands, par le silence qu'ils ont 
tous gardé sur cette espèce litigieuse. 

Salvia pratensis et verbenaca, Âuct. 

Depuis la publication de notre travail sur les Salvia de nos en- 
virons, nous n'avons cessé d'étudier, dans nos différentes courses, 
les diverses formes et variétés que nous présentent ces plantes, con- 
sidérées par beaucoup de botanistes comme étant le résultat du 
polymorphisme, tandis que MM. Jordan et Fourreau pensent que 
ce sont des espèces parfaitement tranchées. 

D'après nos nouvelles recherches; nous sommes obligés de 
déclarer que nous persistons, dans là manière de déterminer nos 
Salvia indigènes. Il ne nous est pas possible de considérer les Galli- 
tricum rosulatum, J. et F., G. virgatum, J. et F., G. arvale, J, et 
F., G. ptychophyllum, J. et F., G stereocolon, J. et F., G. ru- 
bellum, J. et F., comme de bonnes espèces. Nous trouvons toutes 
ces formes à Toulouse, mélangées avec leur véritable type, les 
Gallitricum pallidiflorum, Saint-Amans, G. miœtum, Timb., 
Verbenacum,L. G., Horminoïdes, Pourr., G. clandestinum, L. Elles 
fleurissent en même temps, et croissent souvent dans les mêmes 
lieux. Ces prétendues espèces ne sont, pour nous, que des varia- 
tions parallèles des types que nous avons indiqués dans notre tra- 
vail ou des formes adultérines résultant de leur croisement. 

Orchis fallacij-Laxiflora, Nob. ; 0. alata Fleury ex parte. 

Cet orchis hybride a été trouvé en juin, au milieu de notre 



— 180 — 

0. fallax ellaxiflora, par MM. Peyre et Chalande fils, à Palefi- 
cat, quartier situé entre Lalande et Croix-Daurade. 

Dès 4854, dans notre mémoire ayant pour titre hybrides d'Or- 
chis, page 12, nous disions : « dans le genre Orchis, » un pédi- 
» celle visqueux, attache au caudicule les masses polliniques. Or, 
» quand ces derniers sortent de l'anthère, ce qui a lieu vers le 
» mois de juin, l'atmosphère est sillonnée par une foule d'insectes, 
» qui, attirés par l'odeur particulière du pollen sectile, viennent 
» sur les fleurs arracher quelques tétrades polliniques, qu'ils por- 
» lent ensuite dans les fleurs des espèces voisines. » 

Depuis que nous avons écrit ces lignes, M." Darwin a publié un 
savant travail sur la participation des insectes dans la fécondation 
des Orchidées. Dans cet ouvrage, les faits sont parfaitement expo- 
sés, et le phénomène très-exactement décrit. Mais dans la préface 
de son livre, M. Darwin signale comme ayant observé l'interven- 
tion des insectes dans la fécondation de ces plantes, Spenner en 
4793, Hocker et R. Brown en 1854. A la même époque, nous 
faisions les mêmes observations. M. Darwin, qui n'a jamais connu 
notre travail, ne pouvait nous citer. Nous ne nous en plaignons 
pas, mais nous réclamons notre petite part de cette décou- 
verte, car, à cette époque, nous ignorions les observations de 
Spenner comme celles de Brown et de Hocker , puisque ces 
dernières avaient lieu en même temps que les nôtres. 

Note sur les Festuca du département de la Haute-Garonne. 

Festuca ovina, L. — Nous n'avons jamais pu rencontrer dans 
notre département le Festuca ovina type, ni le Festuca tenuifolia 
de Sibth. La plante que nous avions rapportée à cette espèce paraît 
devoir, mieux étudiée aujourd'hui, rentrer dans le Festuca durius- 
cula, L., variété à feuilles radicales, courtes et à panicules appau- 
vries des lieux secs. Elle vient ici dans les bois du bassin sous- 
pyrénéen jusqu'à la forêt de Buzet. 

Festuca duriuscula, L. — Abonde partout avec les variations 
glabres, hérissées, à feuilles longues ou courtes. Cette plante pré- 
sente aussi une variété à épillets presque sessiles et condensés, et 
une forme glauque qui est, pour nous, le Festuca glauca de 
Schrader et non celui de Lamark, qui a les feuilles de la tige 
aplaties et constitue une espèce, malgré la savante autorité de 



- 181 - 

M. Duval Jouve, qui ne voit dans le glauca Lamark qu'une variété 
du duriuscula L. 

Festuca glauca Lamark, non Schrader. — Cette plante est une 
espèce montagnarde, commune dans les Pyrénées de Luchon, d'où 
elle descend jusqu'à Saint-Bertrand-de-Comminges, où l'on trouve 
la variété hirsuta. Elle vient ailleurs dans la chaîne pyrénéenne, 
sans arriver dans la plaine. La plante des Pyrénées est semblable 
à celle d'Auvergne, qui est le type Lamark, 

Festuca rubra, L. — Très-répandu aussi avec ses variétés, à 
feuilles courtes ou longues, à panicules glabres ou velues; mais je ne 
puis y joindre le F, heterophylla, Lamark, qui me paraît distinct, 
et qui, à son tour, nous présente les mêmes variations que le 
duriuscula et rubra linnéens. 

Le type vient dans les bois. Il a les feuilles molles, vert- 
sombre, la taille élevée, la panicule grande et étalée, velue ou 
glabre, verte ou colorée en violet. La forme qui croît sur les som- 
mets élevés des Pyrénées est, au contraire, à feuilles inférieures 
rudes, d'un vert clair, de taille toujours élevée, à fleurs en pani- 
cules plus étroites, blanc-jaunâtre, à épillets glabres ou velus, 
outre Yheterophylla qui, à notre avis, constitue une espèce sépa- 
rée. Nous pensons qu'on a tort de le réunir au F. nigrescens 
Lamark. Cette plante , telle qu'elle se présente dans les 
Pyrénées, ne peut être assimilée aux grandes formes que nous 
avons déjà signalées, et que nous avons rencontrées aussi dans le 
nord de la France. 

Le F. nigrescens Lamark est toujours de petite taille, les feuilles 
inférieures sont enroulées, douces au toucher, fines. Celles de la 
tige sont aplaties, bien plus courtes et plus larges que celles que 
nous offre Vheterophylla ; il vient malgré cela dans les Pyrénées, 
aux lieux les plus humides, même au bord des lacs, comme à 
Spingo. Il a les épillets rouge-pourpre, et quelquefois verts ou 
jaunâtres comme les autres Festuca. 

Le Festuca rubra, qu'on distingue toujours à sa souche un peu 
rampante, varie dans nos contrées, à grande taille et feuilles lon- 
gues (F. fallax, Thuill.), ou à petite et à feuilles courtes et larges 
(F. rubra, Duval Jouve.) 

Festuca ochroleuca, Nob. — Cette espèce est voisine aussi de 
Vheterophylla. Nous avons vu cette année à Saint-Béat, la forme à 



— 182 - 

épillets hérissés, avec tous les caractères du type que nous avons 
écrit légèrement pubescens. 

Festuca varia, Hœnke. 

Le Festuca varia , Hœnke , ne peut se réunir an Festuca 
eskia, comme le veulent nos auteurs, parce qu'il a les feuilles 
vertes, courtes, fiues et molles , tandis que le Festuca eskia 
présente des feuilles grosses, raides, glauques et jonciformes ; 
ces deux espèces n'ont pas le même mode de végétation. Le 
varia vient en tapis, serré , il donne des tiges fleuries et non 
fleuries, et forme des espèces de nappes qui couvrent de grands 
espaces de rochers. Le Festuca eskia croît aussi en grandes 
touffes isolées, mais elles n'ont ni la forme, ni l'aspect, ni l'éten- 
due des premières-, chacune d'elles, d'ailleurs, offre les variations 
parallèles signalées par M. Duval Jouve dans la coloration delà 
panicule. Outre ces deux plantes, nous avons encore dans les 
Pyrénées le Festuca flavescens, Bellardi, qui est aussi une espèce 
distincte des deux premières. 

Festuca cagiriensis, Nob. — Nous ne reviendrons pas sur les 
caractères que nous avons assignés à cette espèce remarquable. 
Nous dirons seulement que la culture ne les a pas changés. Toute- 
fois, nous ajouterons que les feuilles ont pris, dans notre jardin, 
une couleur bleue glauque, plus prononcée que celle qu'elle pré- 
sente au sommet de Cagire. 

Festura dura, Dec. et Auct. Nous donnons provisoirement ce 
nom à une espèce qui n'est pas exactement la plante de Decandolle 
ni le Festuca arduennensis de Lejeune, que l'on réunit à cette 
dernière. Notre plante est abondante dans la région sous-alpine, 
et monte quelquefois plus haut, comme au port de Vénasque, où 
elle croît en société du Festuca Halleri, Ail. 

Dans le second groupe, nous avons dans notre déparlement le 
Festuca spadicea, L., qui vient dans la région alpine inférieure, 
tandis que dans la plaine nous trouvons, non dans les prairies mais 
dans les bois, le F. consobrina, Nob., que nous avons décrit l'an- 
née dernière. Ce F. consobrina est certainement le F. spectabilis 
de M. Godron et non celui de Jan, comme nous en avions le 
soupçon précédemment. Aujourd'hui , d'après les échantillons de 
Fonfroide que nous a communiquésM. Duval Jouve, nous en avons 
acquis la certitude. Nous ajouterons que, d'après ce savant agrosto- 
graphe, notre consobrina serait une forme méridionale ou forme 



— 483 — 

de la plaine du F. spadicea. Nous recommandons l'étude de cette 
espèce aux botanistes, qui pourront décider cette question. 

Nos Pyrénées, depuis Cagire jusqu'à Esquierry , nous donnent 
en quantité le F. silvatica, Vil., qui a toujours la panicule verte 
et glabre , et n'offre pas comme les autres des variations pubes- 
centes jaunes ou violettes. Elle n'a pas non plus les feuilles lon- 
gues ou courtes. Aussi, ne figure-t-ellepas dans les espèces à varia- 
tions parallèles, proposées par M. Duval Jouve. (Bull. soc. bot., 
Franc, 4865.) 

Dans nos plaines et nos prairies, nous avons le F. pratensis 
qui présente deux formes : l'une grêle et petite, l'autre grande et 
luxuriante, selon la nature pbysique ou chimique du sol. Enfin, 
nous avons encore le F. arundinacea , mais la forme interrupta. 
Ce qui semblerait prouver que ce Festuca de Desfontaines est peut- 
être une espèce, c'est qu'il ne présente pas de retour au type, et 
que l'on ne trouve jamais la forme décrite par MM. Grenier et 
Godron, que nous avons récolté à Pontarlier, aux bords du Doubs, 
avec M. Grenier. 

Dans ce groupe, nous devons mentionner une autre forme qui a 
été trouvée au sommet de Cagire, et qui, selon nous, doit consti- 
tuer un groupe très-curieux. J'en avais déjà dit un mot dans mon 
précis de l'an passé. 

Festuca Bartherei, Nob. Panicule grande, allongée, étalée, pen- 
dant l'anthèse; rameaux inégaux, rudes, hérissés, aplatis, striés; 
les inférieurs allongés, étalés, puis d'un seul côté, les supérieurs 
plus courts. Epiilets de 4 à 5 fleurs, lancéolés, très-glauques et 
même d'un blanc mat. Glumes inégales, lancéolées, sans nervures 
visibles, blanchâtres, scarieuses aux bords, un peu verdâtres sur 
le dos ; glumelles plus grandes, l'inférieure concolore, termi- 
née par une arête plus courte que la glumelle, dentée, les dents 
se prolongent même sur le dos de la glumelle à peu près à moitié, 
la supérieure elliptique au centre, ciliée et verte aux bords. 

Feuilles vert-jaunâtre, larges et planes, mais se repliant en deux 
avec la sécheresse ou la dessication, et offrant alors la forme d'un 
ruban ; face inférieure de la feuille, glabre et lisse, mais la supé- 
rieure est hérissée de poils rudes au toucher, très-longs ; atteignant 
toutes la panicule, celles de la tige de .même forme, la dernière 
enveloppe la base de la panicule. 

Souche csespiteuse formant de grands gazons, avec des tiges 



— 184 — 

florifères de 2 à 4 décimètres, et d'autres sans panicules, hérissés 
à la base, avec un nœud noir vers le tiers inférieur. 

Ce Festuca est très-remarquable. Il doit être placé par ses feuil- 
les aplaties dans la section Schenodorus, et cependant sa panicule, 
quoique plus grande, semble le porter vers le véritable Festuca, 
rubra et heterophylla, etc. 

il est parfaitement distinct de toutes les espèces de ce groupe, 
par tous les caractères que nous avons cités, par son port, etc. Ses 
feuilles surtout sont caractéristiques par leur largeur, relativement 
à la plante et aux autres Festuca des autres groupes. Elles sont rudes 
à la surface par des poils. Par un temps sec, elles se plient en deux, 
mais avec la fraîcheur et la rosée, elles s'ouvrent et sont larges et 
aplaties en les desséchant et en herbier; il est impossible de les 
conserver ouvertes -, aussi sont-elles lisses au toucher et non rudes, 
comme quand elles sont vertes. Il faut tenir compte de cette obser- 
vation, si l'on étudie cette plante en herbier. 

Elle vient avec le F. cagiriensis, le varia et une autre forme du 
groupe heterophijlla, au sommet de Cagire,en allant vers la Croix. 
Elle a été distinguée pour la première fois par M. Barthère, habile 
horticulteur de notre ville, qui , en m'accompagnant à Cagire, 
me fit remarquer les caractères qui distinguent cette plante de ses 
congénères, qui croissent dans ces lieux si fertiles en riches pâtu- 



PLANTES RARES OU NOUVELLES POUR LA FLORE DE LA HAUTE-GARONNE. 

Sisymbrium sophia, L., à Cornebarrieu, Peyre et Chalande fils, 
mai. 

Diplotaxis viminea, L., à la Colonne, dans'les pépinières, dé- 
couverte par M. Desjardins. 

Cardamine sylvatica, Link. et Hoffman. — Nous avons dit dans 
le précis de l'année dernière que nous n'avions pas vu cette plante 
dans le bassin sous-pyrénéen. Ce printemps, plus heureux, nous 
l'avons récollée à Saint-Geniés, dans le vallon de Pressac, localité 
citée par M. Noulet. Nous l'avons vue aussi en très-grande abon- 
dance dans une course faite par la société à Pinsaguel et a Lacroix- 
Falgarde. 

Cardamine monticola, Nob., est très-commun dans toutes les 
prairies des environs de Ludion, où il est en pleine floraison au 
1b mai. 



— 185 — 

Viola multicaulis, Jord. — Vallon de Pech-David, découvert par 
M. Chalande fils. 

Viola canina var. Lucorum Rech. — Bois de Fronton, près de 
Grisolles, mai, découvert par MM. Peyre etE. Timbal-Lagrave. 

Gypsophyla repens des auteurs Pyrénéens , est la même 
plante que le Gypsophyla erecta de Jordan et Fourreau, qui divi- 
sent le Gypsophyla repens des auteurs en plusieurs espèces. 

Dianthus Segnieri, Chaix ? a été trouvé au mois de juillet, au 
Picon-de-Palomère, en allant à Milhas, par M. Jeanbernat et 
Labéda. 

Cerastium pœtreum, Schultz, a été récoltée dans les bois 
d'Avignonel, par MM. Filhol, Peyre, Jeanbernat et 'E. Timbal- 
Lagrave. 

Tillia corallina, Ait., TU. rubra Dec, est commun dans les 
bois de Juzet-dTzaut , près d'Encausse. Filhol, Jeanbernat et 
E. Timbal-Lagrave. 

Daucus arvensis, Jord., abonde à Toulouse dans les pelouses 
herbeuses, notamment à Croix-Daurade, Périole, dans les prairies 
des bords de la Garonne et de l'Ariége, à Portet et à Lacroix-Fal- 
garde, 

Bupleurum affine, Sadler, dans les coteaux cultivés de Lacroix- 
Falgarde, découvert par M. Conîejean. 

Scorzonera parviflora , Linné , assez répandue dans les 
bois deMiramont, près Saint-Gaudens. MM. Baillet etE. Timbal- 
Lagrave. 

Campanula ficarioïdes, Timbal L., Mail-du-Cric, près Luchon, 
très-commun d'après M. Peyre. 

Lobelia urens, Linné, dans les champs à Chein-Dessus, M. Des- 
jardins -, à Ganties, M. Gourdon ; ces deux localités appartiennent 
au massif d'Arbas. 

Swertia perennis, Linné, vallon de la Frèche, près Luchon, 
très commun en juillet d'après M. Peyre. 

Muscari Lelievrei, Bor., bords du ruisseau de Saint- Génies, en 
avril, Peyre etE. Timbal-Lagrave. 

Ornithogalum Peyrei, en abondance dans les champs sur les 
bords du Fresquel à Naurouse et dans les garrigues d'Alzonne 
(Aude), découvert par MM. Peyre et Albert Timbal-Lagrave. 

Âjuga genevensis, L., que nous préférons appeler avec M. Lagrèze- 
Fossat (FI., Tarn-et-Gar., p. 305.) Ajuga crijptostolon^ a été 



- 186 - 

découvert cette année dans la prairie communale de Portet , 
mêlée par places, avec VAjuga reptans,L. 

Cette espèce n'avait pas encore été signalée dans le bassin sous- 
Pyrénéen, quoiqu'ellesoit commune sur la rive droite du Tarn, en 
face Buzet, par E. Timbal-Lagrave. 



— 187 - 
ÉTAT 

DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ D'HISTOIRE NATURELLE 
DE TOULOUSE. 

Août 1870. 

Membres nés. 

M. le Préfet du département de la Haute-Garonne. 

M. le Maire de Toulouse. 

M. le Recteur de l'Académie de Toulouse. 

Membres honoraires. 

MM. Clos, Professeur à la Faculté des sciences, Directeur du Jardin des 
Plantes de Toulouse. 

Daguin , Professeur à la Faculté des sciences, Directeur à l'Obser- 
vatoire de Toulouse. 

E. Dulaurier, Membre de l'Institut, Professeur à l'Ecole des Langues 
orientales vivantes. 

E. Filhol, Professeur à la Faculté des sciences, Directeur de l'Ecole 
dewnédecine de Toulouse. 

Lavocat, Directeur de l'Ecole vétérinaire de Toulouse. 

Edouard Lartet, Professeur au Muséum d'histoire naturelle. 

J.-B. Noulet, Professeur à l'Ecole de médecine de Toulouse. 

Léon Soubéiran, Professeur à l'École de pharmacie de Paris. 

Membres titulaires. 

MM. D'Adhémar (Victor), Mainteneur de l'Académie des Jeux. Floraux. 
Alzieux, Médecin, à Axiat (Ariége). 
D r Armieux, médecin-major, à Toulouse. 
D'Aubuisson (Auguste), Fondateur. 
Badin, Chirurgien-orthopédiste. 
Belleville, Commandant en retraite. 
Berdoulat (Jules), Fondateur. 
Besaucèle, Etudiant en médecine. 
Biroteau. 



- 188 - 

MM. D 1 Bonamy, Professeur à l'Ecole de Médecine. 

Bonnal (Edmond), Fondateur. 

D r Bonnans, aux Cabanes (Ariége). 

Bordenave, Chirurgien -dentiste. 

Brun (Emile), Conservateur du Muséum de Montauban. 

Buffet Del Mas. 

Calmels (Henri). 

L'abbé Carrière, Directeur de la Société archéologique du Midi. 

Cartailhac (Emile), Directeur des Matériaux pour l'histoire pri- 
mitive de l'Homme, Secrétaire de la Société archéologique du 
Midi, Fondateur. 

Cassanbol (Edmond), Fondateur. 

Chalande, Fondateur. 

De Constànt-Bonneval. 

D r Cuq, à Pau. 

Duroul (Léopold). 

Fagot (Paul), notaire à Villefranche (Haute-Garonne). 

Filhol (Henri), interne des hôpitaux de Paris. 

Fittère, Pharmacien, à Auch. 

Flotte (Léon), Membre de la Société Géologique de France , à 
Crépy- en- Valois (Oise) . 

Fouque (Charles), Membre de la Société géologique de France, 
Fondateur. 

A. Gantier, au château de Picayne, près Cazères. 

D r Gourdon, Professeur à l'Ecole Vétérinaire de Toulouse. 

D r Graciette. 

Gravelle, Professeur. • 

D r Guiraud, à Montauban. 

D r Guitard, Professeur à l'Ecole de Médecine, Fondateur. 

Isarn, Premier commis des douanes. 

D r Jeanrernat, Membre de la Société botanique de France. 

Joly (Arthur), Professeur au Lycée de l'Ile delà Réunion. 

D r Joly (Emile), Médecin aide-major, Fondateur. 

Jougla (Joseph), interne des Hôpitaux de Paris. 

L. Joulin, Ingénieur des poudres. 

D r Laréda, Chef des travaux anatomiques à l'Ecole de Médecine. 

Lacaze (Marius), Fondateur. 

Lacroix (Adrien), Fondateur. 

Lamrert, Fondateur. 

Lassère, capitaine d'artillerie. 

Magnan (Henri), Membre de la Société géologique de France, 
Fondateur. 

Magnes fils, D r en pharmacie. 



— 489 — 

MM. De- Malafosse (Louis), Membre de la Société archéologique du Midi. 
Marquet, Membre de la société Entomologique de France, Fondateur 
Marty, Fondateur. 

Melliés, Professeur à l'Ecole des Arts, Fondateur. 
De Montlezun (Armand), Fondateur. 
Mussy, Ingénieur des mines, à Vicdessos(Ariége). 
Pendaries (Emmanuel). 
Peyre (Armand), Membre de la Société botanique de France, et de 

la Société de géographie, Fondateur. 
Piette (Alexandre), Fondateur. 
Pla, Professeur à l'Ecole Normale, Fondateur. 
De Planet, Ingénieur civil. 
Regnault (Félix). 
Rivière, Fondateur. 

Rozy, Professeur à la Faculté de Droit de Toulouse. 
De Samrucy (F.), Mainteneur de l'Académie des Jeux Floraux. 
D r Thomas (Philadelphe), à Gaillac (Tarn). 
Thoumaing, chef de gare, à Foix. 
Timbal-Lagrave (Ed.), Pharmacien. 
Timbal-Lagrave (Albert). 
Toujan, employé des Ponts et Chaussées. 
Trutat, Conservateur du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse, 

Dir r des Matériaux pour l 'histoire prim. de l'Homme, Fondateur. 
Vidal. 

membres correspondants. 

MM.Aimard, Archiviste, au Puy (Haute-Loire). 
d'Aquila (Philippe), à Paris. 
d'Aquila (Louis), à Paris. 

Aubouy, Profes. d'histoire naturelle au Collège de Lodève (Hérault). 
D r Bleicher, Répétiteur d'Histoire naturelle à l'Ecole du service de 

santé militaire, à Strasbourg. 
D r Bras, à Villefranche (Aveyron). 
Chantre (Ernest), Membre de la Société géologique de France, et 

de la Société des sciences industrielles de Lyon. 
Dusan (Bruno), Directeur de la Revue archéologique du Midi. 
Fourcade (Charles), Naturaliste à Bagnères-de-Luchon. 
Lalande (Philibert), correspondant de la Commission de topographie 

des Gaules, à Brive (Corrèze). 
Malinowski, Professeur au Collège d'Alais (Gard). 
Massenat (Elie), Manufacturier, à Brive (CorrèzeJ. 
De Messemeker, à Bergues, près Dunkerque. 
Paparel, à Mende (Lozère). 



— 190 - 

MM. Poujol (Henri), à Mérueys (Lozère). 

Tournai., Directeur du Musée de Narbonne. 

Valdemar Schmidt, attaché au Musée des antiquités du Nord, à. 

Copenhague. 
Venckes, Naturaliste, à Strasbourg. 



Officiers de la Société 



Pendant l'année 1869 — 1870. 



Président honoraire : M. le D r Ed. Filhol, président sortant. 



Président : 


M. 


le D r Guitard. 


Vice-présidents : 


M. 


Eugène Tritat. 




M. 


Pla. 


Secrétaire- général : 


M. 


Emile Cartailhac. 


Secrétaire-adjoint : 


M. 


Armand Peyre. 


Trésorier : 


M. 


Marquet. 


Archiviste : 


M. 


Albert Timral-lagrave 


Membres du Conseil 


1 M 


le D r Gourdon. 


d'administration : 


( M 


H. Magnan. 




[ M. 


le D r Jeanrernat. 


Comité de 


M. 


H. Magnan. 


publication : 


) M. 


Eugène Trutat. 




( M. 


D'Auruisson. 



- 491 — 

LISTE 
des Académies et Sociétés savantes 

Ayec lesquelles la Société d'Histoire naturelle est en correspondance. 



Académie des sciences, inscriptions et belles- lettres de Toulouse. 

Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon. 

Académie des sciences, arts et belles-lettres de Clermont-Ferrand. 

Académie de la Rochelle (section sciences naturelles) . 

Académie des sciences, arts et belles -lettres de Caen. 

Société académique de Maine-et-Loire. 

Société de médecine, chirurgie et pharmacie de Toulouse. 

Société linnéenne de Bordeaux (Gironde). 

Société zoologique d'acclimatation, Paris. 

Société des sciences naturelles de Strasbourg (Bas-Rhin), 

Société d'agriculture, sciences, arts et commerce du Puy (Haute- 
Loire). 

Société d'agriculture de la Haute- Garonne. 

Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron. 

Société des sciences naturelles de Colmar (Haut-Rhin). 

Société d'agriculture, d'archéologie et d'histoire naturelle du 
département de la Manche. 

Société d'études scientifiques et archéologiques de Draguignan. 

Société des sciences physiques et naturelles d'Ille-et- Vilaine. 

Société d'agriculture, sciences et belles-lettres de l'Aube. 

Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers. 

Société des sciences et arts de Vitry-le- Français. 

Société des sciences historiques et naturelles de Sernur (Côte-d'Or). 

Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Seine-et-Marne. 

Société polymatique du Morbihan. 

Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne. 

Société Algérienne de climatologie et des sciences physiques et 
naturelles, Alger. 



— 192 - 

Société d'agriculture, industrie, sciences, arts et belles-lettres de 

la Loire. 
Société d'émulation du Jura (Montbéliard) . 
Société d'agriculture, sciences et arts de la Marne. 
Société littéraire et scientifique d'Âpt {Vaucluse). 
Société des sciences naturelles et historiques de V Ardèche. 

Journaux et Bévues. 

Revue agricole du Midi. Directeur : D r Gourdon. 
La Minerve de Toulouse, Directeur : Gatien-Arnoult. 
Matériaux pour servir à l'histoire primitive et naturelle de 
l'Homme, Directeurs : Trutat et Gartailhac. 



- 193 - 



TABLE DU "VOLUME. 



ORDRE CHRONOLOGIQUE- 



( Les travaux rédigés par les auteurs sont indiqués par des lettres grasses ) 



Séance de rentrée du 19 novembre 1869 5 

Essais d'acclimatation du Pyrox et de YAsclepias seriaca (D r Guitard) 6 

Séance du 3 décembre.'. . • 6 

Renseignements sur des silex de l'âge du Renne, donnés par 
M. Detroyat et sur divers objets recueillis dans des grottes, 
et envoyés par la Société de Climatologie algérienne (E. Car- 

TAILHAC) 7 

Nouvelle localité du Verbascum glabrum, Mill. (Albert Timbal- 

Lagrave, fils) , 7 

Note sur le terrain crétacé inférieur (néocomien, aptien, albien) 

des Pyrénées françaises et des Corbières (H. Magnan). ... 8 

Séance du 17 décembre 4 

Fouilles faites dans la grotte de Montesquieu près Audinac — 

Haute-Garonne. — Anthropophagie (F. Regnault) 4 

Discussion sur l'anthropophagie (E. Cartailhac, Filhol, L. de 

Malafosse, Trutat) 11 

Infra-lias de la Lozère (L. de Malafosse) 11 

Comparaison et altitude des dépôts infra-liasiques du plateau cen- 
tral de la France (H. Magnan) 12 

43 



- 194 - 

Fossiles du miocène de Miélan, — Gers (E. Trutat) 4 3 

Séance du 7 janvier 1870 4 4 

Elections annuelles 14 

Note sur la craie moyenne des Pyrénées françaises et des Corbières 

(cénomanien et turonien) (H. Magnan) 4 4 

Séance du 24 janvier 4 7 

Installation du bureau 4 7 

Fouilles dans les grottes de la Haute-Garonne (E. Filhol) .... 47 
Anthropophagie préhistorique (E. Cartailhac, Jeanbernat, L. de 

Malafosse) 4 S 

Séance du M février 20 

Aperçu géologique de la région comprise entre Soulatge et le 

Pont de la Fou, — Pyrénées-Orientales (H. Magnan) 20 

Origine des eaux sulfureuses (E. Filhol, H. Magnan) 21 

Description du Felis spelœa (E. Filhol). .22 

Séance du 25 février. 22 

Grottes de la Barousse, — Haute-Garonne (C. Fouque) 22 

Note sur la craie supérieure des Pyrénées et des Corbières, — 

(senonien, craie de Maëstricht, danien, garumnien) (H. Magnan) 2 3 

Séance du 4 4 mars • 

Maine. — Sur le Haricot Mexicain 20 

Nomination d'une commission pour étudier une question intéres- 
sant le progrès des sciences naturelles 27 

Séance du 25 mars. .'. 28 

E. Cartailhac. — Pétition au Ministre en faveur de l'His- 
toire naturelle . . 28 

Séance du 8 avril 31 

Aperçu de la constitution géognostique de la vallée du Ger 

(H. Magnan) , . . . 31 

Séance du 22 avril. , 33 

Silex taillés de Roquesérière, — Haute-Garonne (Cabié) 33 

Plan en relief du Mont-Blanc par M. Lézat (D r Gourdon) 34 

H. Magnan. — Documents relatifs à la connaissance de la 
partie inférieure du terrain de craie (néocomien, 
aptien, albien) des Pyrénées françaises et des Cor- 
bières, et à certaines critiques faites par M. Leymerie, 
à propos de ce terrain et des étages du muschelkalk 

et du zechstein dans le Tarn et l'Aveyron. (PI. I.) . . 34 

Séance du 6 mai '. 40 

Découverte du Diplotaxis viminea, par M. Desjardins (A. Peyre). 46 

Etude du Potentilla verna (Ed. Timbal-Lagrave) 46 



— 195 - 

Séance du 20 mai 48 

Adhésions de trois sociétés à la pétition pour l'histoire naturelle. 48 

Décou\erte d'ossements humains au moulin du Bazacle (Chalande) 49 

Découverte du Muscari Lelievrei, etc (A. Peyre) 49 

Herborisation à la prairie de Portet (Albert Timbal-Lagrave, fils). 50 

Séance du 3 juin • 50 

Adhésions de trois sociétés à la pétition pour l'histoire naturelle. 50 

Marius Lacaze. — Etude critique de la nutrition.. ..... 52 

Discussion (D r Lavocat, D r Gourdon) 74 

Séance du 17 juin 75 

Adhésion de six sociétés à la pétition pour l'histoire naturelle. . . 75 
D 1 . J. Gourdon; — Du véritable rôle des aliments dans la 

nutrition 85 

Séance du 1 er juillet 97 

Adhésion d'une société à la pétition pour l'histoire naturelle. . . 97 
Sur la période glaciaire dans les vallées de la Garonne et de la 

Pique (D r Jeanbernat) 41 2 

Sur les anciens glaciers des Pyrénées (H. Magnan). . 4 14 

Séance du 15 juillet 4870. . • H6 

Adhésions de deux sociétés à la pétition pour l'histoire naturelle 1 \ 6 

D 1 * Guitard. — Un mot sur le Sarracenia purpurea Hô 

Discussion (D r Gourdon, Timbal-Lagraye, E. Filhol, Marquet). . 119 
H. Magnan. — Notice sur le terrain quaternaire des bords 
de la Montagne-Noire, entre Castres et Carcassonne, 

et sur l'ancien lit de l'Agout. (PI. II.) 120 

D 1 Emile Joly. — Contributions pour servir à l'histoire 

naturelle des Ephémérines. (PI. III.) 142 

Séance du 29 juillet 151 

Adhésion d'une société à la pétition pour l'histoire naturelle. . . . 151 
D 1 E. Filhol. — Note sur la composition des ossements 

fossiles trouvés dans la caverne de Lherm (Ariége). 4 52 
Ed. Timbal-Lagrwe. — Précis des herborisations faites par 
la Société d'Histoire naturelle de Toulouse, pendant 

l'année 1870 4 56 

Etat des membres de la société. > 187 

Liste des Académies et Sociétés en correspondance avec la com- 
pagnie 191 



- 196 — 



TABLE METHODIQUE. 



ftéologie et Paléontologie. 



Notes sur le terrain crétacé des Pyrénées françaises et des Cornières 
(H. Magnan). 
1° Sur la craie inférieure (néocomien, aptien, albien). ... 8 

2° Sur la craie moyenne (cénomanien, turonien) 14 

3° Sur la craie supérieure (sénonien, craie de Maëstricht, 

danien, garumnien) , . . . , 23 

Infra-lias fossilifère de la Lozère (L. de Malafosse) 11 

Comparaison et altitude des dépôts infra-liasiques du plateau central 

de la France (H. Magnan) 12 

Fossiles du miocène de Miélan, — Gers (E. Trutat) 13 

Aperçu géologique de la région des Pyrénées-Orientales comprise 

entre Soulatge et le Pont de la Fou (H. Magnan) 20 

Terrains où prennent naissance les eaux sulfureuses (E. Filhol, 

H. Magnan). , 21 

Description du Felis spœlea (E. Filhol) 22 

Aperçu de la constitution géognostique de la vallée du Ger 

(H. Magnan) 31 

Documents relatifs à la connaissance de la partie inférieure du 
terrain de craie (néocomien, aptien, albien) des Pyrénées 
françaises et des Corbières, et à certaines critiques faites par 
M. Leymerie, à propos de ce terrain et des étages du mus- 
chelcaïk et du zechstein dans le Tarn et l'Aveyron 

(PI. I) (H. Magnan) .... 34 

Sur la période glaciaire dans les vallées de la Garonne et de la 

Pique (D r Jeanbernat) 112 

Sur les anciens glaciers des Pyrénées (H. Magnan) 114 

Notice sur le terrain quaternaire des bords de la Montagne-Noire, 
entre Castres et Carcassonne, et sur l'ancien lit de l'Agout 
(PI. II.) (H. Magnan) 120 



- 197 - 

Note sur la composition des ossements fossiles trouvés dans la 

caverne de Lherm (D r E. Filhol) 4 52 

Anthropologie . 

Renseignements sur des silex de l'âge du Renne donnés par 
M. Detroyat et sur divers objets recueillis dans des grottes et 
envoyés par la Société de Climatologie algérienne (E. Cartailhac) 7 

Fouilles faites dans la grotte de Montesquieu près Audinac, — 
Haute-Garonne, — station préhistorique. — Traces d'An- 
thropophagie (F. Regnault v 4 

Discussion sur l'Anthropophagie (E. Cartailhac, E. Filhol, L. de 

Malafosse, E. Trutat, D r Jeanbernat). . , 11 et 18 

Fouilles dans les grottes de Salech et du massif d'Arbas, — Haute- 
Garonne (E. Filhol) 17 

Grottes de la Barousse, — Haute-Garonne (C. Fouque) 22 

Silex taillés de Roquesérière, — Haute-Garonne (Cabié) 33 

Ossements humains du 1 7 e siècle, au moulin du Bazacle (Chalande) 49 

Zoologie. 

Etude critique de la nutrition (M. Lacaze). 52 

Discussion (D r Lavocat, D r Gourdon) 74 

Du véritable rôle des aliments dans la nutrition (D r Gourdon). . 85 
Contributions pour servir à l'histoire naturelle des Ephémérines 

(PL III.) (D«- Emile Joly). 142 

Botanique. 

Es^ai d'acclimatation du Pyrox et de YAscIepias seriaca (D r Guitard) 6 
Nouvelle localité du Verbascum glabrum, Mill. (Albert Timbal- 

Lagraye fils) 7 

Sur le Haricot Mexicain (Maine) 26 

Découverte du Diplotaxis viminea par M. Desjardins (A. Peïre). 46 

Etude sur le Potentilla verna, Ed. Timbal-Lagraye 46 

Découverte du Muscari Lelievrei, et de YOrnithogalum Peyrei 

(A. Peyre) 49 

Herborisation à la prairie de Portet (Albert ïimbal-Lagràve, fils). 50 

Un mot sur le Sarracenia purpurea (D r Guitard) 116